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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2007779

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2007779

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2007779
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKATO & LEFEBVRE ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 septembre 2020, 28 décembre 2020, 18 octobre 2022, 22 mars 2023, 3 mai 2024, 5 septembre 2024 et 16 octobre 2024,

Mme C B, représentée par Me Eleini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une somme totale de 2 193 105,67 euros en réparation des conséquences dommageables de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet le 11 juillet 2018 à l'hôpital Bicêtre ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 7 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- une faute médicale a été commise lors de la première intervention chirurgicale qu'elle a subie le 11 juillet 2018, en sorte que l'entière responsabilité de l'AP-HP est engagée ; celle-ci ne démontre pas le contraire et n'est pas fondée à demander qu'une nouvelle expertise soit organisée ;

- elle est fondée à demander réparation de son préjudice à hauteur des sommes suivantes : 2 268 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire du 10 juillet 2018 au 28 septembre 2018 ; 546 euros pour ce même poste du 29 septembre 2018 au 6 novembre 2018 ; 5 569 euros pour ce même poste du 7 novembre 2018 au 30 août 2020 ; 40 000 euros au titre des souffrances endurées ; 6 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ; 120 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, évalué à 30 % ; 20 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ; 15 000 euros au titre du préjudice d'agrément ; 10 000 euros au titre du préjudice sexuel ;

15 000 euros au titre du préjudice d'établissement ; 339,40 euros au titre des dépenses de santé actuelles ; 2 106 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne au cours de la période de déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 50 % ; 17 048 euros pour ces mêmes frais au cours de la période de déficit fonctionnel temporaire à 30 % ; 16 471 au titre des pertes de gains professionnels actuels ; une somme capitalisée de 22 012 euros ou, à titre subsidiaire,

de 17 486 euros, au titre des dépenses de santé futures ; une somme capitalisée de 471 266 euros ou, à titre subsidiaire, de 374 362 euros, au titre des frais d'assistance permanente par une tierce personne ; 49 000 euros au titre des frais de logement adapté ; une somme capitalisée

de 60 418 euros ou, à titre subsidiaire, de 47 995 euros, au titre des frais véhicule adapté ; une somme capitalisée de 830 128 euros ou, à titre subsidiaire, de 674 915 euros, au titre des pertes de gains professionnels futurs ; 70 000 euros au titre de l'incidence professionnelle du dommage ; 3 300 euros au titre des frais d'assistance par un médecin-conseil au cours de la procédure amiable.

Par un mémoire, enregistré le 7 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par Me Lefebvre, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de totale de 61 226,88 euros ainsi que les sommes exposées au titre des dépenses de santé futures au fur et à mesure de leur engagement ou un capital représentatif de ces frais, s'élevant à 14 797,07 euros, avec intérêt au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP l'indemnité forfaitaire prévue par le neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a exposés, en lien avec l'accident médical dont a été victime Mme B, des débours au titre de frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transports, à hauteur d'une somme totale de 47 503,50 euros, au titre d'indemnités journalières à hauteur de 7 812,55 euros avant consolidation et 2 231,95 euros après consolidation et au titre de dépenses de santé futures déjà engagées à hauteur de 1 839,44 euros ;

- elle est fondée à obtenir le remboursement des dépenses qui seront engagées à l'avenir au titre de dépenses de santé futures, pour un montant annuel de 308,56 euros, un capital de 14 797,07 euros pouvant être accordé à ce titre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 novembre 2020 et 25 septembre 2024, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions présentées par les autres parties et, à titre subsidiaire, à ce qu'une expertise soit organisée ou à ce que les sommes allouées à la requérante soient réduites à de plus justes proportions que celles de sa demande.

Elle soutient que :

- compte tenu de la fréquence du mauvais positionnement des vis à l'occasion des interventions du type de celle qu'a subie la requérante, l'accident dont elle a été victime, qui est exceptionnel, ne saurait être regardé comme résultant d'une faute technique caractérisée ;

- l'appréciation du rapport d'expertise quant au caractère fautif de la réalisation du geste chirurgical, sur lequel s'appuie la requérante, est contredite par les données disponibles dans la littérature médicale en sorte que ledit rapport ne permet pas d'établir l'existence d'une faute ;

- dans l'hypothèse où le tribunal estimerait que les éléments qu'elle produits ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation portée par l'expert, il conviendrait d'ordonner une contre-expertise ;

- les sommes allouées à Mme B ne sauraient excéder les sommes suivantes : 5 988 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ; 15 000 euros au titre des souffrances endurées ; 5 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ; 75 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ; 2 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent ; 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément ; 5 000 euros au titre du préjudice sexuel ; 339,40 euros au titre des dépenses de santé actuelles restées à la charge de la requérante ; 10 417,50 euros au titre de l'assistance par une tierce personne avant consolidation ; une rente annuelle sous réserve de l'effectivité des débours en ce qui concerne les dépenses de santé futures ; 17 100 euros au titre des arrérages échus des frais d'assistance permanente par une tierce personne ; une rente annuelle de 4 275 euros pour la période postérieure au jugement ; 35 000 euros au titre des frais de logement adapté ; 5 999 euros au titre des frais de véhicule adapté avec un renouvellement tous les sept ans ; 10 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

- l'indemnisation demandée au titre des pertes de gains professionnels sera rejetée dès lors que la réalité des pertes de revenus dont se prévaut la requérante n'est pas établie.

L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales, représenté par Me Welsch, a présenté des observations, enregistrées les 1er janvier 2021, 28 avril 2023 et 3 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté interministériel du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Timothée Gallaud, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Eleini, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, atteinte d'une scoliose double majeure, a été prise en charge à l'hôpital Bicêtre où elle a subi le 11 juillet 2018 une intervention chirurgicale consistant en une correction-fusion par fixation des vertèbres T4 et L4 avec ostéotomie de Smith-Petersen à l'étage lombaire et dorsal. Constatant une paralysie du membre inférieur droit au réveil, l'équipe médicale a pratiqué une reprise chirurgicale le jour même et a constaté que la patiente avait victime d'une section de l'hemi-moelle, causée par l'agression d'une vis mal positionnée lors de la première intervention. L'intéressée a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France d'une demande d'indemnisation à l'amiable le 24 juillet 2019. La commission a désigné un collège d'expert qui a rendu un premier rapport le 22 novembre 2019. Ce rapport conclut à une faute dans la réalisation de l'acte chirurgical mais a relevé que l'état de santé de la patiente n'était pas consolidé. Après que la CCI a émis un avis le 5 mars 2020 dans le sens d'une indemnisation partielle à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), cette dernière a refusé, le 3 août 2020 de faire une offre d'indemnisation à Mme B, qui a saisi l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (ONIAM) d'une demande de substitution et, parallèlement, le tribunal de la requête à fin d'indemnisation visée ci-dessus, dirigée contre l'AP-HP. L'ONIAM a proposé à Mme B une offre d'indemnisation partielle et provisionnelle, qui l'a acceptée le 23 mars 2021 et s'est vu en conséquence verser la somme de 23 208,73 euros. La CCI d'Ile-de-France a ensuite prescrit une nouvelle expertise médicale et a désigné en conséquence un expert qui a rendu son rapport le 12 mai 2021. Après que la CCI a émis un nouvel avis dans le sens de l'indemnisation définitive du préjudice de Mme B, l'AP-HP a refusé à nouveau de faire une offre à cette dernière puis l'ONIAM, saisi à nouveau d'une demande de substitution, a proposé une offre d'indemnisation définitive à Mme B, qui l'a refusée. Dans le dernier état de ses écritures, cette dernière demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser une indemnité en réparation de son entier préjudice, sous déduction de la somme qui lui a été versée par l'ONIAM comme il a été dit ci-dessus. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris a présenté des conclusions tendant à la condamnation de l'AP-HP à lui rembourser les débours exposés en conséquences de l'accident dont a été victime la requérante.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () "

3. Il résulte de l'instruction, notamment du premier rapport d'expertise rendu à la demande de la CCI d'Ile-de-France, que le déficit neurologique dont est atteinte Mme B à la suite de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 11 juillet 2018 est lié à une atteinte de l'hemi-moelle provoquée par l'agression accidentelle d'une vis qui n'a pas été posée correctement, la divergence du trajet qu'a pris ce matériel étant de l'ordre de 45 degrés par rapport au trajet théorique qu'il aurait dû suivre. Si l'AP-HP soutient en défense que ce geste accidentel ne peut être qualifié de faute, elle se borne à faire état de ce qu'il ressort de la littérature médicale que le mauvais positionnement d'une vis lors d'une telle chirurgie est fréquente, dès lors qu'environ 11 % des patients subissent un tel désagrément et que l'atteinte médullaire qui peut en résulter est une complication exceptionnelle, en ce qu'elle est rencontrée dans 1 % des cas. Ce faisant, l'AP-HP n'apporte aucun élément suffisant permettant de remettre en cause l'appréciation portée par le collège d'experts désigné par la commission, qui a estimé que la malposition de la vis qui a causé le dommage recèle en l'espèce, de façon caractérisée, un geste médical inadapté qui aurait dû être maîtrisé de façon à pallier le risque d'atteinte médullaire. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préjudice dont elle demande réparation trouve sa cause dans une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP.

Sur le préjudice :

4. Il résulte de l'instruction que la date de la consolidation de l'état de santé de Mme B peut être fixée au 1er septembre 2020.

En ce qui concerne les postes de préjudice patrimonial :

S'agissant des postes de préjudice patrimonial temporaire :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

5. Si la requérante demande le remboursement de frais de consultation en ostéopathie et en étiopathie, il ne résulte pas de l'instruction que de telles consultations soient liées aux séquelles dont est atteinte Mme B, les experts désignés par la CCI ayant seulement fait état de frais de kinésithérapie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter le remboursement des sommes dont elle fait état au titre de dépenses de santé actuelles.

6. En revanche, il résulte de l'instruction, notamment du second rapport d'expertise diligentée par la CCI et de l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil de la CPAM de Paris, que les complications dont a été atteinte la requérante a entraîné des frais d'hospitalisation, médicaux, pharmaceutiques et d'appareillage, pris en charge par l'assurance maladie, à hauteur d'une somme totale de 47 437,30 euros.

Quant aux frais divers :

7. D'une part, il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme B du fait des séquelles dont elle a été atteinte à la suite de l'accident médical dont elle a été victime, a nécessité une assistance par une tierce personne, trois heures par jour du 29 septembre 2018 au 6 novembre 2018, puis une heure par jour du 7 novembre 2018 au 7 novembre 2019 puis cinq heures par semaine du 8 novembre 2019 au 31 août 2020. Pour l'évaluation de ce poste de préjudice, il y a lieu de tenir compte d'un taux horaire de 18 euros tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés. Le montant du préjudice subi à ce titre peut ainsi être évalué à la somme de 14 136 euros.

8. D'autre part, la CPAM de Paris est fondée à demander réparation à hauteur des frais de transport qui ont été exposés, pour un montant de 66,20 euros.

Quant aux pertes de gains professionnels actuels :

9. Si Mme B fait état de ce que, compte tenu de l'accident dont elle a été victime, elle a été dans l'impossibilité de reprendre, comme elle l'avait prévu, son activité à 100 % à compter du 1er mars 2019, elle n'apporte aucun élément de nature à l'établir alors que les experts désignés par la CCI n'ont pas retenu un tel lien, se bornant à relever que les arrêts de travail de Mme B entre le 11 octobre 2018 et le 28 février 2019 puis du 21 octobre 2019 au 28 octobre 2019, du 16 au 20 décembre 2019 et du 16 novembre 2020 au 3 janvier 2021 trouvent leur cause dans les complications liées à cet accident. Ne faisant pas état de pertes de salaires qui n'auraient pas été couvertes durant ces périodes par les indemnités journalières qu'elle a perçues ou par d'autres prestations, Mme B n'est pas fondée à demander réparation au titre de pertes de gains professionnels actuels.

10. En revanche, la CPAM de Paris est fondée à demander le remboursement des indemnités journalières qu'elle a versées pour les périodes d'arrêt de travail mentionnées au point précédent, pour un montant total de 2 181,37 euros. Mais la caisse n'est pas fondée à demander le remboursement au titre de la période allant du 13 juillet 2018 au 10 octobre 2018, dès lors qu'il résulte de l'instruction que Mme B aurait, quoi qu'il en fut, subi un tel arrêt du fait de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie.

S'agissant des postes de préjudice patrimonial permanent :

Quant aux dépenses de santé futures :

11. Pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 5, Mme B n'est pas fondée à demander réparation au titre de frais d'ostéopathie. La requérante ne fait pas état de dépenses de santé futures qui pourraient rester à sa charge.

12. En revanche, il résulte de l'instruction que, postérieurement à la consolidation de son état de santé, Mme B doit, en raison des séquelles résultant de l'accident médical dont elle est atteinte, procéder à des consultations de spécialistes et de kinésithérapeutes et se voir prescrire des médicaments, les frais qui en résultent étant pris en charge par l'assurance maladie. Les frais déjà exposés à la date du présent jugement et dont la CPAM de Paris est dès lors fondée à obtenir le remboursement, s'élèvent à la somme totale de 1 839,44 euros.

13. En ce qui concerne la période courant à compter du présent jugement, il résulte de l'instruction que le montant annuel des dépenses pris en charge par l'assurance maladie peut être fixé à 438,90 euros. Il y a lieu de prévoir, en l'absence d'accord de l'AP-HP pour l'octroi d'un capital, le versement à la CPAM de Paris, sur justificatifs du remboursement effectif à l'assurée, d'une rente annuelle payable à terme échu dont le montant, fixé à 438,90 euros à la date du présent jugement, sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Quant aux frais d'assistance permanente par une tierce personne :

14. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à la consolidation de l'état de santé de la requérante, les séquelles dont elle est atteinte impliquent une assistance par une tierce personne pour l'aider dans ses besoins liés à sa vie quotidienne. Si Mme B fait à ce titre état d'un besoin à hauteur de 10 heures par semaine, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le second rapport d'expertise, qui fixe ce besoin à 5 heures par semaine, quotité qu'il convient, par suite, de retenir.

15. Pour l'évaluation de ce poste de préjudice, il y a lieu de retenir les mêmes bases de calcul que celles qui ont été mentionnées au point 7. S'agissant de la période allant du 1er septembre 2020 à la date du présent jugement, la somme à laquelle a droit Mme B doit ainsi être fixée à 22 544 euros. S'agissant de la période courant à compter du présent jugement, le coût annuel résultant pour la requérante des besoins d'assistance par une tierce personne peut être fixé à 5 281 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'allouer à l'intéressée une rente trimestrielle, payable à terme échu, d'un montant de 1 320,25 euros. Ce montant sera revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale.

Quant aux pertes de gains professionnels futurs :

16. Si Mme B demande réparation au titre de pertes de gains professionnels postérieurement à la consolidation de son état de santé l'expert désigné par la CCI pour donner un avis sur le préjudice permanent de l'intéressée a estimé que, hormis la période d'arrêt de travail du 16 novembre 2020 au 3 janvier 2021, qu'il a estimée imputable aux complications dont a été atteinte Mme B à la suite de l'accident médical dont elle a été victime, aucune perte de gain ne pouvait être rattachée à cet accident après cette consolidation. La requérante n'apporte aucun élément de nature à contredire utilement cette appréciation de l'expert, les seules circonstances qu'elle a, après le 1er septembre 2020, réduit sa quotité de travail puis été mise en invalidité n'étant pas suffisantes pour établir que la perturbation de sa vie professionnelle serait liée à l'accident médical du 11 juillet 2018, ces événements pouvant résulter d'autres causes médicales. Ne faisant pas état de pertes de salaires qui n'auraient pas été couvertes durant ces périodes par les indemnités journalières qu'elle a perçues ou par d'autres prestations, Mme B n'est pas fondée à demander réparation au titre de pertes de gains professionnels futurs.

17. En revanche, la CPAM de Paris est fondée à demander le remboursement des indemnités journalières qu'elle a versées pour la période d'arrêt de travail mentionnée au point précédent, pour un montant total de 2 231,95 euros.

Quant à l'incidence professionnelle :

18. Il résulte de l'instruction que les séquelles dont Mme B restent atteinte après la consolidation de son état de santé ont nécessairement pour effet d'augmenter la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe. Il sera fait une juste appréciation du préjudice qui en résulte en lui allouant à ce titre la somme de 5 000 euros.

Quant aux frais de logement adapté :

19. Si Mme B demande réparation au tire de l'acquisition d'un nouveau logement, il ne résulte pas de l'instruction que son état de santé rende indispensable un déménagement, ce qui ne résulte pas du second rapport d'expertise, lequel relève seulement qu'il est " souhaitable " que l'intéressée puisse accéder plus facilement à son logement. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander réparation au titre de ce poste de préjudice.

Quant aux frais de véhicule adapté :

20. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de la requérante nécessite l'aménagement de son véhicule dès lors qu'elle ne peut pas conduire dans des conditions de sécurité optimale si elle doit utiliser ses deux membres inférieurs. Toutefois, Mme B ne justifie pas de la réalité d'un achat passé, mais produit seulement un devis en sorte que la demande formulée à ce titre doit être rejetée pour la période courant jusqu'au présent jugement. En revanche, pour la période courant à compter du jugement, le coût des aménagements auxquels il faut procéder sur son véhicule peut être fixé à 5 499 euros, conformément au devis produit par la requérante. La fréquence de remplacement d'un véhicule pouvant être fixée en l'espèce à 7 ans, le montant annuel du surcoût représenté par la nécessité de procéder à un tel aménagement, peut être évalué à 785,57 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'allouer à l'intéressée un capital représentatif de la rente à laquelle elle a droit à ce titre, en retenant un coefficient de capitalisation de 36,236. La somme à laquelle Mme B a droit doit ainsi être fixée à 28 465,91 euros.

En ce qui concerne les postes de préjudice personnel :

S'agissant des postes de préjudice personnel temporaire :

21. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a subi, du fait de l'accident médical dont elle a été victime, un déficit fonctionnel temporaire jusqu'à la date de la consolidation de son état de santé. Il y a lieu, pour en déterminer le taux, de tenir compte de la part de déficit dont l'intéressée aurait de toute façon été atteinte du fait de l'intervention qu'elle a subie indépendamment de l'accident dont elle a été victime. Dans les circonstances de l'espèce, le déficit fonctionnel temporaire strictement imputable à cet accident peut être fixé à 50 % du 12 août au 28 septembre 2018 et du 11 octobre au 6 novembre 2018 puis à 30 % du 7 novembre 2018 au 1er septembre 2020. Il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en ont résulté pour l'intéressée en évaluant le préjudice en résultant à une somme de 4 500 euros.

22. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a éprouvé des souffrances dont l'intensité peut être estimée à 4,5 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'évaluant à une somme de 12 000 euros.

23. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a subi, avant la consolidation de son état de santé, un préjudice esthétique temporaire, lié au port d'un corset et de béquilles, évalué à 3 sur une échelle de 0 à 7 par le second rapport d'expertise. En revanche, la requérante ne saurait demander réparation au titre du préjudice esthétique résultant de la cicatrice dans le dos, qui résulte de l'intervention chirurgicale elle-même et non de la complication dont elle a été victime. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire de l'intéressée en lui allouant à ce titre une somme de 800 euros.

S'agissant des postes de préjudice personnel permanent :

24. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la requérante reste atteinte, après la consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent résultant notamment de troubles neurologiques, d'un syndrome pyramidal et de la spasticité de la partie inférieure de son corps, dont le taux a été évalué par le second rapport d'expertise à 30 %. Compte tenu de son âge à la date de la consolidation de son état de santé, soit 50 ans, il sera fait une juste réparation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en résultent pour l'intéressée en fixant à 65 000 euros la somme devant les réparer.

25. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B subit un préjudice esthétique permanent résultant de la limitation de ses gestes liée aux séquelles dont elle est atteinte, évalué par le second rapport d'expertise à 2 sur une échelle de 0 à 7. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation du préjudice qui en résulte en fixant à 2 000 euros la somme devant le réparer.

26. En troisième lieu, si la requérante soutient qu'elle subit un préjudice d'agrément, dès lors qu'elle ne peut plus pratiquer certaines activités antérieures de sport et de loisirs, les pièces qu'elle produit ne permettent pas d'établir la réalité et l'intensité des activités pratiquées avant la survenue des séquelles affectant sa vie quotidienne. Si Mme B soutient qu'elle a résilié son abonnement pour l'accès à une salle de sport, il ne résulte pas de l'instruction que son état de santé ne lui permettait plus de pratiquer les activités proposées par cet établissement.

27. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B souffre d'un déficit moteur dont il résulte un préjudice sexuel, qualifié d'important par le second rapport d'expertise. Il en sera fait une juste appréciation en allouant à ce titre une somme de 3 000 euros.

28. En cinquième et dernier lieu, si elle soutient qu'elle subit un préjudice d'établissement compte tenu des répercussions qu'a eu sur son couple l'accident dont elle a été victime, Mme B n'apporte aucun élément suffisant relatif à sa vie familiale et sur les projets qu'elle pouvait nourrir à ce titre avant l'accident pour établir un préjudice distinct des troubles dans ses conditions d'existence qui ont déjà été indemnisés par le déficit fonctionnel permanent. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, Mme B n'est pas fondée à demander réparation au titre d'un préjudice d'établissement.

En ce qui concerne les frais exposés à l'occasion des opérations d'expertise :

29. Mme B est fondée à demander le remboursement des frais d'avocat et d'assistance par un médecin-conseil qu'elle a engagés pour l'assister au cours de la procédure amiable et des opérations d'expertise qui ont été diligentées dans ce cadre, pour un montant total justifié par des factures, qui s'élève à 7 500 euros.

30. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, d'une part, Mme B est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une somme totale de 164 945,91 euros, sous déduction de la somme de 23 208,73 euros qui lui a été versée par l'ONIAM à titre de provision, soit la somme de 141 737,18 euros ainsi qu'une rente trimestrielle, payable à terme échu, d'un montant de 1 320,25 euros qui sera revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. D'autre part, la CPAM de Paris est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme totale de 53 756,26 euros ainsi que, sur justificatifs du remboursement effectif à l'assurée, une rente annuelle payable à terme échu dont le montant, fixé à 438,90 euros à la date du présent jugement, sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

31. La CPAM de Paris a droit aux intérêt au taux légal sur la somme dont elle obtient le remboursement en capital, à compter du 7 mai 2024, date d'enregistrement de sa demande. En outre, les arrérages de la rente annuelle versée à la caisse porteront intérêts au taux légal à compter de leurs dates d'échéance.

Sur les frais liés au litige :

32. En premier lieu, le neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté interministériel susvisé du 18 décembre 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

33. La CPAM de Paris a droit à une indemnité de 1 191 euros, qui doit être mise à la charge de l'AP-HP, dès lors que le tiers de la somme dont elle obtient le remboursement en vertu du présent jugement est supérieur au montant maximal fixé par les dispositions qui viennent d'être citées.

34. En second lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 3 240 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens et une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la CPAM de Paris et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B une somme de 141 737,18 euros.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme B une rente trimestrielle payable à terme échu, d'un montant de 1 320,25 euros qui sera revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris une somme de 53 756,26 euros, avec intérêt au taux légal à compter du 7 mai 2024.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, sur justificatifs du remboursement effectif à l'assuré, une rente annuelle payable à terme échu dont le montant, fixé à 438,90 euros à la date du présent jugement, sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. Les arrérages de cette rente porteront intérêt au taux légal à compter de leurs dates d'échéance.

Article 5 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 191 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 6 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme B la somme de 3 240 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Copie pour information en sera transmise à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

T. GallaudL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

M. ALa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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