vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2003758 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | JANOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 mai 2020 et le 14 novembre 2022, M. et Mme E et B D, représentés par Me Janois, demandent au tribunal à titre personnel et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'État à leur verser la somme de 133 380 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la carence de l'État dans la prise en charge de leur fille F, atteinte d'autisme, est fautive ;
- ils sont fondés à demander la réparation du préjudice subi par leur fille au titre de la perte de chance de voir son état évoluer favorablement, évalué à 30 780 euros du 1er février 2016 au 1er novembre 2020 ;
- ils sont fondés à demander la réparation du préjudice subi au titre des troubles dans les conditions d'existence subis par eux et leurs deux autres enfants, évalué à 102 600 euros du 1er février 2016 au 1er novembre 2020.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucune rupture dans la prise en charge n'est démontrée dès lors que l'orientation vers un SESSAD a été posée à titre complémentaire ;
- à supposer que la responsabilité de l'État soit engagée, il conviendra de ramener l'indemnisation des préjudices à de plus justes proportions.
La requête a été communiquée au ministère de la santé des solidarités de l'autonomie et du handicap qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une lettre du 22 novembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 22 décembre 2022 sans information préalable.
Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 27 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Blanc, conseillère,
- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. F D, née le 2 mai 2010, est atteinte d'un trouble autistique. A la suite d'une demande de ses parents, elle a été orientée vers un établissement médico-social " SESSAD du Vercors " par une décision du 1er juillet 2016 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées réunie le 27 juin 2016. Par un courrier du 24 février 2017, la directrice de l'établissement a indiqué aux requérants que toutes les places étaient actuellement occupées. Par une décision du 21 mars 2019, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, réunie le 26 février 2019, a décidé la prise en charge médicale sociale de F au sein du SESSAD Vercors ou bien de l'établissement AGIR ET VIVRE L'AUTISME. Par deux lettres du 5 juillet 2019 et du 3 septembre 2019, ces deux établissements ont indiqué que toutes les places étaient occupées. Par un courrier, reçu le 26 février 2020, les requérants ont, en leur nom et au nom de leurs trois enfants mineurs - F, C et A - adressé une demande d'indemnisation de leurs préjudices à l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France et à l'État. Par la présente requête, ils demandent la condamnation de l'État à les indemniser tant de leurs préjudices propres que des préjudices subis par leurs enfants en raison du défaut de prise en charge au sein d'un établissement médico-social de F du 1er février 2016 jusqu'au 1er novembre 2020.
Sur la responsabilité de l'État :
2. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. () " et aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'État met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes handicapés. () / De même, les enfants et les adolescents accueillis dans l'un des établissements ou services mentionnés au 2° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles ou dans l'un des établissements mentionnés au livre Ier de la sixième partie du code de la santé publique peuvent être inscrits dans une école ou dans l'un des établissements mentionnés à l'article L. 351-1 du présent code autre que leur établissement de référence, proche de l'établissement où ils sont accueillis. Les conditions permettant cette inscription et cette fréquentation sont fixées par convention entre les autorités académiques et l'établissement de santé ou médico-social. () ". Aux termes de l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social ". Il résulte de ces dispositions que le droit à une prise en charge pluridisciplinaire est garanti à toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique, quelles que soient les différences de situation. Si, eu égard à la variété des formes du syndrome autistique, le législateur a voulu que la prise en charge, afin d'être adaptée aux besoins et difficultés spécifiques de la personne handicapée, puisse être mise en œuvre selon des modalités diversifiées, notamment par l'accueil dans un établissement spécialisé ou par l'intervention d'un service à domicile, c'est sous réserve que la prise en charge soit effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état et à l'âge de la personne atteinte de ce syndrome.
3. Il résulte de l'instruction que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Seine-et-Marne a, par une décision du 1er juillet 2016, décidé d'orienter F vers le SESSAD Vercors afin de mettre en œuvre un accompagnement personnalisé. Or, par une lettre du 24 février 2017, la demande d'admission formulée par les requérants a été rejetée au motif de l'indisponibilité de places au sein de cet établissement. En outre, par une décision du 21 mars 2019, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de Seine-et-Marne a décidé d'orienter F vers le SESSAD Vercors ou bien le SESSAD Pavillon Royal du 26 février 2019 au 31 août 2024. Or, deux refus ont été opposés aux requérants par ces deux établissements par des courriers du 5 juillet 2019 et du 3 septembre 2019. Il résulte ainsi de l'instruction que F n'a pas bénéficié d'une place en SESSAD, comme préconisé par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, entre le 1er février 2016 et le 1er novembre 2020, alors que cette commission avait prescrit son orientation vers un établissement médico-social dès le 1er février 2016. Un défaut d'une telle pris en charge adaptée en établissement médico-social est constitutive d'une carence fautive de l'État, de nature à engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'absence de prise en charge en établissement médico-social de l'enfant F pendant la période courant du 1er février 2016 au 1er novembre 2020 a causé à cet enfant un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, dont il sera fait une juste appréciation en évaluant l'indemnité à verser à F D à la somme de 15 000 euros, y compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.
5. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation des mêmes troubles et du même préjudice moral en évaluant l'indemnité à verser à M. et Mme D à 9 000 euros chacun, y compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.
6. En troisième et dernier lieu, il sera fait une juste appréciation des mêmes troubles et du même préjudice moral en évaluant l'indemnité à verser à C et à A à la somme de 3 000 euros chacun, y compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à payer aux requérants, en leur qualité de représentants légaux de leur fille F D, la somme de 15 000 euros, en leur qualité de représentant légaux de C et A la somme de 3 000 euros chacun, et à chacun des requérants la somme de 9 000 euros, y compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à payer aux requérants, en leur qualité de représentants légaux de leur fille F D, la somme de 15 000 euros, en leur qualité de représentant légaux de C et A la somme de 3 000 euros chacun, et à chacun des requérants la somme de 9 000 euros chacun, y compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.
Article 2 : L'État versera à M. et Mme D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E et B D, au ministre de des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Blanc, conseillère,
M. Cabal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
T. BLANCLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026