jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2004040 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SULTAN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 8 juin 2020 et 10 mars 2021, Mme B A épouse C, représentée par Me Sultan, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de son obligation de payer les impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2003 et 2004 en droits et pénalités ;
2°) d'ordonner le remboursement des impositions déjà acquittées assorties des intérêts moratoires de 2007 à ce jour et des frais bancaires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Mme A épouse C soutient que :
- certains actes de recouvrement lui ont été adressés à une mauvaise adresse et elle n'en a jamais été destinataire ; il s'agit, d'une part, des bordereaux de situation des 12 février 2015, 23 mars 2015, 6 mai 2015 adressés au 229 route de Thionville - L-5887 Alzingen - Luxembourg au lieu du 429 route de Thionville, et, d'autre part, de la mise en demeure du 1er mars 2019 d'avoir à payer 40 757 euros et l'avis à tiers détenteur du 14 février 2020 de 40 824 euros envoyés au 70 rue de la Monesse - 92310 Sèvres ; du fait de ces erreurs d'adressage, elle n'a pas été à même d'assurer sa défense ce qui vicie la procédure en application de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- de nombreuses anomalies quant au montant réel de sa dette fiscale figurent sur les mises en demeure et les avis à tiers à détenteur ; il s'agit, d'une part, du montant de 5 197,48 euros figurant sur le bordereau du 6 mai 2015 libellé IR 04, montant inexplicable car elle a réglé à ce jour tous les droits mis à sa charge, et d'autre part, des frais de procédure de 28 822 euros figurant sur les bordereaux des 12 février 2015, 25 mars 2015, 6 juin 2015 et 20 avril 2018 ; le bordereau du 12 février 2015 fait apparaître un total de frais de 28 822 euros non réglés, celui du 25 mars 2015 un acompte partiel de 1 976,63 euros et donc un solde dû de 26 845,37 euros, le bordereau du 6 mai 2015 un paiement partiel de 5 932,71 euros et donc un solde dû de 22 889,29 euros et celui du 20 avril 2018 de nouveau un total de frais non réglés de 28 822 euros ;
- elle n'a jamais réceptionné les avis de mise en recouvrement et les commandements de payer émis par l'administration fiscale ;
- la prescription quadriennale est acquise tant sur les droits que sur les pénalités puisque durant plus de quatre ans, de 2007 à 2013, elle n'a reçu aucun avis de recouvrement ni effectué aucun paiement spontané ;
- l'administration fiscale n'est pas en mesure d'effectuer les actes de poursuite à son égard sans les avis de mise en recouvrement compte tenu de l'envoi par le service des impôts des particuliers de Champigny-sur-Marne de Me Betty Robiquet, huissier des finances publiques auprès de la direction générale des finances publiques des Hauts-de-Seine, pour recouvrer sa créance.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier et 7 mai 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Freydefont, rapporteur ;
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Mme B A épouse C a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2003 et 2004 à l'issue duquel elle s'est vu notifier des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales de 135 932 euros en droits et pénalités mises en recouvrement le 31 juillet 2007. Ces sommes ont ensuite été assorties d'une majoration de retard de 10 % ainsi que des intérêts moratoires au profit de l'Etat à hauteur de 24 336 euros à la suite du rejet, le 23 mai 2012, par le tribunal administratif de Melun, de la requête d'assiette de Mme A C. Une mise en demeure a été adressée le 1er mars 2019 à la requérante pour un reliquat de sommes non payées de 40 757 euros, puis l'administration a émis le 23 janvier 2020 un avis à tiers détenteur que la requérante a contesté par courrier d'opposition à poursuites du 11 février 2020 réceptionné le 13 février suivant. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet du 17 avril 2020 notifiée le 15 juin suivant. Par la présente requête, Mme A épouse C doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 40 757 euros résultant de l'avis à tiers détenteur précité du 23 janvier 2020.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / Le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu au premier alinéa est augmenté de deux années pour les redevables établis dans un Etat non membre de l'Union européenne avec lequel la France ne dispose d'aucun instrument juridique relatif à l'assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle prévue par la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance mutuelle en matière de recouvrement des créances relatives aux taxes, impôts, droits et autres mesures. " Aux termes de l'article L. 277 du même livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. " Aux termes de l'article 2244 du code civil : " Le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par une mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d'exécution ou un acte d'exécution forcée. ".
3. Mme A épouse C soutient que l'action en recouvrement du comptable public était prescrite en application des dispositions précitées.
4. D'une part, il résulte des dispositions citées au point 2 que le point de départ de la prescription quadriennale de l'action en recouvrement est fixé au jour de la mise en recouvrement des impositions dues, soit au cas d'espèce au 31 juillet 2007.
5. D'autre part, en application du 2ème alinéa de l'article L. 277 précité du livre des procédures fiscales, en cas de demande de sursis de paiement, l'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent, cet effet suspensif ne subsistant que jusqu'à la notification du jugement, même s'il fait l'objet d'un recours devant la cour administrative d'appel. Au cas d'espèce, le délai de prescription a été suspendu à partir du 8 août 2007, date de la réclamation d'assiette de Mme A C assortie d'une demande de sursis de paiement, et a recommencé à courir à compter de la notification le 22 mai 2012 du jugement n° 0806770 du tribunal administratif de Melun. Il expirait donc au 13 mai 2016.
6. Enfin, l'article L. 274 précité du livre des procédures fiscales ne contenant depuis le 31 décembre 2010 pas de dispositions spécifiques relatives à l'interruption du délai de prescription, les causes interruptives de la prescription quadriennale de l'action en recouvrement sont celles de droit commun définies à l'article 2244 du code civil. Ainsi, la notification d'une mise en demeure de payer les sommes dues est au nombre des actes interruptifs de prescription. Il est de même d'un avis à tiers détenteur à la condition qu'il ait été régulièrement notifié au débiteur. Au cas d'espèce, l'administration soutient qu'à partir de la notification le 22 mai 2012 du jugement du tribunal administratif de Melun, plusieurs actes interruptifs de prescription ont été notifiés à Mme A épouse C, consistant en des avis à tiers détenteurs des 12 février 2014, 24 juin 2014, 8 janvier 2015, 3 février 2015 et 13 juin 2018. Toutefois, l'administration ne produisant pas ces avis à tiers détenteur ni ne justifiant de leur notification régulière à Mme A épouse C, ceux-ci n'ont pu interrompre la prescription quadriennale, qui était ainsi acquise au 13 mai 2016. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'action en recouvrement était prescrite à la date du 23 janvier 2020 à laquelle a été émis l'avis à tiers détenteur contesté.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse C est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme en litige de 40 757 euros.
Sur les conclusions à fin de remboursement :
8. La décharge prononcée au point précédent de l'obligation de payer la somme de 40 757 euros non encore recouvrée n'implique de la part de l'administration fiscale aucun remboursement de cette somme à Mme A épouse C. Il s'ensuit que les conclusions à fin de remboursement de la requérante doivent être rejetées.
Sur les intérêts moratoires :
9. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt légal. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés () ". Les intérêts dus au contribuable en application de ces dispositions en cas de remboursement effectué en raison de la décharge de l'obligation de payer du requérant prononcée par un tribunal ou par l'administration fiscale à la suite d'une réclamation sont, en application des dispositions de l'article R. 208-1 du même livre " payés d'office en même temps que les sommes remboursées au contribuable par le comptable chargé du recouvrement des impôts ". Il n'existe aucun litige, né et actuel, entre Mme A C et le comptable chargé du remboursement des impositions litigieuses. Dès lors, les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires ne sont pas recevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
11. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que Mme A épouse C demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D'autre part, en l'absence de justification de dépens exposés dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A épouse C est déchargée de l'obligation de payer la somme de 40 757 euros résultant de l'avis à tiers détenteur du 23 janvier 2020.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et à la directrice départementale des finances publiques du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Freydefont, premier conseiller,
M. Meyrignac, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé : C. Freydefont
Le président,
Signé : N. Le Broussois Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour exécution conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026