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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2003488

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2003488

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2003488
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 mai 2020 et le

28 août 2020, M. C A, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du solde afférent à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 25 août 2017 à Paris (4 points), 10 septembre 2017 à Saint-Loup d'Ordon (3 points), 18 février 2018 à 17h31 à Poncin (2 points), 21 mai 2018 à 19h01 à Montereau-sur-le-Jard (2 points), 1er août 2018 à Presilly (2 points), 25 septembre 2018 à Nice (1 point), 2 novembre 2018 à Nice (1 point), 27 novembre 2018 à Vidauban (1 point), 16 mars 2019 à La Courneuve (3 points) et 15 juillet 2019 à Nice

(1 point) ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 28 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice somme administrative ;

5°) de rejeter les conclusions présentées par l'Etat tendant à la mise à sa charge d'une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne les décisions de retrait de points :

- l'ensemble des informations préalables prescrites par les dispositions des articles

L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respecté pour les infractions des 25 août 2017, 18 février 2018, 21 mai 2018, 1er août 2018, 25 septembre 2018, 2 novembre 2018, 27 novembre 2018, 16 mars 2019 et 15 juillet 2019 ;

- l'information doit être complète et porter sur les règles de réduction de points prévues à l'article L. 223-2 du code de la route, l'existence d'un traitement automatisé relatif aux points du permis de conduire et le droit d'accès aux données du traitement, les conséquences du paiement de l'amende et de l'exécution d'une composition pénale sur la reconnaissance de la réalité de l'infraction et en matière de retrait de points ;

- le procès-verbal électronique n'est pas conforme aux exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ; le paiement de l'amende forfaitaire est sans incidence sur le droit à l'information du justiciable ; les mentions du relevé d'information intégral ne sont pas suffisantes ; l'émission du titre exécutoire en matière d'amende forfaitaire majorée est sans incidence sur le droit à l'information ;

- la décision portant retrait de 3 points consécutivement à l'infraction

du 10 septembre 2017 est insuffisamment motivée ; l'infraction du 10 septembre 2017 n'est pas établie, dès lors qu'il n'est pas établi que le jugement du 25 mars 2019 concernant l'infraction du 10 septembre 2017 serait devenu définitif.

En ce qui concerne la décision d'invalidation du permis de conduire :

- elle n'est pas suffisamment motivée, dès lors qu'il n'est pas précisé la nature de la condamnation du 25 mars 2019, ni même précisé les conditions de sa signification ;

- les retraits de points consécutifs aux infractions susmentionnées étant irréguliers, la décision " 48 SI " doit être annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2020 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

- la décision consécutive à l'infraction du 25 août 2017 est régulière ; elle a fait l'objet d'un procès-verbal électronique ; le Centre national de traitement du Contrôle Sanction Automatisé a été destinataire des données de l'infraction ; l'intéressé a reçu avis de contravention et avis de contravention majorée contenant les informations requises à son domicile ; en outre, l'intéressé s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire majorée et il n'établit pas avoir reçu un avis incomplet ou avoir formé une réclamation préalable sur le fondement des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale ;

- la décision consécutive à l'infraction du 10 septembre 2017 est régulière ; l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation pénale définitive par le tribunal de police de Sens en date

du 25 mars 219 ; l'intéressé ayant eu la possibilité de contester l'infraction devant le juge pénal, le moyen tiré de l'insuffisance d'information doit être écarté ;

- la décision consécutive à l'infraction du 18 février 2018 est régulière ; elle a été constatée par procès-verbal électronique ; en outre, l'intéressé a réglé l'amende forfaitaire ;

- la décision consécutive à l'infraction du 21 mai 2018 est régulière ; elle a été constatée par procès-verbal électronique, et compte tenu de l'application déployée à compter

du 15 avril 2015, l'intéressé disposait de toute l'information requise ; en outre, l'intéressé a réglé à la trésorerie l'amende forfaitaire majorée ;

- les décisions consécutives aux infractions des 1er août 2018, 25 septembre 2018,

2 novembre 2018, 27 novembre 2018, 16 mars 2019 et 15 juillet 2019 sont régulières ; il ressort des attestations de paiement émises par le trésorier du Centre national de traitement du Contrôle Sanction Automatisé que l'intéressé s'est acquitté du paiement desdites amendes ; il n'établit pas avoir reçu un avis incomplet, ni avoir formé une réclamation sur le fondement des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'établissement des infractions :

- les mentions " AF ", " AM ", et " 76 " figurant au relevé d'information intégral permettent d'établir la réalité des infractions querellées.

- la décision consécutive à l'infraction du 10 septembre 2017 est régulière ; l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation pénale définitive par le tribunal de police de Sens en date

du 25 mars 219 ; l'infraction doit être regardée comme étant établie.

Par ordonnance du 16 juin 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre 2020 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Delmas, magistrat désigné ;

- et les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, a commis une succession d'infractions au code de la route, notamment les 25 août 2017 à Paris (4 points), 10 septembre 2017 à Saint-Loup d'Ordon (3 points), 18 février 2018 à 17h31 à Poncin (2 points), 21 mai 2018 à 19h01 à Montereau-sur-le-Jard

(2 points), 1er août 2018 à Presilly (2 points), 25 septembre 2018 à Nice (1 point),

2 novembre 2018 à Nice (1 point), 27 novembre 2018 à Vidauban (1 point), 16 mars 2019 à La Courneuve (3 points) et 15 juillet 2019 à Nice (1 point). Par une décision référencée " 48 SI " en date du 28 février 2020, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision référencée " 48 SI "

du 28 février 2020 ainsi que l'ensemble des décisions référencées " 48 SI " portant retrait de points consécutives aux infractions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions référencées " 48 SI " :

2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. Aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des alinéas 1, 2 et 4 de l'article L. 223-6. Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. () ".

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de la décision consécutive à l'infraction du 25 août 2017, constatée par procès-verbal électronique à Paris (4 points) :

5. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté

du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

7. Il résulte de l'instruction que l'infraction de circulation d'un véhicule en sens interdit commise le 25 août 2017 par M. A a fait l'objet d'une constatation par procès-verbal électronique. Toutefois, si le ministre de l'intérieur verse aux débats une page du feuillet du procès-verbal électronique n° 6026584953 portant la signature de l'agent de la force publique et celle du contrevenant, les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'y sont pas mentionnées. De plus, si le ministre verse également au débat une seconde page imputée à ce feuillet et intitulée " Annexe au P. V. N° : 6026584953 " indiquant que le retrait de points envisagé s'élève à quatre points, cette page ne comporte ni la signature du contrevenant, ni la mention " refus de signer ". Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral édité le 17 juillet 2020 afférent au permis de conduire de M. A que l'infraction commise

le 25 août 2017 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée et il ressort du bordereau de situation établi par le comptable public que ce dernier a procédé au recouvrement de cette amende pour un montant de 300 euros après avoir annulé la majoration de 75 euros. Or, M. A ne saurait sérieusement contester qu'il ne pouvait procéder au paiement de cette amende qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise

le 25 août 2017 ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la décision consécutive à l'infraction du 10 septembre 2017, constatée par procès-verbal électronique à Saint-Loup d'Ordon (3 points) et ayant fait l'objet d'une condamnation :

8. En premier lieu, lorsque l'existence de l'infraction et l'identité de son auteur n'ont été établies que postérieurement à la commission de ladite infraction, par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance, et que l'auteur de l'infraction a pu les contester devant ledit juge, l'omission de la formalité susvisée est sans incidence sur la procédure suivie dès lors que la condamnation pénale implique nécessairement qu'un retrait de points soit effectué. En tout état de cause, l'information préalable donnée au contrevenant a pour objet notamment de lui permettre de mesurer au regard de la procédure de retraits de points, l'intérêt d'une éventuelle contestation de la matérialité de l'infraction. Dès lors que le contrevenant a pu, comme c'est le cas en l'espèce, se défendre dans le cadre d'une procédure judiciaire contradictoire, il n'a été privé d'aucune garantie substantielle. Par suite, la décision administrative de retrait de points prise à l'encontre d'un contrevenant qui n'a pas reçu préalablement à la décision de l'autorité judiciaire les informations prévues par les dispositions précitées du code de la route, ne peut être regardée comme intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral établi le 17 juillet 2020 versé par le ministre de l'intérieur en défense, que par un jugement rendu le 25 mars 2019 par le tribunal de police de Sens M. A a été condamné pour avoir commis une infraction d'excès de vitesse d'au moins 30 km/h et inférieur à 40 km/h sur le territoire de la commune de Saint-Loup d'Ordon le 10 septembre 2017 à 16h40. Si M. A conteste l'autorité attachée à ce jugement en tentant d'instiller un doute quant à son caractère définitif et à son caractère contradictoire, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. Ainsi, le ministre de l'intérieur, constatant que la réalité de l'infraction reprochée à l'intéressé était établie par cette condamnation pénale, a pu légalement retirer trois points du nombre de points affectés au permis de conduire du requérant par une décision référencée " 76 ", nonobstant la circonstance que M. A n'aurait pas bénéficié de l'exécution par l'administration de son obligation d'information tirée des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, les moyens tirés du défaut d'établissement de cette infraction et du défaut d'information préalable au retrait de points ne peuvent qu'être écartés.

10. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

11. D'une part, les lettres référencées " 76 " qui avisent les contrevenants qui ont fait l'objet d'une condamnation définitive par une autorité judiciaire au titre d'une infraction au code de la route impliquant un retrait de points sont établies sur un formulaire type qui comporte systématiquement les considérations de droit et de fait constitutives du fondement du retrait de points opérés par l'administration sur son permis de conduire. En outre, les mentions inscrites dans le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire, document nominatif dont l'accès est librement ouvert au titulaire du titre de conduite, récapitulent la date, le lieu, la qualification de l'infraction, les mentions relatives au caractère définitif de l'infraction par le paiement de l'amende forfaitaire, ainsi que l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou encore le prononcé d'une condamnation définitive et le nombre de points retirés. Or, en l'espèce, le relevé d'information intégral versé à l'instance par le ministre de l'intérieur fait état d'une décision référencée " 76 " et indique à cet égard que la condamnation pénale de M. A a été prononcée le 25 mars 2019 et est devenue définitive le 13 avril 2019, avant d'être enregistrée le 9 août 2019 dans le traitement de données. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision référencée " 76 " portant retrait de points concernant l'infraction du 10 septembre 2017 à 16h40 ne peut qu'être écartée.

S'agissant de la décision consécutive à l'infraction du 18 février 2018 à 17h31 constatée par procès-verbal électronique à Poncin (2 points) :

12. Il résulte des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation et le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

13. Il résulte du relevé d'information intégral édité le 17 juillet 2020 relatif à la situation de M. A et versé aux débats par le ministre de l'intérieur que le contrevenant a payé l'amende forfaitaire due à raison de cette infraction, constatée par un procès-verbal électronique. Dans ces conditions, il résulte des principes ci-dessus rappelés que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de l'obligation qui lui incombe de délivrer préalablement au paiement de l'amende forfaitaire les informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors que le requérant n'a pas produit au juge administratif l'avis des contraventions en cause afin de démontrer que ces avis étaient incomplets ou inexacts. Dès lors, le retrait de points consécutif à l'infraction commise le 18 février 2018 doit être regardé comme étant intervenu au terme d'une procédure régulière.

S'agissant de la décision consécutive à l'infraction du 21 mai 2018 à 19h01, constatée par procès-verbal électronique à Montereau-sur-le-Jard (2 points) :

14. Il résulte de l'instruction, et notamment de la seconde page du feuillet du procès-verbal électronique n° 62851304437 concernant l'infraction d'excès de vitesse commise

le 21 mai 2018 par M. A, sur laquelle l'agent verbalisateur et le contrevenant ont tous deux apposés leurs signatures, qu'elle comporte l'ensemble des informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 22 3 du code de la route. Par suite, le ministre de l'intérieur établit avoir délivré les informations requises pour cette infraction.

S'agissant de la décision consécutive à l'infraction du 1er août 2018, 25 septembre 2018, 2 novembre 2018, 27 novembre 2018, 16 mars 2019 et 15 juillet 2019, constatée par voie de radar automatique :

15. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'intéressé s'est vu infliger des amendes forfaitaires majorées correspondantes aux infractions des 1er août 2018, 25 septembre 2018, 2 novembre 2018, 27 novembre 2018,

16 mars 2019 et 15 juillet 2019 constatées au moyen d'un radar automatique. En outre, il ressort des attestations établies par le trésorier du Centre national de traitement du Contrôle Sanction Automatisé les 6 septembre 2019, 2 avril 2019, 15 octobre 2019, 15 avril 2019, 21 février 2020 et 17 octobre 2019 que l'intéressé a procédé au paiement desdites amendes suite à l'émission des titres exécutoires établis pour leur recouvrement les 6 novembre 2018, 15 janvier 2019, 26 février 2019 5 mars 2019 27 mai 2019 et 23 septembre 2019. Ainsi, M. A a nécessairement reçu un courrier du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que le requérant n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, qu'ils ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de l'absence de divulgation de ces informations au requérant préalablement à l'édiction des décisions référencées " 48 SI " procédant aux retraits des points litigieux consécutivement à a commission des infractions des 1er août 2018, 25 septembre 2018,

2 novembre 2018, 27 novembre 2018, 16 mars 2019 et 15 juillet 2019 doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du solde afférent à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 25 août 2017 à Paris (4 points),

10 septembre 2017 à Saint-Loup d'Ordon (3 points), 18 février 2018 à 17h31 à Poncin (2 points), 21 mai 2018 à 19h01 à Montereau-sur-le-Jard (2 points), 1er août 2018 à Presilly (2 points),

25 septembre 2018 à Nice (1 point), 2 novembre 2018 à Nice (1 point), 27 novembre 2018 à Vidauban (1 point), 16 mars 2019 à La Courneuve (3 points) et 15 juillet 2019 à Nice (1 point).

En ce qui concerne la décision référencée " 48 SI " :

17. En premier lieu, après avoir constaté que l'information requise par le code de la route a été délivrée au contrevenant et que la réalité de l'infraction est établie, le ministre de l'intérieur se trouve en situation de compétence liée lorsqu'il procède au retrait de points prévu par l'article R. 223-3 du code de la route et constate que ce retrait aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire. Dès lors, M. A ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'insuffisance de motivation. En tout état de cause, la décision référencée " 48 SI " attaquée, qui mentionne les articles L. 223-1, L. 223-3, L. 223-5-I, R. 223-3 du code de la route, rappelle les dates et les lieux des infractions commises par M. A, ainsi que les sanctions auxquelles elles ont donné lieu et le nombre de points retirés à la suite de chacune d'elles, énonce ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée et est par suite suffisamment motivée.

18. En second lieu, les décisions de retrait de points référencées " 48 SI " consécutives aux infractions commises par M. A les 25 août 2017 à Paris (4 points), 10 septembre 2017 à Saint-Loup d'Ordon (3 points), 18 février 2018 à 17h31 à Poncin (2 points), 21 mai 2018 à 19h01 à Montereau-sur-le-Jard (2 points), 1er août 2018 à Presilly (2 points), 25 septembre 2018 à Nice (1 point), 2 novembre 2018 à Nice (1 point), 27 novembre 2018 à Vidauban (1 point),

16 mars 2019 à La Courneuve (3 points) et 15 juillet 2019 à Nice (1 point) n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégales, le requérant n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision référencée " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire.

19. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation la décision référencée " 48 SI " en date du 28 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

21. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. A la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

22. En second lieu, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant aux rejets de conclusions présentées par le ministre de l'intérieur tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, faute pour cette autorité ministérielle d'avoir présenté de telles conclusions dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022 .

Le magistrat désigné,

S. BLa greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2003488

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