vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2007880 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HUBNER |
Vu la procédure suivante :
Par une saisine et un mémoire, enregistrés le 1er octobre 2020 et le 5 mai 2021, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A E et conclut à ce que le tribunal :
1°) constate que les faits établis par le procès-verbal du 1er avril 2020 constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite M. E au paiement d'une amende de
150 euros ;
2°) mette à la charge de M. E une somme de 32 868,60 euros correspondant au coût des réparations occasionnées par le bateau "Sydney Inattendu" le 1er avril 2020, lors d'une manœuvre de sas au niveau de l'écluse de La Cavé, au droit de la commune de Bois-le-Roi ;
3°) condamne M. E au paiement de la somme de 250 euros correspondant aux frais d'établissement et de notification du procès-verbal et aux frais de notification à la charge de l'établissement public Voies navigables de France du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le bateau de M. E a, le 1er avril 2020, endommagé la passerelle sur le vantail rive gauche de la porte aval de l'écluse de la Cavé au droit de la commune de Bois-le-Roi, ce qui constitue une contravention de grande voirie et a nécessité une intervention en urgence ainsi que la réparation de la passerelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2021, M. E, représenté par Me Hubner, doit être regardé comme concluant à ce que le tribunal le relaxe des poursuites diligentées à son encontre au titre de l'action publique et réduise la somme mise à sa charge à 18 780 euros hors taxes.
Il soutient que :
- la signataire du procès-verbal de contravention de grande voirie ne rapporte pas la preuve de son habilitation ;
-VNF ne prouve pas que les devis produits ont été exécutés ;
- le montant des dommages indemnisables ne s'établit qu'à 18 780 euros, en raison de redondances entre les devis relatifs respectivement à l'intervention en urgence d'une part, et à la réparation de la passerelle d'autre part.
Par ordonnance du 29 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au
31 décembre 2021.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 1er avril 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des transports ;
- l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la contravention de grande voirie :
En ce qui concerne l'action publique :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut:/ 1° Dégrader, détruire ou enlever les ouvrages construits pour la sûreté et la facilité de la navigation et du halage sur les cours d'eau et canaux domaniaux ou le long de ces dépendances ;/ () Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros. Il doit supporter les frais de réparations et, en outre, dédommager les entrepreneurs chargés des travaux à dire d'experts nommés par les parties ou d'office ". Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant de faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Il peut moduler le montant de cette amende dans la limite du plafond que constitue le montant de l'amende prévu par ces textes et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 4313-2 du code des transports : " Voies navigables de France est substitué à l'Etat dans l'exercice des pouvoirs dévolus à ce dernier pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié () / Les contraventions sont constatées par les agents mentionnés aux articles L. 2132-21 et L. 2132-23 du code général de la propriété des personnes publiques ". Aux termes de l'article L. 2132-21 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spécifiques, les agents de l'Etat assermentés à cet effet devant le tribunal judiciaire () sont compétents pour constater les contraventions de grande voirie ".
3. Il résulte de l'instruction que 1er avril 2020, lors d'une manœuvre de sas au niveau de l'écluse de La Cavé (commune de Bois-Le-Roi), le bateau " Sydney Inattendu ", piloté par
M. E a arraché la passerelle située sur le vantail rive gauche de la porte aval de l'écluse. Le procès-verbal de contravention de grande voirie du 1er avril 2020 sur le fondement duquel sont exercées les poursuites à l'encontre du requérant a été dressé par
Mme D B, agente de l'établissement public Voies navigables de France. Si le contrevenant soutient que l'auteur de ce procès-verbal ne bénéficiait pas d'une habilitation, il résulte de l'instruction que Mme B a reçu une commission en date du 9 juillet 2008 par le ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables pour constater toute infraction au code général de la propriété des personnes publiques dans le département de Seine-et-Marne, et a prêté serment à cet effet devant le tribunal judiciaire de Melun le
5 décembre 2008. Par suite, les faits en cause, légalement constatés par procès-verbal, constituent la contravention prévue et réprimée par les dispositions de l'article L. 2132-8 précité.
4. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner M. E au paiement d'une amende de 150 euros.
En ce qui concerne l'action domaniale :
5. L'auteur d'une contravention de grande voirie doit être condamné à rembourser au gestionnaire du domaine public le montant des frais exposés ou à exposer par celui-ci pour les besoins de la remise en état de l'ouvrage endommagé. Il n'est fondé à demander la réduction des frais mis à sa charge que dans le cas où le montant des dépenses engagées en vue de réparer les conséquences de la contravention présente un caractère anormal.
6. Il résulte de l'instruction que les dommages causés par le bateau du requérant ont entrainé l'intervention en urgence d'une entreprise, pour un montant de 7 490 euros HT
(8 988 euros TTC), qui a par la suite procédé à la réparation elle-même pour un montant de 19 900,50 euros HT (23 880,60 TTC). D'une part, si M. E soutient que les travaux n'auraient pas été effectués, une telle circonstance, à la supposer même établie, n'a pas d'incidence sur les sommes dues, qui peuvent se fonder sur des frais exposés ou à exposer. Au demeurant, VNF produit non pas uniquement des devis mais des factures. D'autre part, si
M. E fait valoir que la prestation de déplacement du matériel fluvial aurait été facturée deux fois, il résulte de l'instruction, et notamment des factures produites, que la première des deux prestations litigieuses porte sur un déplacement en urgence depuis Choisy-le Roi le jour du sinistre, alors que la seconde porte sur le déplacement du matériel fluvial depuis Choisy-le Roi vers le garage de réparation de Boulogne-Billancourt, afin de prendre en charge la passerelle réparée, puis de la convoyer vers l'écluse de la Cavé. Ainsi, dès lors que les dommages supposaient l'exécution de deux prestations différentes et qu'il n'est pas établi ni même allégué qu'elles n'étaient pas nécessaires à la réparation du préjudice, le requérant doit être condamné à indemniser l'intégralité des sommes exposées par VNF pour la réparation de l'écluse endommagée, soit un total de 32 868,60 euros TTC.
Sur les frais liés au litige :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et
D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n° 2016-728 du
2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du
1er juillet 2022.
9. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que M. E a commis une infraction constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le 1er avril 2020, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier à au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge de M. E la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est condamné à payer une amende de 150 euros.
Article 2 : M. E versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 32 868,60 euros correspondant au coût des dommages causés par son bateau "Sydney Inattendu" le 1er avril 2020.
Article 3 : M. E versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 250 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4: Le présent jugement sera notifié au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France pour notification à M. E dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Allègre, premier conseiller,
M. Dumas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 octobre 2022.
Le rapporteur,
E. ALLEGRELe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026