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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2004227

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2004227

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2004227
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre, JU
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2020, M B A représenté par Me Dehan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 22 avril 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 1er février 2018, 10 mars 2018, 18 mars 2018, 26 mars 2018, 27 mars 2018, 6 août 2018, 19 juin 2019 et 2 mars 2015.

Il soutient que les informations requises par l'article L. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées préalablement aux décisions de retrait de points.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 27 mars 2018 et 6 août 2018, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les points retirés à la suite des infractions des 27 mars 2018, 6 août 2018, 7 février 2019 et 6 mai 2019 ont été restitués et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " du 22 avril 2020, le ministre de l'intérieur a récapitulé les différentes décisions de retraits de points affectant le permis de conduire de M. A, a constaté un solde de points nul et la perte pour M. A du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. M. A demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de points mentionnées dans cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des pièces du dossier, et notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A édité le 14 septembre 2020 et produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés à la suite des infractions des 27 mars et 6 août 2018 ont été recrédités sur le permis de conduire du requérant. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception de non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur le surplus des conclusions :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

En ce qui concerne l'infraction commise le 2 mars 2015 :

4. Il résulte des pièces du dossier que, pour avoir commis l'infraction du 2 mars 2015, M. A a fait l'objet d'une condamnation par un jugement correctionnel du tribunal de grande instance de Meaux du 25 janvier 2019, dont il n'a pas été fait opposition dans les délais requis. Par suite, l'éventuel défaut de délivrance de l'information préalable n'a aucune incidence sur la légalité de la procédure de retrait de point.

En ce qui concerne l'infraction commise le 1er février 2018 :

5. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et

R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté

du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

7. Il ressort des mentions non contestées du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que les infractions commises le 1er février 2018 et le 19 juin 2019 ont donné lieu à l'établissement de procès-verbaux électroniques.

8. Il résulte également du relevé d'information intégral que l'intéressé a payé l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction du 1er février 2018 ce qui démontre qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne justifie pas que cet avis serait inexact ou incomplet, le ministre doit être regardé comme établissant que le requérant a reçu les informations requises par les dispositions précitées du code de la route. Par ailleurs, le ministre produit le procès-verbal électronique constatant l'infraction du 19 juin 2019 que le requérant a signé et qui comportait l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté en ce qui concerne ces deux infractions

En ce qui concerne les infractions commises les 10, 18 et 26 mars 2018 :

9. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, que les infractions des 10, 18 et 26 mars 2018 ont été constatées par voie de radar automatique et ont donné lieu à l'émission d'avis d'amendes forfaitaires majorées comportant l'ensemble des informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'administration justifie que les plis recommandés contenant ces avis ont été présentés à la dernière adresse connue de l'intéressé, qui, avisé, ne les a pas réclamés auprès de son bureau de poste. Ces plis doivent en conséquence être regardés comme ayant été régulièrement notifiés. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté en ce qui concerne ces trois infractions.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 2 mars 2015, 1er février 2018, 10 mars 2018, 18 mars 2018, 26 mars 2018 et 19 juin 2019 doivent être rejetées. Par ces décisions, treize points ont été retirés du permis de conduire de M. A, de sorte que les conclusions aux fins d'annulation de la décision 48 SI doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 27 mars 2018 et 6 août 2018.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La présidente du tribunal,

C. CLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2004227

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