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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006616

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006616

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006616
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantMAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 août 2020 et 24 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Mazza, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 mars 2020 par laquelle le maire de la commune de a rejeté sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle et notamment de prendre en charge le montant définitif correspondant aux frais et honoraires de justice qu'elle a engagés, s'élevant à la date de la requête à 4 724,20 euros TTC ;

3°) de condamner la commune de à lui verser la somme globale de 45 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis notamment au titre du harcèlement moral ;

4°) de mettre à la charge de la commune de la somme de 2 500 euros au titre des frais d'instance.

Elle soutient que :

S'agissant du rejet du 7 mars 2020 de sa demande de protection fonctionnelle :

- cette décision n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation, en méconnaissance des dispositions des articles 6 quinquies et 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'elle a été victime d'agissements répétés émanant de sa hiérarchie, constitutifs de harcèlement moral.

S'agissant de la demande indemnitaire :

- l'illégalité de la décision du 7 mars 2020 portant refus de protection fonctionnelle est constitutive d'une faute qui engage la responsabilité de la commune ;

- la commune a en outre commis une faute en méconnaissant l'obligation de protection et de prévention incombant à l'employeur en vertu des livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail, en particulier les dispositions figurant aux articles L. 4121-1 et suivants de ce code, et des articles 2-1 et 3 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le harcèlement moral qu'elle a subi engage également la responsabilité pour faute de la même commune ;

- ces fautes lui ont causé des préjudices que la commune doit réparer par l'allocation d'une somme de 10 000 euros au titre d'un préjudice de santé, de 10 000 euros au titre d'un préjudice de carrière, de 15 000 euros au titre du préjudice moral et de 10 000 euros au titre d'un préjudice causé par le manquement par la commune à son obligation de protection.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2021, la commune de , représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 septembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°85-603 du 10 juin 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mazza, représentant la requérante, ainsi que celles de cette dernière.

Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 18 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Educatrice de jeunes enfants, Mme A B a été recrutée le 10 octobre 2013 par la commune de en qualité de directrice adjointe de crèche. Par un courrier du 6 janvier 2020, réceptionné le 7 janvier 2020, Mme B a, d'une part, présenté une demande de protection fonctionnelle en raison du harcèlement moral dont elle estimait être victime. Elle a, d'autre part, sollicité la réparation de différents préjudices, résultant notamment de ce harcèlement moral, par l'allocation d'une indemnité totale de 45 000 euros. Ces demandes ont fait l'objet de décisions implicites de rejet par l'autorité territoriale, nées le 7 mars 2020. Par courrier du 10 mars 2020, Mme B a sollicité de son employeur qu'il lui communique les motifs de ces décisions, ce dernier ayant répondu par un courrier du 2 juin 2020. La requérante demande l'annulation de la décision lui refusant la protection fonctionnelle, ainsi que la condamnation de la commune à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du refus de protection fonctionnelle et d'injonction :

2. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration que les décisions par lesquelles l'administration refuse le bénéfice de la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, qui constituent des décisions administratives individuelles défavorables refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, doivent être motivées.

3. Il ressort des pièces du dossier que, saisi d'une demande présentée par Mme B, en application de l'article L. 232-4 du code précité, par un courrier du 10 mars 2020, de communication des motifs de la décision implicite de rejet née sur sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle, le maire lui a, par un courrier du 2 juin 2020, exposé les motifs pour lesquels il n'avait pas été répondu favorablement à sa demande.

4. Tout d'abord, Mme B soutient qu'en dépit de cette communication par courrier du 2 juin 2020, le maire de la commune de ne peut être regardé comme l'ayant dûment informée des motifs du rejet de sa demande de façon à satisfaire à l'exigence de motivation, estimant qu'il appartenait à l'autorité territoriale de produire une argumentation démontrant que les agissements qu'elle lui avait rapporté n'étaient pas constitutifs d'un harcèlement moral. Toutefois, d'une part, une telle exigence ne découle pas de l'obligation formelle de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration susvisées. D'autre part, le courrier du 2 juin 2020, qui vise notamment les articles 6 quinquies et 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, expose qu'il a été apprécié que Mme B n'avait pas rapporté de faits faisant présumer un harcèlement moral et qu'en outre les services municipaux étaient intervenus à plusieurs reprises pour gérer les situations de conflit. Il comporte des considérations de fait et de droit qui fondent la décision attaquée, répondant ainsi aux exigences posées par les dispositions précitées.

5. Ensuite, la décision de l'autorité administrative, saisie d'une demande indemnitaire préalable, a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande. Au regard de cet objet, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Ainsi, Mme B ne saurait utilement se prévaloir, pour obtenir l'annulation du refus de protection fonctionnelle en litige, dont elle a demandé le bénéfice à raison d'agissements de harcèlement moral, de la circonstance que la commune ne lui aurait pas communiqué les motifs du rejet de sa réclamation indemnitaire, au surplus en se plaignant d'un défaut de réponse à sa demande fondée sur une méconnaissance de l'obligation de protection et de prévention prévue par le code du travail. Au demeurant, l'autorité territoriale a explicitement répondu à cette autre demande, par le courrier du 2 juin 2020 précité, dont les éléments mentionnés au point précédent exposent suffisamment les considérations, qui sont identiques, l'ayant conduit à rejeter celle-ci.

6. Il s'ensuit que le refus de protection fonctionnelle n'est pas entaché d'une méconnaissance des dispositions susvisées. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

7. En second lieu, aux termes de l'article 11, alors applicable, de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6 quinquies, alors applicable, de la même loi : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".

8. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements invoqués doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

9. Au titre des agissements de harcèlement moral qu'elle soutient avoir subis, Mme B invoque, premièrement, un contexte dysfonctionnel auquel elle aurait été confrontée dès sa prise de fonctions, marqué par des défaillances dans la gestion de la crèche de la part de la commune, ainsi que des remontrances et accusations injustifiées ; deuxièmement, des agissements émanant d'une supérieure hiérarchique, plus particulièrement subis durant la suspension de fonctions de la directrice de la crèche où elle exerçait ; troisièmement, une charge de travail excessive à la même période ; et quatrièmement, une violation du secret médical par son employeur.

10. En revanche, quand bien même la requérante expose, dans la partie de sa requête consacrée à la " discussion ", tout particulièrement au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susvisées, qu'il " ressort de l'ensemble des pièces produites aux débats " qu'elle a subi le harcèlement invoqué, celle-ci ne saurait être regardée comme se prévalant, à l'appui de ce moyen, devant le juge et dans le cadre de la présente procédure contradictoire, de l'ensemble des circonstances de fait exposées dans la partie I intitulée " Rappel des faits " et des pièces jointes, hormis les renvois suffisamment précis, alors que la requérante d'ailleurs invoque dans son recours des fondements de responsabilité distincts.

11. Premièrement, s'agissant du contexte auquel elle a été confrontée à compter de sa prise de fonctions en octobre 2013, la requérante évoque une " multitude de dysfonctionnements " au sein de la crèche, vainement signalés à la commune, sans toutefois fournir un seul exemple circonstancié, ainsi qu'un défaut de toute aide apportée par une supérieure hiérarchique, laquelle aurait " intrigu[é] " avec une élue et certains personnels, d'une façon et à des fins qui ne sont pas explicitement précisés, outre un défaut de sanction par sa hiérarchie d'" actes d'insubordination ", que l'on peut supposer émanant d'agents, la requérante n'illustrant pas davantage son propos. Elle mentionne également, tour à tour, une invective publique, sans en exprimer la teneur, au cours d'une réunion dont ni la date ni l'objet ne sont indiqués, des " accusations mensongères d'une extrême gravité ", dont l'objet est à peine esquissé, ainsi qu'en des termes généraux, une remise en cause l'ayant discréditée et décrédibilisée, une stigmatisation, une atteinte à sa dignité et à son avenir professionnel. Ce faisant, la requérante invoque avoir été victime de harcèlement moral sans soumettre au juge le moindre élément de fait, qu'il lui incombe de soumettre, permettant d'en présumer l'existence.

12. Deuxièmement, Mme B invoque des agissements émanant de sa supérieure hiérarchique à son encontre, pour partie non situés dans le temps et dépourvus de toute précision en se bornant à faire état d'une " attitude ambivalente ", pour d'autres apparaissant comme survenus au cours de la suspension de fonctions de la directrice de crèche avec laquelle elle formait un binôme de direction. S'agissant de ces derniers agissements, toutefois, elle demeure également insuffisamment précise, en particulier dès lors qu'elle se plaint d'immixtions intempestives de la supérieure en cause dans la gestion de la crèche, et d'un défaut de communication, sans avoir préalablement indiqué les modalités retenues pour assurer la continuité du service public en l'absence de la directrice de crèche, et, ainsi, ses propres prérogatives. En outre, la circonstance invoquée qu'elle n'a découvert que par un mail du 23 novembre 2016 le changement d'affectation de deux agents au 1er janvier suivant ne caractérise pas un exercice anormal du pouvoir hiérarchique, alors que ce mail, daté du lendemain de la suspension de la directrice de crèche, révèle seulement que sa supérieure hiérarchique l'a immédiatement rendue destinataire d'informations suite à cette suspension. Il en est de même de la circonstance qu'elle n'a appris l'affectation d'une agente dans une autre crèche qu'en étant mise en copie d'un mail de la directrice de la crèche concernée. La requérante se borne à produire seulement à cet égard un mail peu explicite et dont elle n'est pas en copie, en outre sans préciser la chronologie des faits alors qu'elle indique que cette décision est intervenue pendant qu'elle était en congés de maladie. Enfin, si la requérante invoque un interventionnisme délétère sur le service de la part de sa supérieure, elle n'apporte pas d'élément suffisamment circonstanciés, notamment pas par l'évocation d'une réponse de celle-ci à une agente qui l'avait contactée, qu'il lui appartenait d'apporter face aux difficultés dont se plaignait auprès d'elle cette agente. Dans ces conditions, la requérante n'apporte pas d'éléments de fait faisant présumer un harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique.

13. Troisièmement, la requérante ne retrace que de façon particulièrement confuse sa charge de travail, qualifiée d'excessive, durant la suspension de fonctions de la directrice de crèche où elle exerçait, faute en particulier de préciser la durée de la suspension en cause, ni même, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'organisation retenue au cours de cette période. Alors qu'une augmentation ponctuelle d'activité ne saurait en elle-même caractériser une situation excédant les limites du fonctionnement normal d'un service, la circonstance telle qu'invoquée n'est pas susceptible de faire présumer un harcèlement.

14. Enfin, quatrièmement, la requérante établit s'être vue adresser, par le service des ressources humaines de la commune, le rapport d'une expertise médicale, qu'elle expose dressé pour l'instruction d'une demande de reconnaissance d'un accident de service, soutenant que ce document correspondait au rapport intégral d'expertise, confidentiel et pourtant reçu scanné. Cependant, en tout état de cause, cette circonstance isolée, pour regrettable soit-elle, compte tenu de la gravité d'un manquement au respect du secret médical, ne peut, par elle-même et à elle seule, faire présumer une situation de harcèlement moral à son égard.

15. Il s'ensuit que les circonstances invoquées par la requérante ne sont pas susceptibles, prises isolément ou dans leur ensemble, de faire présumer des agissements de harcèlement moral. Par suite, l'autorité territoriale a pu, sans méconnaître les dispositions des articles 6 quinquies et 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, refuser à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 mars 2020 par laquelle le maire de la commune de a rejeté sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. Compte tenu de tout ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être, par voie de conséquence, rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

17. Tout d'abord, Mme B, qui invoque une faute de la commune à raison de " l'illégalité de la décision contestée ", doit à cet égard être regardée comme recherchant la responsabilité de la commune à raison de ce que la décision de refus de protection fonctionnelle contestée serait entachée d'illégalité fautive. Cependant, l'intéressée ne soumet aux débats, au titre de ses conclusions indemnitaires, aucun élément de fait, différent des circonstances précédemment exposées, de nature à faire présumer l'existence du harcèlement moral au regard duquel elle a demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs qu'énoncés précédemment, il ne peut être reproché à la commune une décision qui aurait irrégulièrement refusé la protection sollicitée. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à rechercher sa responsabilité sur ce fondement, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité.

18. Ensuite, aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " En application de l'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les règles applicables en matière de santé et de sécurité sont, sous réserve des dispositions du présent décret, celles définies aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application () ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs () ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants () ". En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents.

19. Mme B invoque une méconnaissance fautive par la commune de l'obligation de protection et de prévention incombant à l'employeur en vertu des dispositions précitées. Toutefois, elle reproche tout d'abord à la commune son abstention d'assurer la prévention d'un risque psychosocial préexistant à son arrivée, tenant notamment à la mise en oeuvre d'une " nouvelle organisation du travail ", sur lequel elle n'apporte pas la moindre précision, de même que, de manière très générale, un défaut de prise en compte de " problèmes de sécurité ", " dysfonctionnements " et un " manque d'effectifs ". En outre, elle se borne à évoquer confusément des erreurs managériales dans l'affectation d'agents au sein de la crèche où elle exerçait, invoquant que celle-ci aurait accueilli des agents de la collectivité au titre du reclassement professionnel, circonstance non étayée qui, au demeurant, s'inscrit dans le cadre d'une obligation de l'employeur à l'égard d'agents pour lesquels il est prononcé une inaptitude et qui ne saurait en soi caractériser une méconnaissance des textes susvisés. Par ailleurs, nonobstant les multiples attestations dont la requérante se prévaut pour justifier des difficultés rencontrées durant la suspension de fonctions de la directrice de la crèche, celle-ci n'établit pas la défaillance alléguée de la part de sa hiérarchie pour l'accompagner et prendre les mesures adéquates face à une charge de travail excessive qu'elle aurait supporté. Enfin, l'intéressée n'apporte pas davantage d'éléments circonstanciés sur l'existence d'une telle défaillance à raison d'agissements de harcèlement moral qu'elle estime avoir subis, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, notamment aux points 15 et 17. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de a commis une faute à son égard en s'abstenant de prendre les mesures nécessaires à la protection de sa santé et de sa sécurité telles que requises par les dispositions susvisées. Il s'ensuit qu'aucune faute ne peut être retenue à ce titre.

20. Enfin, à supposer que la requérante, invoquant un " manquement à l'obligation de () protection " par la commune, ait également entendu rechercher la responsabilité de celle-ci à raison des agissements de harcèlement moral dont elle se dit victime, aucune faute ne peut être retenue à cet égard, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à la condamnation de la commune de à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

23. En application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de la somme demandée par Mme B en remboursement des frais exposés par elle non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas non plus lieu de faire droit aux conclusions de la commune, présentées sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de .

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

M. LOPA DUFRÉNOT

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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