lundi 8 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2006017 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOSQUE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 7 août 2020 et les 4 et
25 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Taouil, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 465 980,05 euros avec intérêt à compter du 12 mai 2020, en réparation des conséquences dommageables de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 3 mars 2011 à l'hôpital Henri-Mondor ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'hémianopsie latérale gauche est en rapport avec un accident vasculaire cérébral ischémique constaté à la suite de l'intervention chirurgicale du 3 mai 2011 ;
- elle est fondée à demander réparation de son préjudice au titre de la solidarité nationale ;
- elle est fondée à demander réparation à hauteur des sommes suivantes correspondant aux postes de préjudice suivants : frais divers : 128 euros ; pertes de gains professionnels actuels : 2147,48 euros ; déficit fonctionnel temporaire : 5 512,50 euros ; souffrances endurées : 6.000 euros ; préjudice esthétique temporaire : 800 euros ; perte de gains professionnels futurs et incidence professionnelle : 298 152,025 euros ; déficit fonctionnel permanent : 138.240 euros ; préjudice d'agrément : 15.000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SCP UGGC, déclare qu'il s'en rapporte au tribunal sur le point de savoir si les conditions de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale sont remplies et conclut à ce que l'indemnisation de la requérante soit réduite à de plus justes proportions, par l'allocation des sommes suivantes : 3 127,5 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 2 000 euros au titre des souffrances endurées, 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 100 895 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément. L'ONIAM demande en outre que l'indemnisation mise à sa charge soit réduite du montant de la provision de 10 000 euros qui a été allouée à la requérante.
Un mémoire, enregistré le 13 décembre 2023, par lequel l'ONIAM conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes moyens, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de la justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°1309381/1 du 14 mars 2014 par laquelle le juge des référés a condamné l'ONIAM à verser une provision de 10 000 euros à Mme B.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a subi, le 3 mars 2011, une intervention chirurgicale consistant en un remplacement de l'aorte ascendante avec conservation de la valve au sein du service de chirurgie cardio-vasculaire de l'hôpital Henri-Mondor. Les suites opératoires ont été marquées par la constatation, deux jours plus tard, d'une hémianopsie latérale homonyme gauche témoignant d'un accident vasculaire cérébral ischémique occipital droit confirmé par un scanner.
Le 27 janvier 2012, Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France qui, après avoir diligenté une expertise, a estimé que le dossier médical sur la base duquel les experts avaient établi leur rapport était incomplet et ne permettait pas de se prononcer sur l'existence réelle d'un lien de causalité entre, d'une part, l'accident vasculaire cérébral et le dommage qu'il avait entraîné et, d'autre part, l'intervention en cause, ainsi que sur la conformité aux règles de l'art de la prise en charge de la patiente et s'est, en conséquence, déclarée incompétente. Mme B demande désormais au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables de l'intervention chirurgicale évoquée ci-dessus.
2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". L'article D. 1142-1 du même code prévoit que : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 % / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; () ". Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
3. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise diligenté par la CCI, que l'hémianopsie latérale homonyme gauche est la conséquence d'un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique occipital droit subi par Mme B au cours de la chirurgie de l'aorte thoracique qu'elle a subie le 3 mars 2011 et que le risque d'AVC lié à un tel acte de chirurgie est de 1 % sans que le comportement de l'équipe médicale ne puisse être mis en cause. D'autre part, il résulte de l'instruction que cet AVC a entraîné pour Mme B une atteinte permanente à son intégrité physique et psychique de 48 %. Il s'ensuit que Mme B est fondée à demander la réparation de son préjudice au titre de la solidarité nationale.
Sur le préjudice de Mme B :
4. Il résulte de l'instruction que la date de la consolidation de l'état de santé de Mme B peut être fixée au 16 mai 2012.
5. En premier lieu, l'état de santé de Mme B à la suite de l'intervention chirurgicale du 3 mars 2011 a nécessité une assistance par une tierce personne pour faire ses courses et ses tâches administratives que le rapport d'expertise a évalué à 2 heures par semaine pendant un mois. Le coût d'une telle assistance peut être indemnisé sans que la requérante ait à démontrer qu'elle a été effectivement apportée et il doit être évalué compte tenu d'un taux horaire brut de 18 euros, en retenant une base de calcul annuelle de 412 jours permettant de tenir compte des jours fériés et dimanches, à la somme de 144 euros.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a subi des pertes de gains professionnels pour la période du 15 février 2012 au 13 mai 2012, qui peuvent être évaluées, compte tenu de l'attestation de son employeur et des éléments produits au dossier mettant en évidence qu'elle n'a pas perçu de revenus couvrant intégralement cette perte de gains, à la somme de 2 147,48 euros.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire total en lien avec l'accident médical non fautif dont elle a été victime, du 3 mars 2011 au 25 mars 2011, soit 22 jours, et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 26 mars 2011 jusqu'à la date de consolidation soit 417 jours. Toutefois, si le rapport d'expertise retient que le déficit fonctionnel est strictement imputable à l'accident médical, il n'en demeure pas moins que l'intervention chirurgicale consistant en un remplacement de l'aorte ascendante aurait nécessairement engendré une période de déficit fonctionnel temporaire en l'absence de toute complication. Ainsi, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui trouvent leur cause dans l'accident médical non fautif dont a été victime Mme B en lui allouant à ce titre une somme de 4 000 euros.
8. En quatrième lieu, les souffrances endurées par Mme B en lien avec la survenue d'un AVC postopératoire avec hémianopsie latérale homonyme et un trouble de la mémoire a été évalué à 2,5 sur une échelle de 1 à 7 par les experts. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à l'intéressée une somme de 3 000 euros.
9. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a subi, avant la consolidation de son état de santé, un préjudice esthétique temporaire résultant d'un trouble de la stabilité du regard chez une femme de 52 ans, fixé à 3,5 sur une échelle de 1 à 7, et dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 500 euros.
10. En sixième lieu, Mme B demande la réparation des pertes de gains professionnels qu'elle a subies à compter de la date de la consolidation de son état de santé pour un montant de 298 152,025 euros. Il résulte de l'instruction que la moyenne des revenus de la requérante au cours des trois années ayant précédé le fait générateur est de 14 210 euros et qu'elle produit des avis d'imposition portant sur ses revenus de 2011 à 2018 où seuls les revenus de l'année 2013 sont inférieurs à cette moyenne, et fixés à 10 588 euros. Par suite, et en l'absence de la démonstration d'une perte de gains à venir, qui ne présente ainsi qu'un caractère éventuel, Mme B est seulement fondée à demander réparation, s'agissant de la période allant du 16 mai 2012, date de la consolidation, à la date du présent jugement, de la somme
de 3 622 euros, correspondant aux pertes de gains professionnels qu'elle a subies au cours de l'année 2013.
11. En septième lieu, il résulte de l'instruction que les séquelles, dont reste atteinte Mme B après la consolidation de son état de santé, impliquent une pénibilité du travail en raison de ses troubles de l'attention et du surcroit de fatigue que constitue son hémianopsie latérale. Il sera fait une juste appréciation du préjudice tenant à l'incidence professionnelle qui en résulte en l'évaluant à une somme de 10 000 euros.
12. En huitième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B, après la consolidation de son état, d'un déficit fonctionnel permanent fixé à 48 % lié aux séquelles de l'accident médical non fautif dont elle a été victime. Il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en ont résulté pour elle en lui allouant la somme de 110 000 euros.
13. En neuvième et dernier lieu, si elle demande réparation au titre d'un préjudice d'agrément en s'appuyant sur les conclusions expertales qui retiennent qu'elle aimait faire du vélo et de la marche et que ces activités lui sont rendues difficiles voire impossibles,
Mme B ne produit aucun justificatif de nature à établir la réalité et l'intensité de la pratique de ces activités de loisirs, qui justifierait une indemnisation spécifique en complément de ce qu'elle obtient au titre du déficit fonctionnel permanent dont elle est atteinte.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la condamnation de l'ONIAM à lui verser une somme de 133 413,48 euros, sous déduction de la provision qui lui a été effectivement versée en exécution de de l'ordonnance n°1309381/1 du 14 mars 2014 du juge des référés.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales est condamné à verser à Mme B une somme de 133 413,48 euros, sous déduction de la provision qui lui a été effectivement versée en exécution de l'ordonnance n°1309381/1 du 14 mars 2014 du juge des référés.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales versera une somme de 2 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gallaud, président,
M. Dominique Binet, premier conseiller.
M. Cyril Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.
Le rapporteur,
D. Binet
Le président,
T. Gallaud
Le greffier,
L. Potin
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026