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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006645

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006645

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006645
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPORTAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 août 2020 et 26 janvier 2024, Mme B A épouse C, représentée par Me Huten, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mars 2020 en tant que la commission de recours amiable de la caisse de mutualité sociale agricole confirme en totalité l'indu de revenu de solidarité active socle et majoré, de prime exceptionnelle RMI et de prime d'activité de base mis à sa charge par un document de fin de contrôle du 20 mai 2019 ;

2°) d'annuler le document de fin de contrôle émis par la caisse de mutualité sociale agricole le 20 mai 2019 ;

3°) de la rétablir dans ses droits et d'ordonner, en tant que de besoin, à la caisse de mutualité sociale agricole de lui verser les sommes correspondantes à ses droits ;

4°) d'enjoindre à la caisse de mutualité sociale agricole de communiquer le détail de la reconstitution des revenus de son époux, M. C, et les montants qu'elle aurait indument perçus ;

5°) de mettre à la charge de la caisse de mutualité sociale agricole une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des droits de la défense et du principe d'égalité des armes ; elle n'a eu accès, ni aux déclarations fiscales, ni aux relevés bancaires de M. C ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elle était séparée de M. C du mois de mars 2016 à la fin de l'année 2018, contrairement à ce qui a été retenu par les agents de contrôle ;

- concernant les revenus de M. C, les agents de contrôle ont pris en compte les mouvements de trésorerie effectués par celui-ci alors que les remboursements par les sociétés débitrices d'avances en compte courant ne sauraient être qualifiés de revenus ; par ailleurs, dans le cadre de l'enquête de gendarmerie, le trésor public a écarté tout préjudice fiscal à l'encontre de M. C.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2021, la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile-de-France demande au tribunal de sursoir à statuer dans l'attente que le juge pénal se prononce sur la responsabilité pénale de Mme A épouse C suite au dépôt de plainte avec constitution de partie civile.

Les parties ont été informées, par un courrier du 7 mars 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, notamment, de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la lettre intitulée "document de fin de contrôle" du 20 mai 2019 dès lors qu'elle ne constitue pas une décision susceptible de recours.

Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public par Mme A épouse C par un mémoire enregistré le 11 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère ;

- les observations de Me Huten, représentant de Mme A épouse C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, connue comme parent isolé, a fait l'objet d'un contrôle inopiné le 18 mai 2018 à son domicile où était présent M. C. A la suite de ce contrôle, sa situation a été régularisée et la caisse de la mutualité sociale agricole d'Ile-de-France a considéré que l'intéressée n'était pas en situation d'isolement mais vivait avec son mari. Treize indus lui ont été notifiés dont un indu d'allocations familiales d'un montant de 6 932,69 euros pour la période de juillet 2015 à février 2019, un indu d'allocation forfaitaire d'un montant de 494,58 euros pour la période de janvier à août 2017, un indu de complément familial d'un montant de

10 973,44 euros pour la période de janvier 2013 à août 2017, un indu d'allocation de rentrée scolaire d'un montant de 4 171,93 euros pour la période de juillet 2013 à juillet 2018, un indu d'allocation logement à caractère familial d'un montant de 21 561,27 euros pour la période de janvier 2013 à février 2019, un indu de revenu de solidarité active socle d'un montant de 5 484,28 euros au titre de la période de janvier à novembre 2018, un indu de revenu de solidarité active majoré d'un montant de 3 187,58 euros pour la période de mars à décembre 2017, un indu de prime exceptionnelle RMI d'un montant de 670,78 euros pour la période de novembre 2017 à novembre 2018, un indu de prime d'activité de base d'un montant de 25,35 euros (260,82 - 235,47) pour la période de mars à mai 2018, un indu de bon d'aide aux loisirs d'un montant de 1 000 euros pour la période de novembre 2013 à octobre 2018, un indu de bons vacances d'un montant de 1 350 euros au titre de la période de mai 2013 à octobre 2018, un indu de prime exceptionnelle de solidarité d'un montant de 420 euros pour la période de décembre 2013 à septembre 2015 et un indu d'aide à la poursuite d'étude d'un montant de 275,50 euros au titre de la période de

juillet 2014 à juillet 2015. Par la présente requête, Mme A épouse C conteste uniquement les indus de revenu de solidarité active socle et majoré, de prime exceptionnelle RMI et de prime d'activité de base mis à sa charge d'un montant total de 9 367,99 euros.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du document de fin de contrôle du

20 mai 2019 :

2. Il ressort des termes mêmes de la lettre du 20 mai 2019 intitulée " document de fin de contrôle " qu'elle se borne à inviter Mme A épouse C à formuler ses éventuelles observations en réponse à celles retenues par la caisse de mutualité sociale agricole

d'Ile-de-France. Ainsi, cette lettre contenant les observations de la caisse de mutualité sociale agricole, simple acte préparatoire de la décision de récupération d'indu ultérieurement prise, ne peut être regardée comme constitutive d'une décision susceptible de recours. Il en résulte que les conclusions de Mme A épouse C tendant à son annulation sont irrecevables.

Sur l'indu de revenu de solidarité active socle et majoré, de prime exceptionnelle RMI et de prime d'activité de base :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou de prime exceptionnelle, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". En vertu du deuxième alinéa de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Selon l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°() ".

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de contrôle du 7 novembre 2018, que les indus de revenu de solidarité active socle et majoré, de prime exceptionnelle RMI et de prime d'activité de base mis à la charge de Mme A épouse C trouvent leur origine dans la prise en compte de la vie commune de celle-ci avec M. C sur la période de décembre 2016 à août 2018.

7. Mme A épouse C soutient qu'ils ne partageaient aucune vie affective sur cette période, que M. C avait quitté le domicile conjugal de Chatenay-sur-Seine pour le lieudit " les Chaillots " à Saint-Denis-sur-Ouanne à partir du mois de mars 2016 et qu'elle a eu une relation sentimentale avec un autre homme. Toutefois, et à supposer même que M. C et Mme A épouse C aient été temporairement séparés sur la période en litige, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de contrôle établi le 7 novembre 2018 par l'agent assermenté de la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile-de-France, que M. C a pris en charge la majorité des dépenses du foyer, dont notamment la taxe foncière, la prime d'assurance d'un montant de 1 100 euros, les intérêts d'emprunt pour un montant annuel de 2 870 euros, l'eau, l'électricité et la nourriture. L'existence de cette prise en charge n'est pas matériellement contestée par l'intéressée. Ainsi, il existe un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants d'une communauté de vie et d'intérêts sur la période en litige de décembre 2016 à août 2018, caractérisée notamment par cette mise en commun des charges, qui permet de conclure à une vie de couple stable et continue.

8. Mme A épouse C se prévaut du jugement du tribunal correctionnel de Melun du 17 août 2023 prononçant sa relaxe du chef de déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu au motif qu'aucun élément de la procédure ne permettait d'établir qu'au 1er décembre 2016, la séparation du couple n'était pas effective et que les éléments recueillis au cours de l'enquête ne concernaient que des faits postérieurs à cette date. Toutefois, si les faits constatés par le juge pénal et qui commandent nécessairement le dispositif d'un jugement ayant acquis force de chose jugée s'imposent à l'administration comme au juge administratif, la même autorité ne saurait s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité. Dès lors, c'est à bon droit que la caisse de la mutualité sociale agricole d'Ile-de-France a pris en compte les ressources de l'ensemble des membres du foyer pendant cette période pour calculer les droits de la requérante au revenu de solidarité active socle et majoré, à la prime exceptionnelle RMI et à la prime d'activité de base.

9. En revanche, d'une part, sauf convention contraire avec la société, le titulaire d'un compte courant d'associé acquiert, par le seul fait de l'inscription dans les écritures de cette dernière d'une somme au crédit de ce compte, la faculté de prélever cette somme. Si cette somme n'est pas décaissée, elle est néanmoins en principe à la disposition de l'associé. Il s'ensuit que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus.

10. D'autre part, les sommes inscrites au débit d'un compte courant d'associé, bien qu'elles ne soient pas seulement mises à disposition mais effectivement décaissées par l'associé, n'ont pas, en tant que telles, le caractère de revenus, dans la mesure où elles n'excèdent pas le montant des sommes inscrites au crédit du compte courant. Seuls les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts au 31 décembre de l'année doivent être regardés comme des revenus. En outre, en cas de solde déjà débiteur au 31 décembre de l'année précédente, seul l'accroissement du solde débiteur au cours de l'année considérée - soit la différence, positive, entre le montant de ce solde au 31 décembre et le montant du même solde au 1er janvier de cette même année (lequel est égal au solde du 31 décembre de l'année précédente) - peut légalement être inclus dans le revenu de l'associé.

11. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapprochement des extraits du grand livre comptable des différentes sociétés de M. C produits par l'intéressée et des sommes mentionnées dans les conclusions du contrôle réalisé par la caisse de la mutualité sociale agricole d'Ile-de-France (lesquelles ne précisaient pas s'il s'agissait de sommes inscrites au crédit, ou au débit du compte courant d'associé, ou de soldes débiteurs) que les agents de contrôle se sont fondés, non sur des sommes inscrites au crédit de ces comptes courants d'associés, mais sur des sommes débitées, alors qu'aucun des comptes considérés ne présentait un solde débiteur. Dans ces conditions, ces sommes ne peuvent pas être regardées comme constituant des revenus à prendre en compte dans le calcul des droits de Mme A épouse C aux différentes prestations sociales en litige. La caisse de la mutualité sociale agricole a donc entaché la décision attaquée d'erreur de droit.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sans qu'il y ait lieu d'ordonner à la caisse de la mutualité sociale agricole de communiquer les pièces sollicitées qui ont été déjà versées dans la procédure pour l'essentiel, que la décision du 11 mars 2020 en tant que la commission de recours amiable de la caisse de mutualité sociale agricole a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active socle et majoré, de prime exceptionnelle RMI et de prime d'activité de base mis à sa charge par un document de fin de contrôle du 20 mai 2019 doit être annulée et, compte tenu de la possibilité de régularisation, Mme A épouse C doit être déchargée uniquement de la différence entre la somme à laquelle elle a été assujettie d'un montant total de 9 367,99 euros et la partie de cette somme qui correspond à la prise en compte erronée des sommes inscrites au débit des comptes courants d'associé de l'époux de l'intéressée mentionnées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique pas le rétablissement dans ses droits demandé par la requérante puisque la décision contestée a uniquement pour objet de mettre à sa charge un indu de prestations sociales et seule une nouvelle demande de l'intéressée adressée à la caisse de mutualité sociale agricole justifierait éventuellement, après un réexamen de sa situation, la réouverture de ses droits. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile-de-France une somme de 1 200 euros à verser à Mme A épouse C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 mars 2020 en tant que la commission de recours amiable de la caisse de mutualité sociale agricole a confirmé en totalité l'indu de revenu de solidarité active socle et majoré, de prime exceptionnelle RMI et de prime d'activité de base mis à la charge de Mme A épouse C par un document de fin de contrôle du 20 mai 2019 est annulée.

Article 2 : Mme A épouse C est déchargée de la somme de 9 367,99 euros mise à sa charge au titre d'indus de revenu de solidarité active socle et majoré, de prime exceptionnelle RMI et de prime d'activité à concurrence du montant de cette somme qui correspond à la prise en compte erronée des sommes inscrites au débit des comptes courants d'associé de son époux, M. C.

Article 3 : La caisse de mutualité sociale agricole d'Ile-de-France versera à Mme A épouse C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A épouse C, à la caisse de mutualité sociale agricole d'Ile de France, au conseil départemental de Paris et au ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris et au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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