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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002773

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002773

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002773
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELURL GUILLON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête n° 2002773, enregistrée le 26 mars 2020, M. A Martin, représenté par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 août 2019 par laquelle le président de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre a supprimé son emploi de responsable technique, ensemble le rejet opposé à son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision du 6 août 2019 par laquelle le président de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre a prononcé son changement d'affectation vers l'emploi de référent sécurité, ensemble le rejet opposé à son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre de l'affecter sur l'emploi de responsable technique, rétroactivement à compter du 6 août 2019, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre à lui verser la somme de 44 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 janvier 2020 et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des agissements fautifs de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre ;

5°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant suppression de l'emploi de responsable technique :

- elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'elle émane de la directrice générale adjointe des services, par délégation du président, en l'absence d'une délibération du conseil communautaire de l'établissement ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, le comité technique n'ayant pas été consulté le 21 février sur la suppression de son emploi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant changement d'affectation :

- elle lui fait grief dès lors qu'elle entraîne une diminution de ses responsabilités et de sa rémunération ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, n'ayant pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir, dès lors qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

Sur le versement d'indemnités :

- au titre de l'engagement d'une procédure disciplinaire injustifiée en 2017 par l'établissement qui engage sa responsabilité à son égard, il est fondé à obtenir réparation de son préjudice financier à hauteur de la somme de 2 000 euros et de son préjudice moral à hauteur de celle de 10 000 euros ;

- au titre de l'illégalité de la décision du 6 août 2019, faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement à son égard, il est fondé à obtenir réparation de son préjudice moral à hauteur de la somme de 10 000 euros ;

- les reproches injustifiés formulés à son encontre au titre de 2019 par le directeur d'exploitation du stade nautique dans le compte-rendu d'évaluation professionnelle constituent également une faute et, à ce titre, il est fondé à obtenir réparation de son préjudice moral à hauteur de 2 000 euros ;

- en réparation du préjudice moral subi du fait des agissements de harcèlement moral engageant également la responsabilité pour faute de l'établissement, il est en droit de se voir allouer une indemnité de 20 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril 2022 et 23 mai 2023, l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, représenté par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. Martin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. Martin ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par un courrier du greffe du tribunal du 7 juin 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation présentées par M. Martin dirigées contre la décision du président de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre de supprimer l'emploi occupé par celui-ci, l'existence d'une telle décision ne résultant pas des termes du courrier de l'établissement du 6 août 2019, contesté dans la présente instance.

Un mémoire a été enregistré, en réponse, le 13 juin 2023 pour M. Martin.

En application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.

II) Par une requête n° 2005492, enregistrée le 22 juillet 2020, M. A Martin, représenté par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 août 2019 par laquelle le président de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre a supprimé son emploi de responsable technique, ensemble le rejet opposé à son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision du 6 août 2019 par laquelle le président de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre a prononcé son changement d'affectation vers l'emploi de référent sécurité, ensemble le rejet opposé à son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre de l'affecter sur l'emploi de responsable technique, rétroactivement à compter du 6 août 2019, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre à lui verser la somme de 44 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des différents agissements fautifs de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 janvier 2020 et de leur capitalisation ;

5°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant suppression de l'emploi de responsable technique :

- elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'elle émane de la directrice générale adjointe des services, par délégation du président, en l'absence d'une délibération du conseil communautaire de l'établissement ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, le comité technique n'ayant pas été consulté le 21 février 2019 sur la suppression de son emploi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant changement d'affectation :

- elle fait grief dès lors qu'elle entraîne une diminution de ses responsabilités et de sa rémunération ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, n'ayant pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir, dès lors qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

Sur le versement d'indemnités :

- au titre de l'engagement d'une procédure disciplinaire injustifiée en 2017 par l'établissement qui engage sa responsabilité à son égard, il est fondé à obtenir réparation de son préjudice financier à hauteur de la somme de 2 000 euros et de son préjudice moral à hauteur de celle de 10 000 euros ;

- au titre de l'illégalité de la décision du 6 août 2019, faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement à son égard, il est fondé à obtenir réparation de son préjudice moral à hauteur de la somme de 10 000 euros ;

- les reproches injustifiés formulés à son encontre au titre de 2019 par le directeur d'exploitation du stade nautique dans le compte-rendu d'évaluation professionnelle constituent également une faute et, à ce titre, il est fondé à obtenir réparation de son préjudice moral à hauteur de 2 000 euros ;

- en réparation du préjudice moral subi du fait des agissements de harcèlement moral engageant également la responsabilité pour faute de l'établissement, il est en droit de se voir allouer une indemnité de 20 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril 2022 et 23 mai 2023, l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, représenté par son président en exercice et par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. Martin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. Martin ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 août 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon,

- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guillon, représentant M. Martin, et celles de Me Lefébure, substituant Me Carrère, représentant l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre.

Considérant ce qui suit :

1. M. A Martin, titulaire du grade d'adjoint technique territorial de 2ème classe depuis 2016, exerçait les fonctions de responsable technique du stade nautique Youri Gagarine à Villejuif, auprès de l'établissement public territorial (EPT) Grand Orly Seine Bièvre. Par une décision du 6 août 2019, le président de l'EPT a informé M. Martin de son affectation sur l'emploi de " référent sécurité ", à la suite de la suppression de son emploi. L'intéressé a formé un recours gracieux, par un courrier reçu le 16 janvier 2020 par l'EPT, par lequel il sollicitait le retrait des décisions prononçant la suppression de son emploi, son changement d'affectation, notamment sur l'emploi de responsable technique et le versement d'indemnités en réparation de ses divers préjudices. Du silence gardé par l'EPT sur ces demandes est née une décision implicite de rejet le 16 mars 2020. Dans l'instance n° 2002773, M. Martin demande l'annulation de ces décisions, engage la responsabilité pour faute de l'établissement et sa condamnation à lui réparer les préjudices supportés.

Sur l'instance n° 2005492 :

2. Le document enregistré sous le n° 2005492 doit être regardé comme le doublon de la requête présentée par M. Martin et enregistrée sous le n° 2002773, en tant qu'il sollicite l'annulation de la décision du 6 août 2019, la réaffectation de M. Martin sur l'emploi de responsable technique ainsi que le versement d'indemnités en réparation des préjudices subis. Ce document doit être rayé du registre du greffe du tribunal et joint à la requête n° 2002773, sur laquelle il est statué par le présent jugement.

Sur la requête n° 2002773 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la recevabilité :

3. Il ressort de ses termes mêmes que le courrier émanant de la directrice générale adjointe des services de l'EPT du 6 août 2019 rappelle au requérant l'avis favorable émis par le comité technique le 21 mars 2019 à la nouvelle organisation du stade nautique dans lequel il exerce ses fonctions, générant désormais une direction bicéphale, la suppression de son emploi puis la création d'un nouvel emploi, sur lequel il a été proposé de l'affecter, au cours d'entretiens tenus les 14 mars et 25 avril 2019. Aussi, par le courrier litigieux, l'auteur de l'EPT se borne à tirer les conséquences, à la date du 6 août 2019, du silence gardé par M. Martin sur ces propositions, dont l'intéressé ne conteste pas l'existence au cours des entretiens menés les 14 mars et 25 avril 2019, en décidant, par suite, de l'affecter, conformément à la proposition, sur l'emploi créé de référent sécurité. Par conséquent, et ainsi que le relève l'EPT, le courrier litigieux du 6 août 2019 n'emporte pas de décision de suppression de son emploi, mais uniquement celle de changement de son affectation. Celle-ci s'inscrit ainsi dans le cadre de la réorganisation générale du service, à la suite de laquelle M. Martin fait l'objet d'un changement d'affectation, par le courrier litigieux. Dès lors, et ainsi que les parties en ont été informées par le courrier du greffe du tribunal du 7 juin 2023, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant suppression de son emploi sont dirigées contre une décision inexistante et, par suite, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

S'agissant de la légalité de la décision portant changement d'affectation :

4. En premier lieu, une mutation d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

5. Aux termes de l'article 3 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux : " Les adjoints techniques territoriaux sont chargés de tâches techniques d'exécution. / Ils exercent leurs fonctions dans les domaines du bâtiment, des travaux publics, de la voirie et des réseaux divers, des espaces naturels et des espaces verts, de la mécanique et de l'électromécanique, de la restauration, de l'environnement et de l'hygiène, de la logistique et de la sécurité, de la communication et du spectacle, de l'artisanat d'art () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " () Les adjoints techniques territoriaux principaux de 2e classe peuvent, comme ceux de 1re classe, être chargés de travaux d'organisation et de coordination. Ils peuvent être chargés de l'encadrement d'un groupe d'agents ou participer personnellement à l'exécution des tâches ".

6. M. Martin fait valoir que l'EPT, par la décision attaquée, a entendu le sanctionner en l'affectant sur un emploi dépourvu de fonctions d'encadrement, lui faisant perdre le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire, cette affectation s'inscrivant dans un contexte de tensions relationnelles avec le directeur du pôle des équipements sportifs, mises en exergue par le compte-rendu d'entretien professionnel établi à son égard au titre de 2019, contenant des reproches infondés, et par le comité technique lors de sa séance du 21 février 2019.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des différents échanges de courriels entre M. Martin et sa hiérarchie, en 2018 et 2019, que M. Martin a déféré aux demandes émanant de sa hiérarchie, tenant par exemple à la réalisation des inventaires, des bons de commandes, des états de stocks mensuels en 2019 et des devis, et qu'il a établi huit notes d'alertes sur des manquements relevés concernant des agents de son équipe. Si ces pièces sont de nature à établir son implication et sa disponibilité dans l'exercice de ses fonctions, qualités au demeurant soulignées dans son compte-rendu d'entretien professionnel de 2019, elles sont insuffisantes pour établir que sa manière de servir était pleinement satisfaisante, au point d'infirmer les reproches également contenus dans le même compte-rendu. En outre, il ressort des extraits de compte-rendu d'entretien professionnel versés au dossier et portant sur des années antérieures à 2019 que des difficultés avaient déjà été relevées concernant la communication et la posture de M. Martin, surtout sur le plan managérial, dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, et corroborées, au demeurant, par des alertes émanant d'agents dont il était le supérieur hiérarchique, également versées au débat. Par conséquent, pour conflictuelle que soit sa relation avec le directeur du pôle des équipements sportifs, le caractère infondé des reproches formulés au titre de l'année 2019 n'est pas établi par les pièces du dossier, ces mêmes reproches reposant, pour l'essentiel, sur les carences relevées dans la capacité de M. Martin à encadrer une équipe, dont l'EPT a tiré les conséquences en décidant de son changement d'affectation, dans l'intérêt du service et à l'occasion de sa réorganisation, vers un emploi conforme à son grade et n'impliquant pas d'encadrement d'équipe. Ainsi, la mesure contestée ne révèle pas une volonté de sanctionner l'intéressé. Au surplus, s'il ressort du procès-verbal du comité technique du 21 mars 2019 l'existence d'une situation conflictuelle résultant de l'absence de réponse donnée par M. Martin à la proposition de changement d'affectation qui lui a été adressée et une vigilance des organisations syndicales quant à sa situation, ces considérations ne sont pas davantage de nature à caractériser une volonté de l'EPT de sanctionner M. Martin, l'EPT ayant d'ailleurs souligné aux membres du comité technique le caractère adapté de l'emploi proposé à M. Martin tant au regard de ses compétences que de son grade. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que, pour prononcer, par la décision attaquée, le changement d'affectation de M. Martin, le président de l'EPT s'est fondé sur l'intérêt du service tenant à positionner M. Martin sur un emploi n'impliquant pas d'encadrement d'une équipe et, ce faisant, n'a pas entendu sanctionner, même de manière détournée, cet agent. Ainsi, la décision attaquée, si elle est prise en considération de la personne de M. Martin et entraîne nécessairement la perte de fonctions d'encadrement et du bénéfice afférent de la nouvelle bonification indiciaire, ne constitue pas une sanction déguisée et n'est pas, dès lors, entachée d'un détournement de pouvoir. Le moyen invoqué doit ainsi être écarté.

8. En second lieu, il résulte de ce qui vient d'être énoncé que la décision litigieuse ne constitue pas une sanction disciplinaire déguisée. Par conséquent, M. Martin ne peut utilement soutenir, au demeurant de manière imprécise, qu'elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière du fait de l'absence de procédure contradictoire préalable. En tout état de cause, M. Martin ne conteste pas avoir été reçu et avisé de son changement d'affectation les 14 mars et 25 avril 2019, soit en temps utile avant la prise de ses fonctions, laquelle ne devait intervenir qu'en fin d'année 2019.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. Martin à l'encontre de la décision du 6 août 2019 par laquelle le président de l'EPT a prononcé son changement d'affectation sont rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

S'agissant du principe de responsabilité de l'EPT :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 532-1 du code général de la fonction publique : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () ".

11. M. Martin fait valoir que l'EPT a commis une faute en diligentant à son égard une procédure disciplinaire en 2017, qui s'est révélée injustifiée dès lors que le conseil de discipline, lors de sa séance du 6 octobre 2017, a estimé les faits insuffisamment établis et a proposé de ne pas prononcer de sanction. Or, la seule circonstance que l'EPT, à qui appartient le pouvoir disciplinaire, ait décidé de mettre en œuvre une procédure disciplinaire à l'égard de M. Martin, en raison de différents manquements consignés dans un rapport transmis le 31 mars 2017 et versé au débat, rappelant notamment la sanction d'avertissement dont avait déjà fait l'objet l'intéressé en 2015, ne peut caractériser, à elle seule, une faute, en particulier en l'absence de toute décision de sanction prise finalement par l'EPT à la suite de l'avis rendu par le conseil de discipline. Ainsi, aucune faute n'est imputable à l'EPT à ce titre.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 9 que la décision du 6 août 2019 n'est pas entachée d'illégalité, de sorte qu'aucune faute ne peut davantage être imputée à l'EPT.

13. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été énoncé au point 7, par les seules pièces versées au dossier, M. Martin n'établit pas le caractère infondé des reproches formulés dans le compte-rendu d'entretien professionnel au titre de 2019, de sorte qu'aucune faute ne peut davantage être reprochée à l'EPT.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".

15. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Par ailleurs, pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements en cause doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

16. Tout d'abord, M. Martin invoque les poursuites disciplinaires injustifiées diligentées à son encontre par l'EPT en 2017, fait susceptible de constituer un harcèlement moral à son égard. Il résulte toutefois des termes du procès-verbal du conseil de discipline du 6 octobre 2017 que, pour estimer que les faits étaient insuffisamment établis, le conseil a tenu compte des justificatifs apportés par M. Martin de l'exécution de ses tâches, mais également de la relation conflictuelle l'opposant à son responsable hiérarchique et aux difficultés de répartition des tâches résultant de l'absence de directeur adjoint depuis 2016. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des termes du rapport adressé par l'EPT au conseil de discipline que les poursuites étaient fondées sur des manquements de l'agent et ses carences ayant une incidence sur le bon fonctionnement du service, alors même que M. Martin avait déjà fait l'objet d'un avertissement en 2015 et que des manquements similaires avaient déjà été relevés dans ses évaluations annuelles précédentes. Dans ces conditions, en diligentant une procédure disciplinaire à l'égard de M. Martin en 2017, l'EPT n'a pas excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, de sorte qu'aucun agissement de harcèlement moral ne peut être présumé.

17. Ensuite, M. Martin fait valoir l'absence de suite réservée aux notes et rapports qu'il a établis en 2018 et 2019 sur les manquements de certains agents de son équipe, dont certains portait sur des propos diffamants à son égard. Le défaut de réaction de la part de l'EPT face à des alertes sur des propos portant atteinte à l'image et de M. Martin constitue un fait faisant présumer d'un harcèlement moral, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'établissement a, à la suite notamment des alertes de M. Martin, refusé la titularisation de certains agents et prononcé le licenciement d'un des auteurs des propos diffamants à l'encontre de M. Martin. Dans ces conditions, l'EPT justifie avoir réagi face aux alertes de M. Martin et aucun agissement de harcèlement moral ne peut lui être imputé à ce titre.

18. Par ailleurs, M. Martin invoque la suppression injustifiée de son emploi ainsi que la sanction disciplinaire déguisée que constitue son changement d'affectation. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la suppression de l'emploi de M. Martin s'inscrit dans le cadre d'une réorganisation des services de direction du stade nautique, dans l'intérêt du service et qu'elle ne peut ainsi, à elle seule, faire présumer d'un harcèlement moral à son égard. D'autre part, il résulte de ce qui a été énoncé au point 7 que la décision procédant à son changement d'affectation sur un emploi conforme à son grade, qui ne constitue pas une sanction déguisée, est justifiée par le même intérêt et ne fait ainsi présumer d'aucun harcèlement moral.

19. Enfin, si M. Martin fait valoir les reproches injustifiés formulés dans son compte rendu d'entretien professionnel au titre de 2019, il résulte de ce qui a été énoncé également au point 7 que le caractère infondé des reproches adressés à M. Martin n'est pas établi par les pièces du dossier et ne fait, par conséquent, pas présumer d'un harcèlement moral à son égard.

20. L'ensemble des faits invoqués par M. Martin, pris dans leur ensemble ou séparément, ne caractérisent pas une situation de harcèlement moral, de sorte qu'aucun agissement fautif ne peut être imputé, à cet égard, à l'EPT.

21. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute de l'EPT, sa responsabilité ne peut être engagée et l'ensemble des conclusions indemnitaires présenté par M. Martin doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPT Grand Orly Seine Bièvre, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. Martin au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. Martin la somme demandée par l'EPT Grand Orly Seine Bièvre au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : Les productions n° 2005492 seront rayées du registre du greffe du tribunal pour être jointes à la requête n° 2002773.

Article 2 : La requête n° 2002773 de M. Martin est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A Martin et à l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

E. DELON

La présidente,

M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2002773,

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Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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