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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005443

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005443

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005443
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMARSHALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juillet 2020 et 8 avril 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Agence des consommations énergétiques, représentée par Me Marshall, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 et des retenues à la source mises sa charge au titre des années 2015 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée et méconnaît le principe de l'annualité de l'impôt ;

- la procédure d'imposition méconnaît les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en ce qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des documents obtenus de tiers et sur lesquels l'administration fiscale s'est fondée ; ces documents ne lui ont pas été communiqués et ont, en outre, été transmis partiellement dans le cadre d'une précédente vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet ;

- la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet est irrégulière dès lors qu'elle a débuté avant l'envoi de l'avis de vérification prévu par l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;

- les rehaussements d'impôt sur les sociétés et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ne sont pas fondés dès lors que les factures émises par les trois sociétés Charopro, Halo Energy LLC et B Chagally correspondent à des prestations réelles, payées et comptabilisées ;

- elle produit tous les éléments de nature à démontrer la réalité des prestations en cause ;

- pour les mêmes motifs, c'est à tort que l'administration a procédé aux rehaussements de retenue à la source ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du code général des impôts n'est pas fondée ;

- la majoration de 10% prévue au 1 de l'article 1728 du code général des impôts n'est pas fondée et ne peut se cumuler avec celle de 40% déjà appliquée aux rehaussements d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 10 décembre 2020 et 21 octobre 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par la société Agence des consommations énergétiques ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Daële ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Agence des consommations énergétiques, créée en 2013, est spécialisée dans le secteur d'activité des travaux d'installation d'équipements thermiques et de climatisation, auprès des particuliers. Ses clients sont démarchés, au préalable, par des sociétés exerçant une activité de centre d'appel. A l'issue d'une vérification dont elle a fait l'objet du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, l'administration a notamment réintégré dans ses résultats imposables des exercices 2015 et 2017 les charges afférentes aux factures émises par trois sociétés au motif qu'elles ne correspondaient à aucune prestation effectivement réalisée et engagée dans l'intérêt direct de l'exploitation. L'administration a également estimé qu'une partie des sommes correspondant aux rehaussements apportés aux résultats déclarés pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés, appréhendées par deux sociétés étrangères, constituaient des revenus distribués passibles de la retenue à la source prévue par le 2 de l'article 119 bis du code général des impôts. Par une proposition de rectification du 16 novembre 2018, l'administration lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des retenues à la source, assortis notamment de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du code général des impôts et des pénalités de retard. Le 22 février 2019, les rectifications envisagées ont été intégralement maintenues en réponse aux observations de la société. La société a été reçue dans le cadre du recours hiérarchique, puis dans le cadre de l'interlocution départementale, à la suite desquels les rehaussements proposés ont été maintenus. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a émis, le 23 septembre 2019, un avis favorable au maintien des rectifications envisagées en matière d'impôt sur les sociétés. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement les 26 novembre 2019 et 14 janvier 2020, et la réclamation d'assiette de la société du 12 décembre 2019 a été rejetée par l'administration fiscale le 17 juin 2020. Par la requête susvisée, la société Agence des consommations énergétiques demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 et des retenues à la source mises sa charge au titre des années 2015 et 2017, à hauteur de la somme globale de 296 266 euros.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

4. La proposition de rectification du 16 novembre 2018 énonce, pour chacun des chefs de rectification, le fondement légal des impositions et les motifs sur lesquels l'administration s'est fondée pour les établir. S'agissant notamment du rejet de la déduction des charges relatives aux prestations facturées par trois sociétés, cette proposition précise le détail des factures en cause et les raisons pour lesquelles le service a considéré qu'elles ne pouvaient correspondre à des prestations réelles. En outre, s'il est fait référence, " au surplus ", au précédent contrôle dont a fait l'objet la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction que le service, qui n'a en tout état de cause pas méconnu le principe d'annualité de l'impôt, aurait exclusivement fondé les rehaussements litigieux sur les éléments issus de ce précédent contrôle. Il s'ensuit que la requérante a été mise en mesure de contester utilement les rectifications qui lui ont été ainsi proposées, ce qu'elle a d'ailleurs fait en adressant, les 19 décembre 2018 et 16 janvier 2019, ses observations à l'administration qui y a répondu le 22 février 2019. Par suite, la société n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification serait insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

6. En application de ces dispositions, il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements, soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent.

7. Il résulte de l'instruction et des mentions de la proposition de rectification que le service vérificateur a informé la société requérante de l'origine et de la teneur des éléments d'information qu'il a obtenus. Par ailleurs, il est constant que la requérante n'a adressé aucune demande de communication des renseignements recueillis par l'administration. Enfin, la circonstance que des documents auraient été transmis de manière incomplète dans le cadre d'un précédent contrôle dont la société a fait l'objet demeure sans incidence dans le cadre du présent litige, qui relève d'un contrôle distinct. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. ".

9. La société requérante soutient que le service aurait engagé une vérification de comptabilité avant l'envoi d'un avis de vérification en fondant les rectifications sur les éléments communiqués dans le cadre d'une précédente vérification dont elle a fait l'objet. Toutefois, la seule référence à une précédente vérification de comptabilité ne saurait à elle seule révéler la mise en œuvre d'une vérification de comptabilité avant l'envoi d'un avis de vérification. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration fiscale se serait livrée, préalablement à l'engagement de la vérification de comptabilité en cause et avant l'envoi de l'avis de vérification du 25 mai 2018, à un examen critique de la comptabilité de la société au titre des années 2015 à 2017. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

10. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

11. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

12. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

13. En l'espèce, l'administration fiscale a réintégré dans les résultats imposables de la société requérante les charges afférentes aux factures émises, d'une part, par la société Charopro, à hauteur de 135 170 euros au titre de l'exercice clos en 2015, d'autre part, par la société B Chagally à hauteur de 87 700 euros au titre de l'exercice clos en 2015, enfin, par la société Halo Energy Llc à hauteur de 100 374 euros au titre de l'exercice clos en 2017.

S'agissant de la société Charopro :

14. L'administration a refusé, au titre de l'année 2015, la déductibilité des factures émises par la société Charopro, en raison de l'absence de justificatifs permettant d'établir que les prestations correspondantes de démarchage des clients avaient été réellement rendues. Pour justifier ces rehaussements, le service a relevé que la société Charopro ne disposait pas, d'une part, des moyens humains nécessaires à l'exécution des prestations, celle-ci ne disposant pas de personnel et n'ayant déclaré aucun salarié, d'autre part, de moyens matériels ni d'équipements qui lui auraient permis de réaliser les prestations facturées. Elle a relevé que la société n'avait effectué aucune déclaration de résultat ni de taxe sur la valeur ajoutée depuis sa création et qu'il n'existait aucun échange de correspondances entre les deux sociétés. Elle a également constaté, bien que son objet mentionne une activité de " call center " (centre d'appel), qu'elle était enregistrée sous le code NAF " Commerce de détail d'ordinateurs, d'unités périphériques et de logiciels en magasin spécialisé ", sans lien avec les prestations facturées à la société requérante. L'administration a également constaté que la requérante n'avait pas été mesure de fournir des documents de travail émanant de son prestataire permettant d'identifier de façon précise les clients contactés ou démarchés et l'identité des personnes ayant effectué ces démarchages ou prospections, et ajoute que les factures en cause ne comportent aucun détail sur les prestations facturées, certaines ayant d'ailleurs fait l'objet d'un virement à l'étranger. Au surplus, elle relève qu'ayant précédemment eu accès aux pièces du dossier pénal constitué lors de l'enquête diligentée par le pôle financier de Paris concernant des faits d'opérations de blanchiment en bande organisée reprochés au gérant de la société Charopro, il ressortait des procès-verbaux d'audition de ce gérant que celui-ci avait déclaré au service national de douane judiciaire n'employer aucun salarié, ne disposer d'aucun moyen matériel, n'exercer qu'une activité " d'achat vente de matériel informatique " et ne pas connaître la société Agence des consommations énergétiques. Pour contester ces éléments, la société requérante soutient que les prestations réalisées par la société Charopro, inscrite au registre du commerce et des sociétés et assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, ne présentaient pas de caractère fictif. Si, à l'appui de cette allégation, elle produit un contrat signé avec cette société le 15 novembre 2014, un tableau récapitulatif des prestations fournies par la société, établi par ses soins, et se prévaut d'une augmentation de son chiffre d'affaires depuis cette date à l'appui de graphiques, ces seuls éléments ne permettent pas de démontrer l'existence des prestations en cause, ni, au demeurant, qu'elles ont été exécutées par la société qui a établi les factures litigieuses, eu égard aux constatations précitées effectuées par l'administration fiscale. La requérante, qui ne conteste pas l'absence de moyens humains et matériels de la société prestataire, n'apporte pas de justifications suffisantes de nature à établir l'existence des prestations facturées. Dans ces conditions, en l'absence de réalité des prestations facturées, c'est à bon droit que le service a réintégré, dans ses résultats imposables, la somme de 135 170 euros au titre de l'exercice clos en 2015.

S'agissant de la société B Chagally :

15. L'administration a refusé, au titre de l'année 2015, la déductibilité des factures émises par la société B Chagally, société israélienne, en raison de l'absence de justificatifs permettant d'établir que les prestations correspondantes de démarchage des clients avaient été réellement rendues. Pour justifier ces rehaussements, le service a relevé que la requérante n'avait produit ni contrat, ni devis, ni aucun document probant de nature à démontrer la réalité des prestations. Il a constaté que le numéro SIREN de ce prestataire ne correspondait à aucune entreprise. Il a également relevé, sans être contredit, que le nom de la société B Chagally n'apparaissait dans aucun des échanges de mails produits entre les deux sociétés et que la personne destinataire de plusieurs de ces courriels tenait une boutique de vente de bijoux à Jérusalem, sans lien avec les prestations facturées à la société requérante. Il a en outre constaté que la requérante n'avait pas été mesure de fournir des documents de travail émanant de son prestataire permettant d'identifier de façon précise les clients contactés ou démarchés et l'identité des personnes ayant effectué ces démarchages ou prospections. La société requérante se borne, pour contester ces éléments, à faire état d'une augmentation de son chiffre d'affaires qui n'aurait pu, selon elle, qu'être réalisée grâce à ses prestataires, et soutient que les prestations réalisées par cette société, inscrite au registre du commerce et des sociétés, assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée et employant des salariés, ne présentaient pas de caractère fictif. A l'appui de cette allégation, elle produit des courriels, quelques documents de travail et une attestation de la gérante de la société B Chagally attestant avoir entretenu des " relations d'affaires " avec la requérante de novembre 2014 à septembre 2015. Cependant, ces seuls éléments, alors au demeurant que cette dernière attestation comporte deux dates différentes, ne permettent pas de démontrer la réalité l'existence des prestations en cause. Aucun contrat n'est d'ailleurs produit. La société requérante ne produit aucun élément de justification autre que les documents susmentionnés en dehors d'un tableau retraçant le coût du personnel de la société B Chagally, qui est insuffisant démontrer la réalité des prestations en cause. Enfin, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce que, lors d'une précédente vérification de comptabilité, l'administration n'a pas retenu le caractère fictif des prestations rendues à son profit par cette société alors que la situation était identique, dès lors que cette circonstance, au demeurant non établie, ne constitue pas de la part de l'administration une interprétation formelle d'une situation de fait qui pourrait lui être opposable. Dans ces conditions, en l'absence de réalité des prestations facturées, c'est à bon droit que le service a réintégré, sans ses résultats imposables, la somme de 87 700 euros au titre de l'exercice clos en 2015.

S'agissant de la société Halo Energy Llc :

16. L'administration a refusé, au titre de l'année 2017, la déductibilité des factures émises par la société Halo Energy Llc, dont le siège se situe à Hollywood, en raison de l'absence de justificatifs permettant d'établir la réalité et la matérialité des prestations, censées correspondre à la réalisation d'une étude de marché. Pour justifier ces rehaussements, le service a relevé, nonobstant la production de factures, qu'aucun contrat, aucun devis ni aucun document de nature à démontrer la réalité des prestations n'avait été produit au cours des opérations de contrôle. Il a constaté que les factures en cause indiquaient de manière générale la prestation concernée et étaient libellées " Research and development ", sans lien apparent avec l'activité de la société requérante. Il a également observé que cette société de droit américain était spécialisée dans la fabrique d'éoliennes de petites dimensions, que sa représentante légale, épouse du gérant de la société requérante, exerçait la profession d'agent immobilier, et que le rapport fourni à l'issue de cette étude, établi au demeurant postérieurement à la période contrôlée, n'évoquait que des perspectives et recommandations propres à la société Halo Energy Llc, sans mentionner la société requérante. Pour contester ces éléments, la requérante soutient avoir commandé une étude de marché afin de se développer aux États-Unis, réalisée par un sous-traitant, que la circonstance que cette étude ait été restituée tardivement ne saurait démontrer le caractère fictif de cette prestation, et fait valoir qu'elle a conclu un contrat avec cette société le 22 mai 2017. Cependant, si la requérante produit notamment ledit contrat, un " sommaire du rapport prospectif " remis à la société américaine, ainsi que le plan d'affaires que cette dernière a réalisé pour elle, non daté, ces éléments ne permettent pas d'établir avec précision la réalité des prestations en cause. La requérante n'apporte pas d'explications et de justifications suffisantes de nature à démontrer l'existence des prestations facturées, eu égard aux éléments ainsi relevés par l'administration. Dans ces conditions, en l'absence de réalité des prestations facturées au titre de l'exercice vérifié, c'est à bon droit que le service a réintégré, dans ses résultats imposables, la somme de 100 374 euros au titre de l'exercice clos en 2017.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :

17. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations, la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agissait d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance et que le contribuable le savait ou ne pouvait l'ignorer. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.

18. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures émises par la société Halo Engergy Llc. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la retenue à la source :

19. Aux termes de l'article 109-1 1° du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués, tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital. ". Aux termes de l'article 119 bis de ce code : " () 2. Les produits visés aux articles 108 à 117 bis donnent lieu à l'application d'une retenue à la source dont le taux est fixé par l'article 187 lorsqu'ils bénéficient à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ".

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 15 et 16 du présent jugement, en l'absence d'éléments justifiant de la réalité des prestations qui auraient été effectuées par les deux sociétés B Chagally et Halo Energy Llc, respectivement établies en Israël et aux Etats-Unis,

c'est à bon droit que l'administration a considéré que les montants figurant sur des factures émises par ces sociétés devaient être regardés comme des revenus distribués. En vertu du 2 de l'article 119 bis précité du code général des impôts, la retenue à la source visée par ces dispositions était dès lors applicable à ces sommes. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a considéré que les sommes versées par la requérante devaient être regardées comme des revenus distribués à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France au sens des dispositions précitées, et lui a notifié le rehaussement correspondant à l'application de la retenue à la source due sur les montants figurant sur les factures émises au nom des sociétés B Chagally et Halo Energy Llc.

Sur les pénalités :

S'agissant de la pénalité de 40 % prévue par l'article 1729 du code général des impôts :

21. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ".

22. Pour justifier l'application de ladite majoration aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée litigieux, prévue en cas de manquement délibéré par les dispositions du a. de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration a indiqué que la société Agence des consommations énergétique avait, de manière réitérée sur plusieurs exercices, comptabilisé en charges des factures émises par plusieurs sociétés et déduit la taxe sur la valeur ajoutée y afférente, alors qu'il ne s'agissait pas de prestations réelles, et relève que la société ne pouvait ignorer qu'elle procédait de manière répétée à une minoration de son actif, pour des montants importants, à hauteur de la somme globale de 324 244 euros. En se fondant sur ces éléments, l'administration établit l'intention délibérée de la société d'éluder l'impôt et, par suite, le bien-fondé de cette majoration.

S'agissant de la pénalité de 10% prévue par l'article 1728 du code général des impôts :

23. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ".

24. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a appliqué une majoration de 10% prévue par l'article 1728 du code général des impôts en raison de l'absence de dépôt, dans le délai légal, des déclarations de retenue à la source et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre des années 2015, 2016 et 2017. La société requérante ne conteste pas la réalité de la méconnaissance de ses obligations déclaratives. Si elle fait valoir que cette pénalité prévue en cas de déclaration tardive est venue se cumuler avec la pénalité prévue en cas de manquement délibéré en ce qui concerne les rehaussements d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017, il résulte de l'instruction que seule la majoration de 40% a été appliqué à ces rehaussements. Ainsi, la majoration de 10% prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 n'a pas été appliquée aux droits ayant fait l'objet de la majoration de 40 % prévue en cas de manquements délibérés. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que la société Agence des consommations énergétiques n'est pas fondée à obtenir la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017, ainsi que des retenues à la source mises sa charge au titre des années 2015 et 2017. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Agence des consommations énergétiques est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Agence des consommations énergétiques et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé : M. VAN DAËLE

La présidente,

Signé : I. BILLANDON

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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