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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2004039

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2004039

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2004039
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLABETOULE ANGÉLIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 6 juin, 13 novembre 2020 et 26 avril 2023, la société civile immobilière (SCI) du Bois des Chartreux, représentée par Me Labetoule, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts de retard, de taxe sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement mises à sa charge au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- les rappels notifiés au titre des années 2016 et 2017 sont atteints par la prescription du droit de reprise de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales ;

- elle a été privée du caractère effectif du recours hiérarchique ;

- elle n'a pas été suffisamment informée de la possibilité de saisir l'interlocuteur départemental ;

- n'étant pas des bâtiments, les biens loués ne sont pas assujettis à la taxe en litige ;

- ces biens n'abritent aucune activité de négoce ou de prestations de services ;

- il existe une inégalité de traitement avec d'autres sociétés qui exercent la même activité mais qui ne sont pas assujetties à cette taxe ;

- les intérêts de retard et les pénalités ne sont pas dus.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juin 2020 et 19 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mai 2023 :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) du Bois des Chartreux, propriétaire d'un ensemble immobilier situé à Presles-en-Brie, a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification le 16 mars 2019. Des rappels de la taxe sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement en Ile-de-France au titre des années 2016 à 2018 ont été mis en recouvrement à son encontre le 30 novembre 2019. Une réclamation d'assiette a été présentée le 4 février 2020 et rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne en date du 15 avril suivant. Par la requête précitée, l'intéressée demande la décharge de ces impositions.

Sur la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, la société requérante soutient qu'elle a été privée effectivement du bénéfice du recours hiérarchique dès lors que la vérificatrice a monopolisé la parole et le supérieur hiérarchique n'a pas pris part aux débats. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante a été reçue le 13 mai 2019 dans les locaux de l'administration en présence de la vérificatrice et de sa supérieure hiérarchique et qu'elle a été rendue destinataire du compte rendu de cette réunion par courrier du 16 mai suivant. La circonstance à la supposer établie que la supérieure hiérarchique n'aurait pas été la principale intervenante de l'administration lors de cette réunion et n'aurait notamment posé aucune question sur le litige ne suffit pas à établir que la société n'a pas effectivement et réellement bénéficié de la garantie de ce recours hiérarchique.

3. En second lieu, la SCI du Bois des Chartreux soutient qu'elle n'a pas été avertie explicitement de la possibilité de recourir à l'interlocuteur départemental au cours de la vérification de comptabilité. Toutefois, il résulte des mentions de l'avis de vérification de comptabilité du 29 janvier 2019 que la requérante a été informée de la possibilité de s'adresser à l'inspectrice divisionnaire, puis si des divergences importantes subsistaient, à l'interlocuteur départemental chargé d'étudier personnellement les problèmes rencontrés par les contribuables à l'occasion des vérifications, ce document mentionnant précisément l'identité et les coordonnées de ces agents de l'administration. Dans ces conditions, la société qui a demandé à bénéficier tant du recours hiérarchique que du recours à l'interlocuteur départemental, qui a été reçue par ce dernier lors d'une réunion le 3 octobre 2019 et qui a été destinataire du compte rendu de cette réunion par courrier du 15 octobre suivant, ne saurait sérieusement soutenir qu'elle a été privée d'une quelconque garantie.

Sur la prescription du droit de reprise :

4. Aux termes du VIII de l'article 231 ter du code général des impôts : " Le contrôle, le recouvrement, le contentieux, les garanties et les sanctions relatifs à la taxe sont régis par les règles applicables en matière de taxe sur les salaires jusqu'au 31 décembre 2003 ". Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Aux termes de l'article L. 169 A du même livre : " Le délai de reprise prévu au premier alinéa de l'article L. 169 s'applique également : () 6° A la taxe sur les salaires () ". Selon l'article L. 173 du même livre : " Pour les impôts directs perçus au profit des collectivités locales et les taxes perçues sur les mêmes bases au profit de divers organismes, à l'exception de la taxe professionnelle, de la cotisation foncière des entreprises, de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et de leurs taxes additionnelles, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de l'année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due () ".

5. La requérante soutient que le délai du droit de reprise de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales n'était applicable en matière de taxe sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement en Ile-de-France que jusqu'au 31 décembre 2003, mais que depuis le 1er janvier 2004, le délai applicable est celui de l'article L. 173 du même livre. Toutefois, en application des dispositions combinées des articles 231 ter du code général des impôts, L. 169 et L. 169 A du livre des procédures fiscales, le droit de reprise en matière de taxe sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement en Ile-de-France s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. Dans ces conditions, la SCI du Bois des Chartreux n'est pas fondée à soutenir que les impositions des années 2016 et 2017 seraient atteintes par la prescription du droit de reprise de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions :

Sur le terrain de la loi fiscale,

6. Aux termes des dispositions de l'article 231 ter du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France, composée de Paris et des départements de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, de la Seine-et-Marne, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d'Oise et des Yvelines. () III.- La taxe est due : () 2° Pour les locaux commerciaux, qui s'entendent des locaux destinés à l'exercice d'une activité de commerce de détail ou de gros et de prestations de services à caractère commercial ou artisanal ainsi que de leurs réserves attenantes couvertes ou non et des emplacements attenants affectés en permanence à la vente () ".

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que dans le cadre de la proposition de rectification du 16 mars 2019, l'administration a constaté que la SCI du Bois des Chartreux était propriétaire d'un ensemble immobilier à Presles-en-Brie qui était donné en location à la SARL Abripark Villepatour pour son activité de location d'emplacements de véhicules et de diverses prestations accessoires et a considéré que les surfaces en cause constituaient des locaux commerciaux au sens des dispositions précitées de l'article 231 ter du code général des impôts. La requérante soutient que ses locaux n'abritent aucune activité de négoce ou de prestations de services commerciales ou artisanales et qu'elle ne pouvait donc être assujettie à la taxe sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société locataire réalisait dans ces locaux des prestations de services à caractère commercial rattachées à l'activité de location d'emplacements de véhicules, et notamment des prestations de gardiennage et de mise à disposition de ses clients d'un microtracteur, d'un compresseur pour vérifier la pression des pneumatiques, d'une aire de lavage des véhicules avec un nettoyeur à haute pression et de locaux pour y entreposer des bouteilles de gaz. L'absence de comptabilisation de prestations de services par la locataire et les circonstances que les activités de gardiennage et de lavage de véhicules ne sont pas justifiées, que les biens ne sont pas librement accessibles au public, mais seulement aux personnes ayant signé un contrat, que les opérations réalisées par sa locataire ne peuvent recevoir la qualification de prestations de services en application de la jurisprudence communautaire et que la location d'immeuble ne constitue pas un acte de commerce au sens de l'article L. 110-1 du code de commerce ne suffisent pas à remettre en cause l'existence de prestations commerciales exercées dans ces locaux. Dans ces conditions, l'administration est fondée à considérer que les locaux en cause constituaient des locaux commerciaux au sens de l'article 231 ter du code général des impôts.

8. En second lieu, si la requérante fait état de ce que d'autres sociétés qui exercent la même activité n'ont pas été assujetties à ces mêmes impositions au cours des années en litige, ce qui crée selon elle une inégalité de traitement face à la loi fiscale et une distorsion de concurrence, de telles circonstances à les supposer établies sont sans influence sur le bien-fondé des impositions mises à sa charge.

Sur le terrain de la doctrine administrative,

9. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".

10. En premier lieu, la SCI du Bois des Chartreux se prévaut du § 10 du BOI-IF-AUT-50, selon lequel " La taxe s'applique, en principe, à des bâtiments. Toutefois, elle est également applicable à certaines surfaces couvertes ou non qui constituent, par la loi, des locaux commerciaux, des locaux de stockage ou des surfaces de stationnement ". En se bornant à se prévaloir de la première phrase de cette doctrine, la société ne saurait sérieusement soutenir que l'administration aurait limité l'application de la taxe en litige aux seuls bâtiments.

11. En deuxième lieu, la requérante ne peut se prévaloir du BOI-IF-AUT-50-10-20190220 du 20 février 2019 relatif au champ d'application de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue en Ile-de-France prévues par les dispositions précitées de l'article 231 ter du code général des impôts, qui est postérieur aux années d'imposition en litige.

12. En troisième lieu, si elle se prévaut du § 110 du BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013 qui précise que " seuls entrent dans le champ d'application de la taxe les locaux auxquels le public a normalement accès ", elle n'établit pas que les clients de sa locataire n'auraient pas normalement accès aux locaux en cause au regard notamment du § 130 de ce même bulletin officiel, selon lequel " En revanche, sont exclus les locaux auxquels le public n'a normalement pas accès tels que, par exemple, les ateliers, les locaux de blanchisserie, les cuisines de restaurant, etc ".

13. En quatrième et dernier lieu, la société n'est pas fondée à se prévaloir du § 80 du BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013 qui ne comporte aucune interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

Sur les majorations :

14. La requérante ne saurait se fonder, ainsi qu'il a été dit précédemment, sur les moyens développés ci-dessus tirés de l'irrégularité de la procédure d'imposition, de la prescription du droit de reprise et de l'absence de bien-fondé des impositions litigieuses pour contester l'intérêt de retard de l'article 1727 du code général des impôts qui lui a été appliqué.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SCI du Bois des Chartreux à fin de décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre des années 2016, 2017 et 2018 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SCI du Bois des Chartreux est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI du Bois des Chartreux et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé : P. MEYRIGNAC La présidente,

Signé : C. LEDAMOISEL

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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