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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003410

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003410

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003410
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre, JU
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2020, M. A B, représenté par

Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du solde afférent à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 30 août 2013 à 9h42 (1 point), 22 février 2015 à 16h19 (1 point), 23 juillet 2017 à 15h24 (1 point), 20 mars 2019 à 10h13 (4 points), 12 juillet 2019 à 7h55 (1 point), et 12 octobre 2019 à 7h09 (1 point) ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 20 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

M. B soutient que :

En ce qui concerne les décisions référencées " 48 " :

- les décisions de retrait de points n'ont pas été précédées de la divulgation des informations prévues les dispositions des articles L. 223-1 et R. 223-1 du code de la route ; le ministre doit établir que l'agent verbalisateur a remis ou adressé au contrevenant un formulaire contenant les informations requises par l'article R. 223-1 du code de la route ; il en est de même pour les infractions constatées au moyen d'appareils de contrôle automatisés ;

- ces décisions de retrait de points ne sont pas établies au sens de l'article L. 223-1 du code de la route ; il appartient au ministre de l'intérieur de prouver la réalité des infractions, en particulier en produisant le justificatif du paiement de l'amende forfaitaire ou tout autre preuve respectant le mode de preuve défini à cet article.

En ce qui concerne la décision référencée " 48 SI " :

- l'invalidation du permis de conduire n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Le ministre de l'intérieur soutient que :

- l'absence de notification des décisions de retrait de points par lettre avec accusé de réception est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée ;

- l'information concernant l'infraction du 20 mars 2019 a été divulguée ; il a été relevé par un procès-verbal électronique, soit un appareil électronique sécurisé, si bien que le seul paiement de l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale implique que l'information a été divulguée ; le paiement de l'amende forfaitaire est établi par la mention au relevé d'information intégral ;

- l'information concernant les infractions du 22 février 2015, 23 juillet 2017,

20 mars 2019, 12 juillet 2019, et 12 octobre 2019 a été divulguée ; les infractions ont été relevées par un radar automatique ont également fait l'objet d'une amende forfaitaire, comme il en a été énoncé par le relevé d'information intégral ;

- la réalité des infractions est établie par les seules mentions au relevé d'information intégral.

Par ordonnance du 16 juin 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2020 à midi.

Par une lettre du 2 juin 2022 le Tribunal a informé les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le présent jugement est susceptible de reposer sur un moyen relevé d'office tiré de ce que certaines conclusions à fin d'annulation sont dirigées contre des décisions de retrait de points qui ont été retirées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Delmas, magistrat désigné ;

- et les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, a commis une succession d'infractions au code de la route, notamment les 30 août 2013, 22 février 2015, 23 juillet 2017, 20 mars 2019, 12 juillet 2019, et 12 octobre 2019. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 20 mars 2020, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de décision référencée " 48 SI " du 20 mars 2020 ainsi que des décisions référencées " 48 SI" portant retrait de points consécutives aux infractions précitées.

Sur l'étendue du litige :

2. M. B demande l'annulation des décisions par lesquelles un point lui a été retiré de son permis de conduire consécutivement aux infractions commises le 30 août 2013 à 9h42 sur le territoire de la comune de Varennes-sur-Seine, le 22 février 2015 à 16h19 sur le territoire de la commune de L'Hay-les-Roses, et le 23 juillet 2017 à 15h24 sur le territoire de la commune de Sens. Toutefois, il ressort du relevé d'information intégral en date du 12 mai 2020 produit par le ministre en défense que ces points ont été restitués à l'intéressé par l'effet du mécanisme de reconstitution automatique du solde de point le 7 avril 2014, le 12 septembre 2015 et le 6 mars 2018. Ainsi, ces trois décisions de retrait de point en litige doivent être regardées comme étant retirées avant la date d'introduction de la présente requête. Par suite, les trois décisions de retrait de point en litige n'avait plus d'existence juridique à la date d'enregistrement de la requête. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions référencées

" 48 SI " portant retrait de point consécutives aux infractions des 30 août 2013, 22 février 2015 et 23 juillet 2017 sont irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à la restitution de ces trois points doivent également être regardées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation tendant à l'annulation des décisions référencées " 48 SI" de retrait de points en litige :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. Aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des alinéas 1, 2 et 4 de l'article L. 223-6. Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. () ".

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

S'agissant de l'infraction commise le 20 mars 2019 à 10h13, constaté par procès-verbal électronique :

5. Il ressort du relevé d'information intégral établi le 12 mai 2020 relatif au permis de conduire de M. B que l'intéressé s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire afférente à l'infraction commise le 20 mars 2019 concernant le non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant, laquelle a été relevée par procès-verbal dématérialisé dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé. Il s'en infère que M. B a nécessairement reçu à son domicile les avis de contravention afférents à cette infraction. Dans ces conditions, alors que l'intéressé n'a pas produit cet avis ni par conséquent démontré son caractère éventuellement inexact ou incomplet, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalablement à la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 20 mars 2019 doit être écarté.

S'agissant des infractions commises le 12 juillet 2019 et le 12 octobre 2019 :

6. Il ressort également du relevé d'information intégral établi le 12 mai 2020 relatif au permis de conduire de M. B que ce dernier s'est acquitté des deux amendes forfaitaires résultant des infractions d'excès de vitesse commises le 12 juillet 2019 à Pamfou et

le 12 octobre 2019 à La Grande Paroisse. Ainsi, le requérant est réputé avoir reçu les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalablement à la décision de retrait de points consécutive aux infrations du 12 juillet 2019 et du 12 octobre 2019 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'établissement de l'infraction :

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions qu'elles prévoient dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

8. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, édité le 12 mai 2020 et joint au mémoire en défense, que les infractions contestées commises les 20 mars 2019 à 10h13, 12 juillet 2019 à 7h5, et 12 octobre 2019 à 7h09 ont donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire. Eu égard aux mentions de ce document et en l'absence de tout élément avancé par le contrevenant de nature à mettre en doute leur exactitude, la réalité des trois infractions susvisées doit être regardée comme établie dès lors que M. B ne soutient pas avoir présenté une requête en exonération ou une réclamation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du solde afférent à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 20 mars 2019 à 10h13, 12 juillet 2019 à 7h5, et 12 octobre 2019 à 7h09.

Sur les conclusions à fin d'annulation tendant à l'annulation de la décision référencée " 48 SI " :

10. Pour constater la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de point nul, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur ce que l'intéressé avait commis infractions pour un total de points retirés les 30 août 2013, 22 février 2015, 23 juillet 2017, 20 mars 2019, 12 juillet 2019, et 12 octobre 2019. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, les points qui avaient été retirés à M. B consécutivement aux infractions commises

les 30 août 2013, 22 février 2015, 23 juillet 2017 lui ont été restitués par l'effet du mécanisme de reconstitution automatique du solde de points. Dans ces conditions, et compte tenu des pièces versées au dossier, M. B doit être regardé comme ayant perdu six points à la date de la décision attaquée. Or, il ressort du relevé d'information intégral établi le 12 mai 2020 que la période probatoire du permis de conduire du requérant s'est achevée le 1er juillet 2016. Par suite, le solde de points du permis de conduire du requérant n'était pas nul. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur ne pouvait légalement constater la perte de validité du titre de conduite de M. B.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision référencée " 48 SI " en date du 20 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

13. Il résulte de ce qui précède que le permis de conduire de M. B est valide. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre toutes les mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B lui soit restitué dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que l'intéressé ne l'ait pas conservé et qu'il n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné, postérieurement au dernier retrait de points pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire des retraits de points faisant obstacle à cette restitution.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée " 48 SI " en date du 20 mars 2020, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de prendre toutes les mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B soit restitué dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que l'intéressé ne l'ait pas conservé et qu'il n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entrainé, postérieurement au dernier retrait de points pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire, des retraits de points faisant obstacle à cette restitution.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'interieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022 .

Le magistrat désigné,

S. CLa greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2003410

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