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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002982

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002982

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002982
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre, JU
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2020, M. B A, représenté par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 par laquelle le maire de Roissy-en-Brie lui a infligé un blâme ;

2°) de condamner la commune de Roissy-en-Brie à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation de préjudice subi du fait de l'illégalité de la sanction prononcée à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Roissy-en-Brie une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige ainsi que le courrier la notifiant sont insuffisamment motivés au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et 15 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la qualification du fait reproché relatif à l'usage de surnom et aux activités non adéquates ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la sanction prononcée est disproportionnée

- celle-ci est discriminatoire ;

- l'illégalité de la décision attaquée constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune à son égard et justifie la réparation de son préjudice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2020, la commune de Roissy-en-Brie, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juillet 2021 à 12 h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Titulaire du grade d'adjoint d'animation territoriale, M. B A exerce ses fonctions au sein de la commune de Roissy-en-Brie depuis le 29 janvier 2007. Par un arrêté du 5 février 2020, dont il demande l'annulation, le maire de Roissy-en-Brie a prononcé un blâme à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. () la décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivés. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent intéressé, de sorte que celui-ci puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. Il ressort des pièces du dossier, tant des termes de l'arrêté attaqué que de la lettre du maire du 5 juillet 2020 notifiant celui-ci qu'il est reproché à M. A l'adoption d'un positionnement général inadapté vis à vis des enfants qui lui sont confiés, notamment l'usage de surnom et des activités inadéquates qui révèlent un manque de discernement et de distance appropriée, ayant entraîné une négligence dans la sécurité affective d'un mineur accueilli, qu'avec les animateurs de son équipe. Ainsi, les griefs retenus à l'encontre de l'intéressé lui ont permis à leur seule lecture de connaître les motifs de la sanction qui le frappe. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : () le blâme ;() ".

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'inquiétude des parents d'une enfant accueillie au centre de loisirs, faisant état de déclarations inquiétantes de celle-ci mettant en cause le comportement de M. A, une enquête administrative a été organisée. Il résulte du rapport de la directrice de l'Enfance et de l'Education que l'intéressé a organisé un jeu de rôle dit du BAFA consistant à intervertir les rôles animateur/enfant, les enfants remplissant désormais les missions d'animateur, garant de l'ordre en charge des enfants dont le rôle était incarné par les animateurs, à l'issu duquel était obtenu ou non le diplôme d'animateur. Il n'est pas contesté que, par son déroulement et son organisation, le jeu reproché dont le principe n'a pas été validé par la hiérarchie et dont le défaut de diplôme, à son terme, reposait sur des règles arbitraires ne répond pas au projet pédagogique que doivent mettre en œuvre les animateurs, qui tend à assurer notamment la sécurité morale de l'enfant. Il n'est pas non plus contesté que ce jeu a perturbé une des enfants du centre, qui incarnant le rôle d'animatrice lors du jeu et n'ayant pas obtenu de diplôme, a été sujette à des pleurs, le jour des faits, sans avoir reçu de la part du requérant d'explication, ni réconfort et a fait l'objet de cauchemars récurrents. D'autre part, il est constant que M. A a été amené à donner un surnom à la même enfant accueillie au centre de loisirs, l'identifiant à l'organe de la vue et ne plus faire usage de son prénom. Cette pratique n'a pas recueilli l'adhésion de l'enfant concernée dont le comportement perturbé par l'organisation du jeu précité, a été accru. Ces faits qui traduisent un manque de discernement dans le choix d'activités au regard du projet pédagogique et dans l'usage de surnoms non appropriés sans attention pour l'enfant intéressé et son ressenti constituent des manquements aux obligations attendues chez un animateur, de nature à justifier une sanction disciplinaire.

8. Ensuite, il n'est pas davantage contesté que dans le cadre du jeu de rôle précité, le chahut des animateurs incarnant des enfants se terminant par une scène où l'une d'entre eux, enceinte a été maintenue sur le dos par ses collègues a été susceptible d'engendrer des perturbations chez les enfants les observant, révélant un comportement inapproprié vis-à-vis de ses collègues.

9. Alors même qu'il a fait l'objet d'entretiens professionnels positifs et que ses collègues saluent son professionnalisme dans l'exercice de ses fonctions ainsi que ses qualités d'écoute et de respect, en prononçant le blâme qui est une sanction de premier groupe, le maire de Roissy-en-Brie n'a pas infligé une sanction disproportionnée au regard de la gravité des manquements reprochés.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en cause est entachée d'une erreur de droit n'est assorti d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen est écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 dans sa rédaction alors en vigueur : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race ". Il appartient au requérant qui soutient qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer du sérieux de ses allégations. Lorsqu'il apporte à l'appui de son argumentation des éléments précis et concordants, il incombe à l'administration de produire tous les éléments permettant d'établir que la mesure contestée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

12. La circonstance que d'autres collègues animateurs du requérant ont fait usage du surnom reproché et n'ont pas fait l'objet d'enquête administrative, ni de sanction disciplinaire ne fait pas, par elle-même, présumer que la sanction prononcée repose sur une discrimination à son encontre.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Roissy-en-Brie du 5 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'indemnité :

14. Eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le requérant n'est pas fondé à engager la responsabilité de la commune de Roissy-en-Brie du fait de l'illégalité de l'arrêté en litige. Par suite, ses conclusions indemnitaires devront être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Roissy-en-Brie, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune, au même titre.

D É C I D E:

Article 1er: la requête de M. A est rejetée

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Roissy-en-Brie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Roissy-en-Brie.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 novembre 2022.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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