jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2003081 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TOURROU PHILIPPE |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une ordonnance en date du 15 avril 2020 enregistrée le même jour, la présidente de la 7ème chambre du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal le dossier de la requête de la société S3M (SAS).
Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 10 avril 2020, 15 décembre 2020 et 30 mars 2021 sous le n°2003081, la société S3M, représentée par Me Tourrou, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui sont réclamés au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2015 et du 1er janvier au 31 décembre 2016, à concurrence de la somme globale de 141 937 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les montants perçus en vertu d'une clause d'intéressement et soumis à la taxe sur la valeur ajoutée en litige ne correspondent pas à des opérations réalisées à titre onéreux au sens du I de l'article 256 du code général des impôts, en l'absence de lien direct entre ces sommes et des prestations de service de sa part compte tenu, principalement, de l'indétermination de la prestation et, subsidiairement, du caractère incertain de l'intéressement ;
- elle ne peut pas être regardée comme ayant la qualité d'assujettie à la TVA au sens de ces mêmes dispositions, à défaut d'indépendance vis-à-vis de son client dans le cadre de l'application de cette clause d'intéressement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 octobre 2020, 1er février 2021 et 10 mai 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
II°) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril et 29 juillet 2021 sous le n°2103726, la société S3M (SAS), représentée par Me Tourrou, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a spontanément déclarée au titre du mois de décembre 2018 à concurrence de la somme de 94 557 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les montants perçus en vertu d'une clause d'intéressement et soumis à la TVA en litige ne correspondent pas à des opérations réalisées à titre onéreux au sens du I de l'article 256 du code général des impôts, en l'absence de lien direct entre ces sommes et des prestations de service de sa part compte tenu, principalement, de l'indétermination de la prestation et, subsidiairement, du caractère incertain de l'intéressement ;
- elle ne peut pas être regardée comme ayant la qualité d'assujettie à la TVA au sens de ces mêmes dispositions, à défaut d'indépendance vis-à-vis de son client dans le cadre de l'application de cette clause d'intéressement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;
- les observations de Me Tourou pour la société S3M.
Considérant ce qui suit :
1. La société S3M (SAS), qui a pour activité les travaux de terrassement, chauffage, électricité, plomberie et ventilation, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité ayant donné lieu à une proposition de rectification du 22 mars 2018 portant notamment sur des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2015 et du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016, qui ont été maintenus le 5 juin 2018 après réception des observations de la contribuable. Ces rappels ont été mis en recouvrement le 31 juillet 2018. Par réclamation du 10 juillet 2019, la société S3M a demandé le dégrèvement partiel de ces montants de rappels de taxe sur la valeur ajoutée à concurrence respectivement des montants de 35 125 euros au titre de l'année 2015 et de 106 812 euros au titre de l'année 2016, à raison de l'application d'une clause d'intéressement incluse dans le cahier des charges du marché dont elle était titulaire, portant sur l'exploitation de chauffage d'établissements publics locaux d'enseignement de la région Ile-de-France. Cette réclamation ayant été implicitement rejetée, par sa requête n°2003081, elle demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à concurrence des mêmes montants, soit un total de 141 937 euros, et à raison de l'application de cette même clause d'intéressement. Cette société a par ailleurs déclaré spontanément, à la suite de la vérification et à raison de l'application de la clause d'intéressement précitées, un montant de taxe sur la valeur ajoutée de 94 557 euros au titre des exercices clos aux 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018. Par réclamation du 17 décembre 2020, elle a demandé le dégrèvement de cette taxe. Sa réclamation ayant été rejetée le 25 février 2021, par la requête n°2103726, elle demande la décharge de cette taxe.
2. Les requêtes nos 2003081 et 2103726 ont été présentées par la même contribuable et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin de décharge :
3. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Il résulte de ces dispositions qu'une prestation de services doit être regardée comme effectuée à titre onéreux au sens des dispositions précitées lorsqu'il existe entre le prestataire et le bénéficiaire un rapport juridique dans le cadre duquel des prestations réciproques sont échangées, la rétribution perçue par le prestataire constituant la contre-valeur effective d'un service individualisable fourni au bénéficiaire. Tel est le cas s'il existe un lien direct entre le service rendu et la contre-valeur reçue. La circonstance que la contrepartie versée par le client soit gracieuse ou aléatoire, ou encore difficilement quantifiable et incertaine, est de nature à rompre l'existence d'un lien direct entre cette contrepartie et les opérations économiques réalisées au bénéfice de ce client par le prestataire. En vertu des dispositions de l'article 256 A du même code, sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante des activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention.
4. Il résulte de l'instruction que la société S3M a conclu, le 19 août 2013, avec la région Ile-de-France un contrat de marché d'exploitation de chauffage avec gros entretien et renouvellement des matériels et obligation de résultats, concernant des établissements publics locaux d'enseignement de ladite région au titre de la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2022. L'article 5 du cahier des clauses administratives particulières de ce marché relatif aux modalités de détermination des prix prévoit en particulier, d'une part, une rémunération selon un prix global et forfaitaire au titre des prestations désignées " P2 " par le contrat, à savoir celles portant sur la direction, la conduite et la surveillance des installations, l'astreinte pour le dépannage, la maintenance préventive systématique, la maintenance préventive conditionnelle et corrective, la fourniture des consommables nécessaires à l'entretien courant, la fourniture et le remplacement des pièces de rechange, et la mise à jour des informations techniques. D'autre part, il prévoit une clause d'intéressement de la société prestataire en fonction d'objectifs de consommation d'énergie déterminés pour certains sites couverts par ce contrat. Selon les stipulations de cette clause, un montant d'intéressement fait l'objet, selon une périodicité prédéterminée et une formule détaillée, d'un calcul précis et contradictoire par référence à l'écart entre la quantité d'énergie consommée au titre du chauffage des locaux et la consommation théoriquement nécessaire pour ce chauffage pendant la durée effective de chauffage dans les conditions climatiques de l'année considérée. Il ressort des stipulations du point 5.1.8 du contrat que si cet écart est négatif et, traduit dès lors l'existence d'une économie d'énergie par rapport à la consommation théorique, il donne lieu au versement d'une somme venant en complément du prix global au titre des prestations " P2 " précité et que s'il est positif, aucun montant d'intéressement n'est, en revanche, dû.
5. En exécution de cette clause d'intéressement, la société S3M a facturé à la région Ile-de-France, sans taxe sur la valeur ajoutée, des compléments de prix à hauteur d'un montant de 210 750 euros en date du 2 décembre 2014, de 247 275 euros en date du 7 novembre 2016 et de 393 599,64 euros en date du 7 décembre 2016. Dans le cadre de la vérification de comptabilité mentionnée au point 1, l'administration a opéré des rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant de l'imposition à cette taxe de ces trois montants facturés. Au titre de la consommation des années 2017 et 2018, la société a en outre facturé à la région, le 29 octobre 2018, un complément de prix comprenant un montant de taxe sur la valeur ajoutée de 94 557 euros.
6. Au soutien de ses conclusions tendant à la décharge de ces rappels et de ces droits déclarés, la société requérante soutient à titre principal que ces montants perçus au titre de l'intéressement ne relèvent pas du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée au motif de l'absence d'opérations réalisées à titre onéreux.
7. Elle se fonde à cet égard, en premier lieu, sur une absence de lien direct entre les versements au titre de l'intéressement en cause et une prestation individualisée de sa part, dès lors que ces versements valorisent un comportement collectif des deux parties au contrat au titre de la réalisation d'objectifs d'économies d'énergie. Il résulte, toutefois, de l'instruction que ces versements interviennent dans le cadre d'un rapport juridique caractérisé par un échange de prestations réciproques entre le prestataire de services et son client, ces versements constituant l'une des obligations contractuelles de ce dernier. Plus particulièrement, aux termes des stipulations du contrat visé au point 4, les montants versés au titre de la clause d'intéressement constituent un complément du prix forfaitaire des prestations " P2 " visées par le contrat. En outre, et en cohérence avec l'objet incitatif de cette clause d'intéressement, les prestations de la société S3M telles que prévues par le contrat en cause sont de nature à exercer directement une influence sur la réalisation des objectifs d'économie d'énergie sur la base desquels est calculé l'intéressement, quand bien même d'autres facteurs, tels que l'usage des installations de chauffage par leur utilisateur ou les conditions météorologiques, peuvent également influer sur cette consommation. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à faire valoir une absence de lien direct telle que précitée.
8. La société requérante soutient en second lieu que les sommes perçues au titre de l'intéressement ne peuvent pas être regardées comme constituant la contre-valeur effective de services qu'elle fournit dans le cadre de ce marché eu égard au caractère incertain, tant de leur existence, que de leurs montants, au moment de la conclusion du contrat. Toutefois, il résulte de l'instruction que les compléments de prix au titre de la clause d'intéressement constituent, pour son client, l'exécution d'une obligation contractuelle selon des modalités précises convenues entre les parties lors de la conclusion du contrat, et compte tenu desquelles, notamment, ces parties ont déterminé l'équilibre de leur relation d'affaires. Dans ces conditions, les versements de ces sommes ne sauraient être regardés comme affectés d'un aléa, d'un caractère gracieux, ou portant sur des montants incertains ou difficilement quantifiables. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à faire valoir une absence de lien direct, et, par suite, une absence d'opérations réalisées à titre onéreux en contrepartie desquelles les sommes soumises à la taxe sur la valeur ajoutée en litige ont été perçues.
9. La société requérante soutient à titre subsidiaire qu'elle ne peut pas être regardée comme ayant la qualité d'assujettie au sens de l'article 256 A du code général des impôts, dès lors que les conditions permettant de caractériser son indépendance vis-à-vis de son client ne pas réunies dans le cadre de la clause d'intéressement. Toutefois, d'une part, il est constant que la société exerce à titre habituel une activité économique telle que visée à l'article 256 A précité. Elle doit, dès lors, être regardée comme ayant la qualité d'assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée. D'autre part, si l'article 256 du même code prévoit que seules les opérations réalisées à titre onéreux par des assujettis agissant en tant que tels sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée, il ne résulte pas de l'instruction que la société réaliserait les prestations en lien direct avec les montants d'intéressement en cause, dans un état de subordination vis-à-vis de sa cliente. La seule circonstance évoquée par la requérante selon laquelle la clause d'intéressement a pour objet de l'inciter à collaborer avec sa cliente pour atteindre des objectifs d'économie d'énergie, en vue d'un partage des bénéfices issus d'une telle collaboration, n'est pas de nature à établir son état de dépendance vis-à-vis de celle-ci. Le moyen doit dès lors être écarté.
10. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions de la société requérante à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais des instances :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société S3M la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la société S3M sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société S3M (SAS) et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
La présidente- rapporteure,
I. A
L'assesseur le plus ancien,
P. MEYRIGNAC
La greffière,
C. MAHEU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2003081
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026