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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2006683

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2006683

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2006683
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantGUEGAN-GELINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2020, Mme E B, représentée par Me Guegan-Gelinet, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 4 550 euros, en réparation des préjudices résultant du refus du préfet du Val-de-Marne de lui apporter le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision de justice ;

2°) de mettre à la charge de l'État ou le préfet du Val-de-Marne la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a donné à bail un appartement sis 49 boulevard de Stalingrad à Thiais à Mme I A F épouse G et Mme D H ;

- par une ordonnance du 17 mai 2019, le tribunal d'instance d'Ivry-sur-Seine a constaté l'acquisition de la clause résolutoire du bail, les locataires ne s'acquittant plus du paiement de leur loyer ;

- un commandement de quitter les lieux a été émis, en l'absence de libération le concours de la force publique a été requis le 7 novembre 2019 et ne lui a pas été accordé ;

- le refus d'octroi du concours de la force publique pour l'exécution d'une décision de justice dans un délai de deux mois lui a causé un préjudice direct et certain dès lors qu'elle ne peut pas disposer de son bien, la situation dans laquelle elle se trouve est solidement constituée et persiste depuis plusieurs mois du fait de l'inaction de l'administration ;

- son préjudice s'élève à 2 550 euros pour perte financière et 2 000 euros pour dommage et intérêt.

La requête a été communiquée le 26 août 2020 au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 91-650 du 9 juillet 1991 portant réforme des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions ;

- le décret n° 92-755 du 31 juillet 1992 instituant de nouvelles règles relatives aux procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 17 mai 2019, le juge des référés du tribunal d'instance d'Ivry-sur-Seine a constaté la résiliation du contrat de bail liant Mme B à Mme A F épouse G et Mme H, a constaté que ces dernières, ainsi que tous les occupants de leur chef, peuvent être expulsés du logement situé 49 boulevard de Stalingrad à Thiais et a fixé le montant de l'indemnité mensuelle d'occupation dues par celles-ci dans l'attente de la libération des lieux. Mme B a sollicité le concours de la force publique au préfet du Val-de-Marne en vue de cette expulsion. Par un courrier réceptionné le 26 février 2020, Mme B a demandé en vain au préfet du Val-de-Marne l'indemnisation des préjudices qu'elle subit en raison du retard dans l'expulsion des occupants sans titre de son bien. Dans la présente instance, Mme B demande la condamnation de l'État au versement de la somme de 2 550 euros au titre de pertes financières et de la somme de 2 000 euros au titre de dommages et intérêts.

Sur la responsabilité de l'État :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation ".

3. Aux termes de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. () ". Et aux termes de l'article 10 de la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions : " I. - Pour l'année 2020, la période mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 115-3 du code de l'action sociale et des familles et au premier alinéa de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution est prolongée jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. () ".

4. Il résulte de l'instruction que le concours de la force publique, sollicité le 12 novembre 2019 en vue de l'exécution de l'ordonnance du 17 mai 2019 du juge des référés du tribunal d'instance d'Ivry-sur-Seine, n'a pas été octroyé par le préfet du Val-de-Marne à la requérante. Par suite, compte tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action ainsi que de la période de trêve hivernale, la responsabilité de l'État s'est trouvée engagée à compter du 11 juillet 2020.

Sur le préjudice :

5. Mme B soutient que le refus du préfet du Val-de-Marne de lui octroyer le concours de la force publique en vue de procéder à l'expulsion de Mme A F épouse G et Mme H, ordonnée par le tribunal d'instance d'Ivry-sur-Seine dans son ordonnance du 17 mai 2019, lui a causé un préjudice financier d'un montant de 2 550 euros. Toutefois, la requérante ne produit aucune pièce établissant qu'elle a subi une perte financière lors de la période de responsabilité de l'État mentionnée au point 4. Dès lors, il n'y a pas lieu d'indemniser ce chef de préjudice allégué.

6. Mme B demande en outre le versement de dommages-intérêts d'un montant de 2 000 euros, estimant qu'elle subit un préjudice distinct d'une perte de loyer, son logement étant indisponible, et que la situation dans laquelle elle se trouve persiste depuis plusieurs mois du fait de l'inaction de l'administration. Toutefois, la requérante n'apportant pas d'éléments de nature à établir l'existence d'un préjudice distinct de la perte des loyers résultant du refus d'octroi du concours de la force publique en vue de l'expulsion des occupantes sans titre de son bien en exécution de l'ordonnance du 17 mai 2019 du tribunal d'instance d'Ivry-sur-Seine. Dès lors, il n'y a pas lieu d'indemniser ce chef de préjudice allégué.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que demande Mme B au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La magistrate désignée,

N. MULLIELa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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