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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2005873

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2005873

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2005873
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet 2020 et 12 avril 2022,

M. A B, représenté par Me Arvis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a refusé de lui verser son plein traitement ou des allocations d'indemnités journalières à compter du 30 novembre 2018 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, à titre principal, de lui verser son plein traitement à compter du 26 octobre 2018 pendant une durée de douze mois, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de lui verser, à compter du 30 novembre 2018, son plein traitement pendant une durée de trois mois et son

demi-traitement pendant une durée de neuf mois, dans un délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 161-8 et D. 172-1 du code de la sécurité sociale en ce qu'il avait droit au maintien des prestations issues du régime spécial de sécurité sociale des fonctionnaires pendant une durée de douze mois à compter de sa radiation des cadres ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur dans la qualification juridique des faits ; l'administration a fixé unilatéralement la date de consolidation, suivant l'avis de la commission de réforme, alors qu'au 26 octobre 2018, son inaptitude était toujours imputable au service ; il n'a jamais présenté d'état pathologique antérieur à l'accident du 5 octobre 2015 ainsi que l'ont indiqué tous les médecins qui l'ont examiné à l'exception du docteur C ; il n'est toujours pas consolidé ; il est dans l'incapacité de reprendre une activité professionnelle ; les séquelles de cet accident de travail ont provoqué des troubles dépressifs imputables au service ; en conséquence, à titre principal, en raison de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail postérieurs au

26 octobre 2018, le centre hospitalier aurait dû le rémunérer à plein traitement pendant une durée de douze mois à l'issue de sa radiation des cadres ; à titre subsidiaire, si ces arrêts ne sont pas reconnus imputables au service, ils auraient dû être pris en charge au titre de la maladie ordinaire ; la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et méconnaît le principe d'indépendance des procédures statutaires en ce que la radiation des cadres n'a pas mis fin à son affiliation au régime spécial de sécurité sociale des fonctionnaires ;

- elle caractérise un détournement de pouvoir en ce qu'elle a été prise concomitamment à sa démission afin de ne plus prendre en charge ses arrêts de travail ; le centre hospitalier a délibérément transmis des informations erronées sur son âge de départ à la retraite afin qu'il soit contraint de donner sa démission ; il refuse obstinément de prendre en charge ses arrêts de travail comme le prévoit le code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 27 avril 2021, le syndicat départemental CFDT Santé Sociaux de Seine-et-Marne, représenté par son secrétaire général en exercice, représenté par Me Arvis, demande au tribunal d'admettre son intervention et d'annuler la décision en litige du 9 décembre 2019.

Il soutient que :

- son intervention est recevable dès lors qu'il a l'intérêt et la capacité à intervenir ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 161-8 et D. 172-1 du code de la sécurité sociale ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur dans la qualification juridique des faits ;

- elle caractérise un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier et 16 novembre 2022, le centre hospitalier du sud Seine-et-Marne, représenté par son directeur en exercice, représenté par Me Boukheloua conclut dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre liminaire, les conclusions de la requête sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ; le litige relatif à une décision concernant la gestion d'un régime spécial de sécurité sociale relève de la compétence du tribunal des affaires de sécurité sociale ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

16 janvier 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,

- les observations de Me Arvis, représentant M. B et le syndicat départemental CFDT Santé Sociaux de Seine-et-Marne, et de Me Boukheloua, représentant le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ouvrier principal de première classe, a exercé ses fonctions au sein du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne (CHSSM), depuis le 13 janvier 1980, en qualité de cuisinier au sein de l'unité de production culinaire de l'établissement. Le 5 octobre 2015, il a été victime d'un accident sur son lieu de travail reconnu imputable au service jusqu'au

26 octobre 2018. Dans le cadre de la restructuration et de l'externalisation de l'unité de production culinaire dont M. B dépendait, il a été informé de la suppression de son poste. Par une lettre du 19 novembre 2018, il a demandé à la direction du centre hospitalier à démissionner de ses fonctions. Il a bénéficié, à ce titre, d'une indemnité de départ volontaire par une décision du 23 novembre 2018 du directeur du CHSSM. Par une seconde décision du même jour, il a été radié des cadres à compter du 1er décembre 2018. Le 6 novembre 2019, M. B a demandé au CHSSM de lui verser son plein traitement au titre de son accident de service ou, à défaut, des indemnités journalières au titre de la maladie ordinaire. Par une décision du 9 décembre 2019, dont M. B demande l'annulation par la présente requête, le directeur du CHSSM a rejeté sa demande.

Sur l'intervention du syndicat départemental CFDT Santé Sociaux de

Seine-et-Marne :

2. Est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.

3. En l'espèce, le syndicat départemental CFDT Santé Sociaux de Seine-et-Marne, qui a notamment pour but la défense individuelle et collective des intérêts professionnels de ses membres, intervient au soutien de M. B dans la présente requête. Par suite, le syndicat justifie, au regard de son objet statutaire, d'un intérêt suffisant de nature à le rendre recevable à intervenir au soutien de cette requête. Son intervention doit dès lors être admise.

Sur l'exception d'incompétence opposée par le CHSSM :

4. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale ; / () ". Par ailleurs, l'article L. 142-8 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige, dispose que : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; / () ". Il résulte de ces dispositions que seules les juridictions judiciaires sont compétentes pour connaître des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation relative à la sécurité sociale, sauf en ce qui concerne les litiges appartenant, par leur nature, à un autre contentieux. En ce qui concerne les agents de l'État et des collectivités publiques, le critère de la compétence du juge judiciaire est lié, non à la qualité des personnes en cause, mais à la nature même du différend.

5. Il ressort des pièces du dossier que le litige qui oppose M. B au CHSSM, son ancien employeur, relatif en partie au versement des indemnités journalières relève de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire. Il suit de là que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 9 décembre 2019 en tant que le directeur du CHSSM a refusé de lui verser des allocations d'indemnités journalières à compter du

30 novembre 2018 ont été portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. La décision par laquelle le directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a refusé de faire droit à la demande de M. B tendant au versement de son plein traitement, qui se réfère au régime spécial couvrant les titulaires de la fonction publique hospitalière et à l'avis de la commission de réforme du 28 novembre 2019, précise que l'intéressé a démissionné de l'établissement en fin d'année 2018 ce qui ne lui permet pas de transmettre à l'établissement hospitalier des arrêts de travail postérieurs à sa démission. Ainsi, elle est suffisamment motivée au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et ce n'est pas contesté que M. B, qui a, le 1er décembre 2018, démissionné du poste qu'il occupait au sein du CHSSM, a perdu la qualité de fonctionnaire. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir, à compter du 1er décembre 2018, date à partir de laquelle il ne disposait plus de la qualité requise, des droits statutaires attachés à la position d'activité dans laquelle est, en principe, placé un fonctionnaire, parmi lesquels figure le droit au maintien du plein traitement en cas d'accident de travail et le droit, pendant une période de douze mois consécutifs, au maintien du plein traitement durant trois mois et le droit à un demi-traitement durant les neuf mois qui suivent en cas de maladie ordinaire. En outre, comme le précise en défense le CHSSM, il est constant que M. B a perçu son plein traitement pour les mois d'octobre et de novembre 2018.

9. En dernier lieu, si M. B soutient que la décision attaquée caractérise un détournement de pouvoir en ce qu'elle a été prise concomitamment à sa démission afin que le centre hospitalier n'ait plus à prendre en charge ses arrêts de travail, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été prise au seul motif que l'intéressé avait perdu la qualité de fonctionnaire en raison de sa démission. Les allégations ainsi avancées par M. B ne permettent pas de caractériser un détournement de pouvoir.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige du 9 décembre 2019. Il suit de là que ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction qu'il a présentées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHSSM, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande le CHSSM sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat départemental CFDT Santé Sociaux de Seine-et-Marne est admise.

Article 2 : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 9 décembre 2019 en tant que le directeur du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a refusé de verser à M. B les allocations d'indemnité journalière à compter du 30 novembre 2018 sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B et les conclusions du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au syndicat départemental CFDT Santé Sociaux de Seine-et-Marne et au centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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