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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008356

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008356

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008356
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement n° 2008356 du 21 mars 2024, le tribunal, statuant sur la requête de M. B C, ayant repris l'instance et agissant en qualité d'ayant droit de Mme A D, et tendant à la condamnation de la commune d'Ivry-sur-Seine à lui payer une indemnité en réparation des préjudices subis par cette dernière, a, d'une part, rejeté les conclusions tendant à ce que soit ordonnée une expertise avant-dire droit, ainsi que tendant à la réparation de préjudices financiers, et d'autre part, invité M. C à chiffrer sa demande à fin d'indemnisation du préjudice moral dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, en réservant jusqu'en fin d'instance le surplus des conclusions et moyens des parties.

Par des mémoires enregistrés les 5 avril et 15 mai 2024, M. B C, représenté par Me Vidal, demande au tribunal de condamner la commune d'Ivry-sur-Seine à lui payer, en réparation du préjudice moral subi par Mme D, la somme de 20 000 euros, et réitère par ailleurs ses conclusions tendant, d'une part, à ce qu'il soit enjoint à la commune d'Ivry-sur-Seine de procéder au paiement du montant réclamé sous une astreinte de 500 euros par jour de retard, et d'autre part, de mettre à la charge de cette commune la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que le préjudice moral qu'a subi Mme D s'est caractérisé par un préjudice d'angoisse lié à ses conditions de travail et à sa situation d'insécurité professionnelle, par un préjudice moral tenant à son maintien dans une situation d'emploi précaire, et par un préjudice moral résultant d'une atteinte portée à sa réputation et à son honneur, ces préjudices devant être réparés par l'allocation d'indemnités s'évaluant respectivement à 8 000 euros, 6 000 euros et 6 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, la commune d'Ivry sur Seine, représentée par le cabinet Seban et associés, agissant par Me Abbal, conclut au rejet des conclusions indemnitaires du requérant, subsidiairement à ce que ses prétentions soient ramenées à de plus justes proportions, et réitère sa demande de mettre à la charge du requérant la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la demande du requérant relative à la réparation d'un préjudice d'angoisse ne figurait pas dans sa réclamation indemnitaire préalable, en sorte que le contentieux n'est pas lié sur ce point ; elle est en outre infondée ;

- la demande relative au maintien de Mme D dans une situation d'emploi précaire est infondée et en tout état de cause le préjudice est surévalué, celui-ci ne pouvant donner lieu à une indemnisation excédant 1 000 euros ;

- la demande relative à une atteinte à la réputation et l'honneur de Mme D est dépourvue de lien avec la faute retenue.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le décret n° 96-1087 du 10 décembre 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- et les observations de Me Yanova, représentant le requérant, ainsi que celles de Me Cadoux, représentant la commune d'Ivry-sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B C, qui a repris l'instance introduite par Mme D, décédée le 6 mai 2023, a demandé en qualité d'ayant droit de celle-ci la condamnation de la commune d'Ivry-sur-Seine à lui payer des indemnités en réparation de préjudices financier et moral subis par Mme D, anciennement employée par la commune, en se réservant, s'agissant du préjudice moral, de chiffrer sa demande au vu des conclusions d'une expertise dont la partie requérante a sollicité qu'elle soit ordonnée. Par le jugement n° 2008356 du 21 mars 2024 susvisé, le tribunal a rejeté la demande du requérant à fin d'indemnisation de préjudices financiers ainsi que la demande tendant à ordonner une expertise concernant le préjudice moral, et a invité le requérant à chiffrer sa réclamation indemnitaire s'agissant de ce chef de préjudice, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, à peine d'irrecevabilité. A la suite de la notification de ce jugement au requérant, le 24 mars 2024, ce dernier a chiffré sa demande à fin d'indemnisation du préjudice moral, le 5 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation du préjudice moral :

2. Par le jugement susvisé, le tribunal a jugé M. C fondé à rechercher la responsabilité de la commune d'Ivry-sur-Seine à raison du recours illégal et abusif à une succession de contrats à durée déterminée pour procéder au recrutement de Mme D, sous réserve qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain avec cette faute.

3. Tout d'abord, le requérant n'établit pas qu'il ait résulté de la faute retenue par le jugement avant-dire droit, tenant au recours abusif, par la commune d'Ivry-sur-Seine, à une succession de contrats à durée déterminée pour recruter Mme D, l'existence d'une atteinte à la réputation et à l'honneur de l'intéressée, en lien direct et certain avec cette faute. Au demeurant, il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait été procédé au non-renouvellement du dernier engagement de Mme D selon des modalités en elles-mêmes brutales, ni à une remise en cause de ses compétences lors de son évaluation professionnelle dans des conditions excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

4. Ensuite, si le requérant soutient qu'il a résulté de la faute commise une aggravation de l'état de santé de Mme D, alors affectée de troubles psychiques, cette allégation n'est pas démontrée, en l'absence de tout élément médical de nature à l'établir. En revanche, le recours abusif à une succession d'actes d'engagement sous contrats à durée déterminée d'un an, établis sur une période de six années au motif de prétendument faire face à un défaut de personnel titulaire immédiatement disponible, a nécessairement placé Mme D dans une situation d'insécurité professionnelle source d'un préjudice moral, sans qu'ait une incidence, contrairement à ce que fait valoir la commune en défense, que l'intéressée aurait pu le cas échéant être légalement recrutée en contrat à durée déterminée sur le fondement des dispositions figurant alors au cinquième alinéa de l'article 3 puis à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors que tel ne fut pas le cas alors que ce fondement n'emporte pas les mêmes conséquences en termes de précarité d'emploi. M. C est par suite fondé à réclamer une indemnité à raison de ce préjudice moral, en lien direct et certain avec la faute retenue par le jugement avant-dire droit, à l'égard de laquelle la commune ne saurait utilement faire valoir une exonération de sa responsabilité, ainsi qu'il a été dit au point 11 de ce jugement. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, en particulier à la durée concernée et au nombre d'actes d'engagement successifs, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme D en fixant la somme destinée à le réparer à 1 000 euros.

5. Enfin, contrairement à ce que tend à invoquer le requérant, il n'y a pas lieu d'allouer en complément une indemnité à raison d'un préjudice d'angoisse, dès lors que les circonstances invoquées à cet égard, pour partie ne caractérisent aucun préjudice distinct de celui indemnisé au point précédent, et pour le surplus, s'agissant en particulier d'un défaut d'adaptation des conditions de travail de Mme D à son handicap, sont dépourvues de lien avec la faute retenue.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la commune d'Ivry-sur-Seine est condamnée à payer à M. C la somme de 1 000 euros.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. "

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci-après reproduites, sont applicables () ".

9. Dès lors que l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980 susvisée permet au requérant, en cas d'inexécution d'une décision passée en force de chose jugée condamnant une collectivité locale au paiement d'une somme d'argent dont elle fixe le montant, d'obtenir le mandatement d'office de cette somme, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de ce requérant tendant à ce qu'il soit enjoint à la personne condamnée de payer ladite somme sous astreinte. Ainsi, les conclusions de M. C, tendant à ce que les condamnations prononcées à son profit soient assorties d'une injonction de paiement sous astreinte, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Ivry-sur-Seine la somme de 1 500 euros en remboursement des frais exposés par la partie requérante non compris dans les dépens. Il n'y n'a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Ivry-sur-Seine présentées sur le même fondement.

12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

13. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions de la requête de M. C, présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du même code, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La commune d'Ivry-sur-Seine est condamnée à payer à M. C la somme de 1 000 euros.

Article 2 : Il est mis à la charge de la commune d'Ivry-sur-Seine la somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Ivry-sur-Seine sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune d'Ivry-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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