lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2006321 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BARROIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août 2020 et 29 avril 2022, M. A B, représenté par Me Barrois, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Lognes à lui payer une somme de 96 613,52 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts moratoires et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lognes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la responsabilité de la commune de Lognes est engagée à raison de multiples fautes commises à son égard, constitutives d'un climat délétère au sein duquel il évolue professionnellement depuis 2014 ;
- la responsabilité sans faute de la même commune est également engagée, dès lors qu'il a subi une inégalité de traitement au regard de ses collègues et de sa hiérarchie, dont il est résulté des préjudices au caractère anormal et spécial ;
- la commune doit réparer les préjudices qu'il a subis, résultant de la situation professionnelle dans laquelle il a été placé et des agissements exercés à son encontre par ses collègues et supérieurs, par l'allocation d'une somme de 16 613,52 euros à raison d'un préjudice financier, par l'indemnisation de troubles dans ses conditions d'existence et par le versement d'une somme de 80 000 euros au titre de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense présenté par le cabinet Seban et associés, agissant par Me Carrère, enregistré le 28 mars 2022, la commune de Lognes, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête contient des moyens, s'agissant de l'illégalité fautive entachant des sanctions infligées à M. B, non assortis de précisions suffisantes, et, pour le surplus, infondés ;
- les sommes sollicitées en réparation d'un préjudice financier, pour ce qui concerne une perte de chance de bénéficier d'un avancement d'échelon au titre de l'année 2015, sont couvertes par la prescription quadriennale ;
- les prétentions indemnitaires du requérant ne sont pas justifiées.
Par une ordonnance du 4 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 1er juin 2023 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,
- les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public,
- et les observations de M. B, ainsi que celles de Me Abbal, du cabinet Seban et associés, représentant la commune de Lognes.
Considérant ce qui suit :
1. Titulaire du grade d'animateur territorial principal de 2ème classe, recruté par la commune de Lognes en 1999, M. A B a demandé à la commune de Lognes, par un courrier du 7 avril 2020 réceptionné le 23 avril 2020, la réparation des différents préjudices qu'il estime avoir subis dans l'exercice de ses fonctions. Cette demande a été rejetée par le maire de Lognes le 16 juin 2020. M. B demande au tribunal la condamnation de la commune à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis, sur le fondement de la responsabilité pour faute ainsi que pour rupture d'égalité devant les charges publiques.
Sur le principe de responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
2. M. B invoque divers " éléments " ayant chacun une teneur d' " agissement fautif " à son encontre. Eu égard à l'énumération de ces éléments dans la partie de la requête consacrée à la " discussion ", M. B peut être regardé comme soutenant, d'une part, que la commune de Lognes aurait commis à son égard plusieurs fautes à raison des circonstances suivantes auxquelles il aurait été confronté : des rumeurs injustifiées lui imputant des faits de violence sexuelle ; un mauvais vouloir de sa hiérarchie dans la conduite des projets dont il avait la charge ; des dossiers disciplinaires " montés " par ses supérieurs ; une " immobilisation " de sa carrière en l'absence d'avancement d'échelon. D'autre part, le requérant, invoquant un climat " délétère " au sein duquel il évoluerait professionnellement depuis 2014, l'ayant conduit à déposer une plainte pour harcèlement moral, à raison des circonstances précitées, dont il estime qu'elles lui ouvraient droit au bénéfice d'une protection statutaire, peut être regardé comme recherchant la responsabilité de la commune de Lognes à raison d'agissements de harcèlement moral auxquels il aurait ainsi été exposé.
3. D'une part, et tout d'abord, M. B soutient avoir été l'objet de rumeurs défavorables à chacune de ses affectations dans une nouvelle structure à compter de 2014. Toutefois, il demeure évasif sur le contenu de ces rumeurs, évoquant tour à tour des faits de violences sexuelles sur le public des mineurs accueillis, et de viols sur des collègues animatrices, lui étant imputés. Il ne précise pas davantage quels agents auraient colporté ces rumeurs, à l'exception de la mention du responsable de l'une des structures dans lesquelles il a été affecté entre novembre 2017 et janvier 2020. Surtout, pour étayer l'existence des rumeurs alléguées, il se borne à produire une attestation, établie le 18 octobre 2019, par une collègue animatrice, lequel témoignage comporte toutefois de multiples contradictions avec un courriel rédigé par la même agente le 3 avril 2019, également versé au dossier, et se trouve ainsi dépourvu de valeur probante. Il suit de là qu'aucune faute ne peut être retenue à raison des rumeurs alléguées.
4. Ensuite, M. B recherche la responsabilité de la commune à raison d'un " mauvais vouloir " de sa hiérarchie obérant sa capacité à mener à bien ses missions et à atteindre les objectifs professionnels lui étant assignés. Toutefois, les circonstances que sa hiérarchie ne lui ait fait aucun retour à la suite de sa sollicitation, au demeurant très peu précise, exprimée par courriel du 14 mars 2019, puis d'un second courriel, adressé le 16 octobre 2019, quand bien même le défaut de réponse aurait fait obstacle à la réservation d'une activité pour les jeunes, ce qui au demeurant n'est pas démontré, ne suffisent pas à elles seules à caractériser ce mauvais vouloir. Or le requérant se borne, pour le reste, à des considérations soit dépourvues de toute précision, soit contredites par les pièces versées aux débats, telles que l'invocation d'objectifs professionnels non communiqués pour 2019, alors que l'entretien professionnel afférent s'est tenu le 13 mars 2019, donnant lieu à un compte rendu remis en main propre et transmis par courriel du 12 avril 2019. Il s'ensuit que la responsabilité de la commune ne peut être engagée à raison du mauvais vouloir invoqué.
5. Par ailleurs, si M. B évoque un dossier le concernant constitué à des fins disciplinaires par " ses supérieurs " en 2019, qu'il estime " monté de toutes pièces ", il n'apporte aucune précision suffisante permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations, lesquelles, au surplus, sont contredites par l'instruction, notamment en ce qui concerne la sanction qui lui a été infligée en définitive. Aucune faute de nature à engager la responsabilité de la commune ne saurait dès lors être retenue à raison de la circonstance en cause.
6. Enfin, le requérant n'assortit pas davantage de précisions suffisantes l'invocation d'une faute de son employeur consistant à l'avoir privé d'une " évolution d'échelon ", non plus d'ailleurs que celle, à supposer invoquée, tenant à un avancement de grade dont il n'aurait pas bénéficié en 2015. Aucune faute ne saurait être retenue, à ces égards.
7. D'autre part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. En outre, pour recevoir la qualification d'agissements de harcèlement moral, ceux-ci doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
8. Comme il a été dit au point 2, M. B peut être regardé comme soutenant avoir subi, dans l'exercice de ses fonctions, des agissements constitutifs de harcèlement moral engageant la responsabilité de la commune de Lognes, à raison des circonstances mentionnées aux points 3 à 6. Toutefois, ainsi qu'énoncé aux mêmes points, les faits invoqués sont exposés dans la requête de façon particulièrement peu précise et les pièces produites ne permettent pas de suffisamment les étayer. Il suit de là que ces faits, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements de harcèlement moral. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à rechercher la responsabilité de la commune à raison d'un tel harcèlement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute de l'administration.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
10. M. B soutient que la responsabilité sans faute de l'administration est engagée sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques du fait des mêmes circonstances qu'énoncées aux points 3 à 6 du présent jugement. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux mêmes points que le requérant n'établit pas la matérialité des circonstances dont il se prévaut. Au demeurant, et quand bien même leur existence serait établie, ces circonstances n'apparaissent pas, en tout état de cause, de nature à caractériser une rupture d'égalité devant les charges publiques. Par suite, M. B n'est pas fondé à invoquer la responsabilité sans faute de l'administration.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B, tendant à la condamnation de la commune de Lognes à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lognes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lognes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Lognes.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 novembre 2023.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026