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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008361

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008361

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008361
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 19 octobre 2020 et 30 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 10 mai 2020 par laquelle le maire de Tournan-en-Brie a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner la commune de Tournan-en-Brie à lui verser la somme de 10 630 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tournan-en-Brie une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune ayant finalement reconnu, par les arrêtés des 5 février et 23 septembre 2020, que l'accident et la rechute dont elle a victime étaient imputables au service, son placement à demi-traitement du mois de février à avril 2019, puis d'août à octobre 2019 était illégal, cette faute engageant sa responsabilité à son égard ;

- le refus de la commune de rembourser les honoraires et frais médicaux directement entraînés par son accident est également illégal ;

- en raison de la détresse psychologique et financière générée chez Mme B, celle-ci est fondée à obtenir réparation des préjudices financier, moral et des troubles dans ses conditions d'existence.

La commune de Tournan-en-Brie, à qui la requête a été communiquée le 19 octobre 2020, n'a pas produit d'observations, mais a produit une pièce, à la demande du greffe du tribunal le 22 novembre 2022, enregistrée le 25 novembre 2022.

Une mise en demeure a été adressée le 3 décembre 2021 à la commune de Tournan-en-Brie.

Par ordonnance du 20 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 février 2022 à 12 h 00.

Des pièces ont été enregistrées pour Mme B le 30 novembre 2022 et n'ont pas été communiquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1910059 du 6 décembre 2019 du tribunal administratif de Melun ;

- l'ordonnance n° 1902821 du 19 septembre 2022 du tribunal administratif de Melun.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, titulaire du grade d'agent technique spécialisé des écoles maternelles principal de première classe depuis le 18 décembre 2017, exerçait ses fonctions auprès des services de la commune de Tournan-en-Brie. A la suite de difficultés survenues à compter de 2017 au sein de la crèche dans laquelle elle était affectée et d'un incident survenu le 19 octobre 2018, Mme B a développé un syndrome dépressif et a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 19 octobre 2018, puis à demi-traitement à compter du 5 janvier 2019. Malgré les avis favorables à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'incident survenu le 19 octobre 2018, par le médecin de prévention du centre de gestion de Seine-et-Marne et de la commission de réforme, le maire de Tournan-en-Brie a, par deux arrêtés des 4 et 13 février 2019, refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de Mme B et l'a maintenue à demi-traitement du 1er au 28 février 2019, avant la reprise de ses fonctions le 20 mars 2019. Par une ordonnance n° 1910059 du 6 décembre 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a suspendu l'exécution des deux arrêtés des 4 et 13 février 2019 du maire de Tournan-en-Brie, lequel a ensuite, par un arrêté du 5 février 2020, reconnu l'imputabilité au service de l'accident subi le 19 octobre 2018 puis l'a placée en congé de maladie rémunéré à plein traitement du 19 octobre 2018 au 20 mars 2019. Ensuite, par arrêtés des 23 juin et 23 septembre 2020, le maire a reconnu l'imputabilité au service de la rechute de son accident de service à compter du 13 juin 2019 et a placé l'intéressée en congé d'invalidité temporaire imputable au service rémunéré à plein traitement du 13 juin 2019 au 11 mai 2020, puis du 12 mai au 20 octobre 2020. Par un courrier du 9 mars 2020, reçu le lendemain par la commune, Mme B a adressé une demande préalable à la commune tendant au remboursement des honoraires et frais médicaux entraînés par son accident de service du 19 octobre 2018 ainsi que l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la privation de ressources et du retard dans le versement des frais en cause. Mme B demande l'annulation de la décision implicite du maire ayant rejeté sa réclamation et la condamnation de la commune à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision du 10 mai 2020 par laquelle le maire de Tournan-en-Brie a rejeté la demande préalable indemnitaire de la requérante réceptionnée le 10 mars 2020 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire de Mme B qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de responsabilité de la commune de Tournan-en-Brie :

3. L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis aux termes duquel : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ". L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 a aussi, en conséquence de l'institution du congé pour invalidité temporaire imputable au service à l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, modifié des dispositions, notamment, de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relative à la fonction publique territoriale.

4. L'application des dispositions de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique instituant un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " par insertion dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires d'un article 21 bis n'est pas possible en l'absence d'un texte réglementaire fixant, notamment, les conditions de procédure applicables à l'octroi de ce nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 12 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue sous forme de décret en Conseil d'Etat par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. L'accident dont se prévaut Mme B est intervenu le 19 octobre 2018, soit antérieurement à l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions de l'article 21 bis. Aussi, contrairement à ce qu'allègue la requérante, sa situation demeure régie par les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relative à la fonction publique territoriale.

5. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué, et désormais codifié à l'article L. 822-4 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

6. A l'appui de ses conclusions indemnitaires dirigées contre la commune de Tournan-en-Brie, Mme B doit être regardée comme invoquant l'illégalité fautive des arrêtés des 4 février 2019, 13 février 2019, 25 avril 2019, 13 octobre 2019 et 5 février 2020 du maire de Tournan-en-Brie, en tant qu'ils portent refus de la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident de service du 19 octobre 2018 et de la rechute de Mme B du 13 juin 2019 et, par voie de conséquence, qu'ils ont notamment pour effet, d'une part, d'avoir entraîné le placement de l'intéressée à demi-traitement du mois de février 2019 à avril 2019 et d'août 2019 à octobre 2019, et d'autre part, le refus de rembourser les honoraires et frais médicaux directement en lien avec ces deux évènements.

7. Toutefois, et d'une part, la seule circonstance, invoquée par Mme B, que les arrêtés des 4 et 13 février 2019 aient été implicitement retirés par l'arrêté du 5 février 2020, par lequel le maire de Tournan-en-Brie a reconnu l'imputabilité au service du l'accident subi par Mme B le 19 octobre 2018 et l'a placé en congé de maladie rémunéré à plein traitement depuis cette date jusqu'à sa reprise le 20 mars 2019, est insuffisante pour établir l'illégalité des arrêtés en cause.

8. D'autre part, en dépit des avis du médecin de prévention du 19 décembre 2018 et de la commission de réforme du 9 janvier 2019, versés au débat, Mme B n'invoque aucun moyen de nature à justifier l'illégalité alléguée des arrêtés des 25 avril 2019, 13 octobre 2019 et 5 février 2020, constitutive d'une faute.

9. Par conséquent, l'illégalité fautive des arrêtés des 4 février 2019, 13 février 2019, 25 avril 2019, 13 octobre 2019 et 5 février 2020 du maire de Tournan-en-Brie n'est pas établie. Ainsi, aucune faute ne peut être imputée à la commune de Tournan-en-Brie, dont la responsabilité ne saurait être engagée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, que l'ensemble des conclusions indemnitaires présenté par Mme B ne peut qu'être rejeté, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au versement des intérêts et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Tournan-en-Brie.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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