mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2007109 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET SEBAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2020, Mme A C, représentée par Me Guillon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 18 août 2020 par laquelle le président de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre a rejeté sa demande tendant à la régularisation de sa situation administrative par la conclusion d'un contrat à durée indéterminée à compter du 12 septembre 2017 ;
2°) d'enjoindre à l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre de régulariser sa situation administrative par la conclusion d'un contrat à durée indéterminée à compter du 12 septembre 2017, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre à lui verser la somme totale de 25 000 euros en réparation des différents préjudices moraux qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 mars 2020 et de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'illégalité de la décision refusant la régularisation de sa situation par la conclusion d'un contrat à durée indéterminée :
- elle doit être regardée comme ayant occupé un emploi permanent, de sorte que les différents contrats dont elle a bénéficié, conclus en application de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, doivent être regardés comme ayant été fondés sur l'article 3-3 de cette même loi ;
Sur les conclusions indemnitaires ;
- son recrutement par le biais de contrats à durée déterminée successifs constitue une faute engageant la responsabilité de l'établissement à son égard ;
- elle est fondée à obtenir réparation de son préjudice moral résultant de cette faute par l'allocation d'une indemnité de 10 000 euros ;
- les agissements de harcèlement moral menés à son encontre depuis le début de son recrutement constituent également des fautes de nature à engager la responsabilité de l'établissement à son égard ;
- elle est fondée à obtenir, à ce titre, réparation de son préjudice moral résultant de cette faute par le versement d'une indemnité de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, représenté par son président en exercice et par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que, en l'absence de toute faute imputable à l'établissement, les prétentions de Mme C sont infondées.
Par ordonnance du 4 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mai 2021 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Delon,
- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lefébure, substituant Me Carrère, représentant l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, agent non titulaire, a été recrutée en qualité de maître-nageur sauveteur à compter du 12 septembre 2011 par la communauté d'agglomération du Val-de-Bièvre, aux droits de laquelle est venue l'établissement public territorial (EPT) Grand Orly Seine Bièvre, par le biais de contrats à durée déterminée successifs, le dernier portant sur la période courant du 12 décembre 2019 au 11 décembre 2020. Par un courrier du 3 mars 2020, reçu le 5 mars suivant par l'EPT, Mme C a sollicité auprès du président de l'EPT, d'une part, la régularisation de sa situation par la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée à compter du 12 septembre 2017 et, d'autre part, la réparation du préjudice moral résultant de la situation illégale dans laquelle elle estime avoir été maintenue ainsi que du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime. Du silence gardé par l'EPT est née, le 18 août 2020, une décision implicite de refus. Mme C demande l'annulation de cette décision opposant un refus à sa demande de régularisation et la condamnation de cette collectivité à lui réparer ces préjudices.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur et désormais codifié à l'article L. 311-1 du code général de la fonction publique : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ".
3. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version issue de la loi du 3 août 2009 relative à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique, désormais codifié à l'article L. 332-23 du code général de la fonction publique : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 ne peuvent recruter des agents non titulaires pour occuper des emplois permanents que pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé de maladie, d'un congé de maternité, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, ou de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux, de leur participation à des activités dans le cadre de l'une des réserves mentionnées à l'article 74, ou pour faire face temporairement et pour une durée maximale d'un an à la vacance d'un emploi qui ne peut être immédiatement pourvu dans les conditions prévues par la présente loi. / Ces collectivités et établissements peuvent, en outre, recruter des agents non titulaires pour exercer des fonctions correspondant à un besoin saisonnier pour une durée maximale de six mois pendant une même période de douze mois et conclure pour une durée maximale de trois mois, renouvelable une seule fois à titre exceptionnel, des contrats pour faire face à un besoin occasionnel () ". Aux termes de ce même article 3, dans sa version issue de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; () ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article 3-2 de la même loi, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 332-14 du même code : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ".
5. Aux termes de l'article 3-3 de la même loi, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 332-8 du code général de la fonction publique : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; 4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. () Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée ". Aux termes de l'article 3-4 de la même loi, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 332-10 du code général de la fonction publique : " () II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a, sous couvert de contrats successifs d'une durée d'une année, exercé en qualité d'éducatrice territoriale des activités physiques et sportives de catégorie B les fonctions de maître-nageur sauveteur, à compter du 12 septembre 2011 jusqu'au 11 décembre 2020. S'il est constant qu'elle a occupé pendant plus de neuf ans les mêmes fonctions, eu égard à l'existence d'un cadre d'emplois et de l'emploi occupé, elle n'entre dans aucun des cas prévus par l'article 3-3 précité de la loi du 26 janvier 1984. Dès lors, elle ne peut se prévaloir des dispositions de cet article qui n'autorisent le renouvellement du contrat que pour une durée indéterminée. En conséquence, en refusant de donner suite à sa demande de régularisation de sa situation, par le biais de la requalification de ses contrats en contrat à durée indéterminée à compter du 12 septembre 2017, le président de l'EPT Grand Orly Seine Bièvre n'a pas fait une application inexacte des dispositions précitées, de sorte que le moyen invoqué doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le président de l'EPT Grand Orly Seine Bièvre a refusé sa demande de régularisation de sa situation par le biais de la requalification de son recrutement en contrat à durée indéterminée à compter du 12 septembre 2017.
8. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, sont rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de responsabilité de l'EPT Grand Orly Seine Bièvre :
9. En premier lieu, Mme C, au regard de ses écritures, doit être regardée comme invoquant la faute commise par l'EPT tirée du recours abusif aux contrats à durée déterminée.
10. Aux termes de l'article 1er de la directive 1999/70/CE susvisée du Conseil de l'Union Européenne du 28 juin 1999 : " La présente directive vise à mettre en œuvre l'accord cadre sur le travail à durée déterminée, figurant en annexe, conclu le 18 mars 1999 entre les organisations interprofessionnelles à vocation générale (CES, UNICE, CEEP) ". Aux termes de l'article 2 de cette directive : " Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 10 juillet 2001 ou s'assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux ont mis en place les dispositions nécessaires par voie d'accord, les États membres devant prendre toute disposition nécessaire leur permettant d'être à tout moment en mesure de garantir les résultats imposés par la présente directive. () ". En vertu des stipulations de la clause 5 de l'accord-cadre annexé à la directive, relative aux mesures visant à prévenir l'utilisation abusive des contrats à durée déterminée : " 1. Afin de prévenir les abus résultant de l'utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs, les États membres, après consultation des partenaires sociaux, conformément à la législation, aux conventions collectives et pratiques nationales, et/ou les partenaires sociaux, quand il n'existe pas des mesures légales équivalentes visant à prévenir les abus, introduisent d'une manière qui tienne compte des besoins de secteurs spécifiques et/ou de catégories de travailleurs, l'une ou plusieurs des mesures suivantes : a) des raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ; b) la durée maximale totale de contrats ou relations de travail à durée déterminée successifs ; c) le nombre de renouvellements de tels contrats ou relations de travail. 2. Les États membres, après consultation des partenaires sociaux et/ou les partenaires sociaux, lorsque c'est approprié, déterminent sous quelles conditions les contrats ou relations de travail à durée déterminée : a) sont considérés comme "successifs" ; b) sont réputés conclus pour une durée indéterminée ".
11. Ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, imposent aux Etats membres d'introduire de façon effective et contraignante dans leur ordre juridique interne, s'il ne le prévoit pas déjà, l'une au moins des mesures énoncées aux a) à c) du paragraphe 1 de la clause 5, afin d'éviter qu'un employeur ne recoure de façon abusive au renouvellement de contrats à durée déterminée ; que lorsque l'Etat membre décide de prévenir les renouvellements abusifs en recourant uniquement aux raisons objectives prévues au a), ces raisons doivent tenir à des circonstances précises et concrètes de nature à justifier l'utilisation de contrats de travail à durée déterminée successifs.
12. Il ressort également de l'interprétation de la directive retenue par la Cour de justice de l'Union européenne que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective au sens de la clause citée ci-dessus, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, un abus.
13. Les dispositions précitées des articles 3 et suivants de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, mentionnées aux points 3 et suivants, subordonnent la conclusion et le renouvellement de contrats à durée déterminée à la nécessité de remplacer des fonctionnaires temporairement ou partiellement indisponibles. Elles se réfèrent ainsi à une " raison objective ", de la nature de celles auxquelles la directive renvoie. En outre, ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
14. Il résulte de l'instruction que Mme C a été recrutée, pour exercer les mêmes fonctions et sans discontinuité, à compter du 12 septembre 2011, sur le fondement du premier alinéa de l'article 3 précité de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, puis sur le fondement de l'article 3-2 de la même loi du 12 décembre 2011 au 12 décembre 2012, puis de manière continue du 12 décembre 2013 au 11 décembre 2020. De plus, les huit contrats produits par Mme C se fondent sur la nécessité de pourvoir une vacance d'emploi, publiée chaque année par le centre de gestion, en raison de l'absence prolongée de recrutements d'agents titulaires susceptibles d'assurer ces fonctions. Or, il est constant que l'intéressée, pendant plus de neuf années, a exercé les mêmes fonctions de maître-nageur sauveteur, et a, ainsi, occupé un emploi répondant à un besoin permanent de l'EPT, en l'occurrence au sein du stade nautique Youri Gagarine situé à Villejuif. En outre, en dépit de l'attente du recrutement d'un fonctionnaire sur ce poste vacant, l'EPT ne pouvait, au-delà d'une durée totale de deux ans, légalement engager Mme B sur le fondement de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984, pour une nouvelle durée d'une année. Par suite, l'administration ne pouvait légalement renouveler les contrats de Mme C sur ce fondement, au-delà du 12 septembre 2014. Au surplus, si les différents contrats conclus postérieurement au 12 décembre 2016 portent dans leur visas la mention de la vacance de l'emploi au tableau des effectifs, ainsi que celle de la déclaration de vacance d'emploi auprès du Centre de gestion, l'EPT ne produit aucun élément de nature à justifier la recherche infructueuse de recrutement d'un agent titulaire sur une aussi longue période. Par conséquent, eu égard à la nature de ses fonctions au sein du stade nautique relevant de l'EPT, à la durée cumulée de l'ensemble de ses contrats conclus et aux circonstances de l'espèce, Mme C, et alors même que les fonctions occupées ne lui ouvraient pas le droit au bénéfice d'un contrat à durée indéterminée, est fondée à soutenir que l'EPT Grand Orly Seine Bièvre a eu recours de manière abusive à la conclusion de contrats de travail à durée déterminée. Cette faute est de nature à engager la responsabilité de l'EPT à son égard.
15. En second lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".
16. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Par ailleurs, pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements en cause doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.
17. Tout d'abord, si Mme C fait valoir le dénigrement et les injures subis sur son lieu de travail depuis son recrutement ainsi que la dévalorisation de son travail, elle ne fait état d'aucun fait précis et se borne à faire référence aux considérations contenues dans des témoignages, versés au débat, émanant de collègues, dont certains ne sont plus en fonction au sein du stade nautique depuis plusieurs années et ont eu également des différends avec leurs responsables hiérarchiques. Au demeurant, si ses comptes rendus d'évaluation annuelle font ressortir l'existence de marges de progression, notamment en 2014, 2015 et 2016, les points positifs dans la manière de servir de Mme C sont toutefois soulignés. En l'absence de fait précis à l'appui de ses allégations, celles-ci ne font pas présumer d'agissement de harcèlement moral à l'encontre de Mme C.
18. Ensuite, ainsi qu'il a été énoncé, Mme C a été recrutée de manière illégale depuis le 12 septembre 2014 sur le fondement de l'article 3-2 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 et fait valoir la précarité professionnelle dans laquelle cette situation illégale l'a placée. Toutefois, pour irrégulier que soit le recrutement de l'intéressée à compter de cette date, cette irrégularité ne révèle pas, à elle seule, un agissement faisant présumer d'un harcèlement moral à son égard.
19. Par ailleurs, Mme C fait valoir les menaces formulées à son égard de non-renouvellement à l'approche du terme de chacun de ses contrats. Toutefois, et d'une part, elle ne livre aucun fait précis à l'appui de ses allégations. D'autre part, il ne ressort ni des mentions contenues dans ses comptes rendus d'évaluation annuelle ni dans les témoignages versés aux débats, de fait révélant une menace de non-renouvellement de son contrat. Si certaines mentions portées sur les comptes rendus d'évaluation annuelle de l'intéressée traduisent l'avis favorable donné par ses responsables hiérarchiques aux appréciations annuelles portées sur sa manière de servir sous réserve des améliorations demandées, elles ne peuvent être regardées comme des menaces de non-renouvellement telles que dénoncées et, en tout état de cause, s'inscrivent dans l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dans ces conditions, en l'absence de tout fait précis invoqué par l'intéressée, aucun agissement ne fait présumer d'un harcèlement moral à son encontre.
20. Enfin, si Mme C invoque sa mise en danger en raison de l'absence de mesures adaptées au contexte de tension au sein du stade nautique, elle ne fournit aucun élément décrivant le contexte invoqué ainsi que les décisions qui auraient dû être mises en œuvre de nature à la protéger. En outre, s'il ressort des différents témoignages versés aux débats, un sentiment d'insécurité tant à l'égard des usagers au sein de l'établissement qu'aux abords de celui-ci, celui-ci est partagé par plusieurs agents de l'établissement et non uniquement par Mme C, de sorte que les seules considérations dont fait état l'intéressée ne peuvent faire présumer d'agissements de harcèlement moral à son égard.
21. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de fait faisant présumer de harcèlement moral à l'encontre de Mme C, cette dernière n'est pas fondée à reprocher à l'EPT Grand Orly Seine Bièvre de faute à cet égard de nature à engager sa responsabilité, sur ce fondement.
En ce qui concerne les préjudices et leur lien de causalité :
22. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante, résultant du recours abusif de l'EPT aux contrats à durée déterminée successifs, en condamnant l'EPT Grand Orly Seine Bièvre à lui allouer une somme globale de 800 euros en réparation de ce préjudice, tous intérêts au taux légal et capitalisation de ceux-ci compris.
Sur les frais liés au litige :
23. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
24. D'une part, les dispositions susvisées font obstacle à ce que Mme C, qui est la partie gagnante dans la présente instance, verse une somme au titre des frais exposés par l'EPT Grand Orly Seine Bièvre et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge de l'EPT Grand Orly Seine Bièvre une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre est condamné à verser à Mme C une somme de 800 euros en réparation du préjudice moral subi, tous intérêts compris.
Article 2 : L'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Delon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.
La rapporteure,
E. DELON
La présidente,
M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026