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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006387

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006387

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006387
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET FIDAL MERIGNAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 août 2020, 18 mars et 20 mai 2022 et le 10 novembre 2023, M. A, représenté par Me Penisson, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté d'agglomération de Paris-Vallée de la Marne à lui verser la somme totale de 14 579,45 euros, assortie des intérêts moratoires à taux légal, au titre des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de mettre à charge de la Communauté d'agglomération Paris - Vallée de la Marne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'administration a commis une illégalité en refusant de l'engager en contrat à durée indéterminée à compter de janvier 2018 ;

- la décision refusant de renouveler son dernier contrat, n'ayant pas été prise dans l'intérêt du service, est illégale, entachée d'erreurs manifestes d'appréciation, d'un vice de procédure et d'un détournement de pouvoir ;

- la décision refusant de renouveler son dernier contrat est illégale car elle constitue une mesure de représailles à son action de lanceur d'alerte ;

- la décision refusant de renouveler son dernier contrat est contraire à la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 ;

- l'administration a eu un recours abusif aux contrats à durée déterminée ;

- il tire de ces illégalités un droit à réparation des préjudices matériels et moraux qu'elles lui ont causés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 octobre 2020, 29 mars 2021, 5 avril et 2 juin 2022, la Communauté d'agglomération Paris - Vallée de la Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2022 à midi.

Un mémoire présenté par M. A a été enregistré le 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rehman-Fawcett,

- les conclusions de M. Lacote, rapporteur public,

- et les observations de Me Penisson, représentant M. A, et de M. C, représentant de la Communauté d'agglomération Paris - Vallée de la Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été employé par la communauté d'agglomération de Paris-Vallée de la Marne (CAPVM) à compter du 1er janvier 2012, par contrat, sur un poste d'éducateur des activités physiques et sportives. Son contrat a été renouvelé annuellement par la suite. Par un courrier du 14 mars 2018 adressé au président de la Communauté d'agglomération de Paris - Vallée de la Marne, M. A a fait état de dysfonctionnements dans son service. Par un courrier du 4 avril 2018, la CAPVM l'a informé que son contrat de travail ne serait pas renouvelé à compter du 30 juin 2018. Le 19 juillet 2018, il a transmis un dossier d'alerte éthique aux services de la communauté d'agglomération de Paris - Vallée de la Marne. Par un courriel du 16 novembre 2018, sa demande a été reconnue comme recevable et a été instruite par le référent lanceur d'alerte et la direction des sports de la CAPVM. Par un courrier du 9 avril 2020, M. A a demandé son indemnisation par la CAPVM pour un préjudice financier qu'il évalue à 7 378,95 euros à raison du recours abusif aux contrats à durée déterminée, d'un préjudice matériel d'un montant de 1 200,50 euros lié aux frais juridiques qu'il a dû engager pour faire valoir ses droits au stade de la demande indemnitaire préalable, d'un préjudice moral d'un montant de 3 000 euros à raison de son statut de lanceur d'alerte dont la protection a été violée. Par un courrier du 23 juin 2020, la CAPVM a rejeté sa demande indemnitaire. M. A demande au tribunal de condamner la CAPVM à lui verser la somme de 14 579,45 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subi.

Sur la responsabilité de l'administration :

2. Aux termes de l'article 3 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; /2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs. " et à son article 3-2 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. /Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. () Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir. " Aux termes de son article 3-3 ; alors en vigueur : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; () / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. "

3. Aux termes de l'article 1er de la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union Européenne du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée : " La présente directive vise à mettre en œuvre l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée, figurant en annexe, conclu le 18 mars 1999 entre les organisations interprofessionnelles à vocation générale (CES, UNICE, CEEP). ". Aux termes de l'article 2 de cette directive : " Les Etats membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 10 juillet 2001 ou s'assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux ont mis en place les dispositions nécessaires par voie d'accord, les Etats membres devant prendre toute disposition nécessaire leur permettant d'être à tout moment en mesure de garantir les résultats imposés par la présente directive. Ils en informent immédiatement la Commission. () " Aux termes des stipulations de la clause 5 de l'accord-cadre annexé à la directive, relative aux mesures visant à prévenir l'utilisation abusive des contrats à durée déterminée : " 1. Afin de prévenir les abus résultant de l'utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs, les États membres, après consultation des partenaires sociaux, conformément à la législation, aux conventions collectives et pratiques nationales, et/ou les partenaires sociaux, quand il n'existe pas des mesures légales équivalentes visant à prévenir les abus, introduisent d'une manière qui tienne compte des besoins de secteurs spécifiques et/ou de catégories de travailleurs, l'une ou plusieurs des mesures suivantes : a) des raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ; b) la durée maximale totale de contrats ou relations de travail à durée déterminée successifs ; c) le nombre de renouvellements de tels contrats ou relations de travail. 2. Les États membres, après consultation des partenaires sociaux et/ou les partenaires sociaux, lorsque c'est approprié, déterminent sous quelles conditions les contrats ou relations de travail à durée déterminée : a) sont considérés comme "successifs" ; b) sont réputés conclus pour une durée indéterminée. "

4. D'une part, il incombe aux juges, pour apprécier si le recours, en application des dispositions de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 précité, à des contrats à durée déterminée successifs, présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

5. D'autre part, un agent public, qui a été recruté par un contrat à durée déterminée et dont le contrat est arrivé à échéance, n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Par suite, alors même que la décision de ne pas renouveler le contrat est fondée sur une appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle ou la manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, cette décision n'est pas de ce seul fait étrangère à l'intérêt du service si le comportement de l'agent n'a pas donné entière satisfaction, qu'il présente ou non un caractère disciplinaire.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, du 1er janvier 2012 au 30 juin 2018, M. A a été recruté dans des fonctions d'éducateur des activités physiques et sportives, sans discontinuer, par sept contrats à durée déterminée successifs. M. A soutient que ces sept engagements successifs pour une période de six ans et demi constituent des recours abusifs à des contrats à durée déterminée et qu'il pouvait prétendre à un recrutement en contrat à durée indéterminée à compter du 1er janvier 2018 en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984. Or, il résulte de l'instruction et des termes de ses sept contrats successifs depuis le 1er janvier 2012, qu'il a été recruté sur le fondement de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 et que ce texte ne prévoit aucune modalité de transformation de ce type de contrats à durée déterminée en contrats à durée indéterminée. Par suite, le requérant pouvait seulement prétendre à des recrutements dans le cadre de contrats à durée déterminée, tant qu'il n'intégrait pas la fonction publique par la voie du concours. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'usage abusif de contrats à durée déterminée et de l'illégalité de l'absence d'engagement en contrat à durée indéterminée à compter du 1er janvier 2018 doivent être écartés.

7. En second lieu, à l'appui de ses conclusions indemnitaires, M. A invoque l'illégalité fautive du non-renouvellement de son dernier contrat en date, qu'il lui a été notifié le 4 avril 2018 et qui résulte du non-renouvellement à son échéance de son dernier contrat, le 30 juin 2018. Il ressort des pièces du dossier que ce non-renouvellement, qui ne constituait pas une sanction disciplinaire, est intervenu principalement au motif d'insuffisances dans la manière de servir de l'intéressé.

8. Il résulte de l'instruction que le requérant a rencontré de nombreuses difficultés d'insertion et d'entente avec sa hiérarchie et ses collègues depuis sa prise de poste en janvier 2012 dans l'espace escalade du Nautil. Ainsi, il ressort d'un compte rendu de travail des années 2012 et 2013, des tensions et des incompréhensions avec ses collègues, de retards importants, de lenteur et de difficultés dans la mise en œuvre des procédures et tâches relevant de sa fonction, d'une crise de colère avec la clientèle et de refus d'obéissance. Ceci est également corroboré par des courriers des années 2013 et 2014 du responsable de l'espace escalade du Nautil, qui font état de défauts de surveillance, de refus d'obéissance et d'un manque de respect des horaires de travail. De plus, il résulte de l'instruction que son supérieur hiérarchique a émis un avis défavorable en 2013 à la reconduction de son contrat, indiquant des difficultés relationnelles, d'insertion dans l'équipe et de respect de l'autorité. A cet égard, les tensions ont persisté au sein de l'équipe, même après le changement du responsable de l'espace escalade, qui à la suite d'un entretien avec le requérant a indiqué, par un courriel du 20 septembre 2017, qu'il était défavorable au renouvellement du contrat de ce dernier. Le requérant ne conteste nullement l'existence de ces différends au sein de son équipe de travail, ni de difficultés avec sa hiérarchie. Il s'ensuit que ces faits doivent être regardés comme établis. Par suite, alors même que la décision de ne pas renouveler le contrat est fondée sur une appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle ou la manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, cette décision n'est pas de ce seul fait étrangère à l'intérêt du service en ce que le comportement de l'agent n'aurait pas donné entière satisfaction, qu'il ait ou non un caractère disciplinaire.

9. Par suite le motif invoqué par l'administration, qui n'est pas étranger au service, suffit, à lui seul à justifier la décision de non-renouvellement du contrat.

10. En outre, si M. A soutient que la décision de non-renouvellement est entachée d'illégalités tirées du défaut de motivation et de l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire, il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 8 du présent jugement que les circonstances de l'espèce sont de nature à justifier légalement le non-renouvellement de son contrat pris en considération de l'intérêt du service. Dès lors l'illégalité formelle de la décision attaquée, tenant à son défaut de motivation et l'absence d'une procédure contradictoire ne sont pas de nature à ouvrir droit à réparation du préjudice invoqué.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède d'une part, que M. A ne peut utilement faire valoir que le véritable motif du non-renouvellement de son contrat constituerait un acte de représailles de son activité de lanceur d'alerte, d'autre part, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée de détournement de pouvoir et d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard à l'intérêt du service établi en l'espèce. M. A n'est dès lors pas fondé à demander à être indemnisé des conséquences du non-renouvellement de son contrat

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la Communauté d'agglomération Paris - Vallée de la Marne.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

Le président,

S. DEWAILLY La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière

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