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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008610

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008610

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008610
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantTICHIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2020, M. A C, représenté par Me Tichit, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 31 décembre 2006, 2 septembre 2008, 27 janvier 2009, 5 mai 2010, 8 décembre 2011, 1er août 2012, 14 juin 2013, 19 juillet 2013, 20 mai 2014, 7 juillet 2014, 6 février 2015, 12 juin 2016, 1er janvier 2017, 18 mars 2017, 11 décembre 2016, 20 juillet 2017, 18 mai 2018, 25 mai 2018, 1er septembre 2019 et 5 février 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire doté d'un capital de douze points dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retraits de points ne lui ont pas été notifiées ;

- la décision " 48 SI " est irrégulière en ce qu'elle porte notification globale des décisions de retrait ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de justice administrative ;

- les retraits de points sur son permis de conduire étant irréguliers, le solde de son permis de conduire n'est pas nul ;

- l'infraction du 20 juillet 2017 pour usage du téléphone fait l'objet d'une réclamation déposée auprès de l'officier du ministère public le 15 juin 2020, en application de l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, il est présumé innocent.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision " 48 SI " en date du 20 mars 2020 portant invalidation du permis de conduire de M. C et sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction du 20 juillet 2017 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les mentions afférentes à l'infraction commise le 20 juillet 2017 et à la décision 48 SI du 20 mars 2020 ont été retirées du relevé d'information intégral de M. C, ces décisions sont réputées avoir été retirées ;

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 2 septembre 2008, 27 janvier 2009, 8 décembre 2011, 1er août 2012, 19 juillet 2013, 20 mai 2014, 7 juillet 2014, 12 juin 2016, 11 décembre 2016 et 25 mai 2018 au motif qu'elles sont dépourvues d'objet, ces points ayant été restitués avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a commis les 31 décembre 2006, 2 septembre 2008, 27 janvier 2009, 5 mai 2010, 8 décembre 2011, 1er août 2012, 14 juin 2013, 19 juillet 2013, 20 mai 2014, 7 juillet 2014, 6 février 2015, 12 juin 2016, 1er janvier 2017, 18 mars 2017, 11 décembre 2016, 20 juillet 2017, 18 mai 2018, 25 mai 2018, 1er septembre 2019, et le 5 février 2020 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de 27 points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retrait de points antérieures, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de point mentionnées dans cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. C édité le 22 juin 2021, que les mentions afférentes à l'infraction commise le 20 juillet 2017 et à la décision 48 SI en date du 20 mars 2020 ont été supprimées. Le ministre de l'intérieur a ainsi implicitement mais nécessairement retiré la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 20 juillet 2017 et la décision 48 SI du 20 mars 2020 contestées. Ainsi, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 20 juillet 2017 et sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 20 mars 2020 d'invalidation du permis de conduire de M. C pour solde de points nul.

Sur la recevabilité des conclusions à fins d'annulation des décisions de retraits de points consécutives aux infractions commises les 2 septembre 2008, 27 janvier 2009, 8 décembre 2011, 1er août 2012, 19 juillet 2013, 20 mai 2014, 7 juillet 2014, 12 juin 2016, 11 décembre 2016 et le 25 mai 2018 :

3. Il ressort du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. C édité le 22 juin 2021 que les points retirés sur son permis de conduire suite aux infractions constatées les 2 septembre 2008, 27 janvier 2009, 8 décembre 2011, 1er août 2012, 19 juillet 2013, 20 mai 2014, 7 juillet 2014, 12 juin 2016, 11 décembre 2016 et le 25 mai 2018 lui ont été restitués avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête de M. C dirigées contre les décisions procédant à ces retraits de points sont sans objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 31 décembre 2006, 5 mai 2010, 14 juin 2013, 6 février 2015, 1er janvier 2017, 18 mars 2017, 18 mai 2018, 1er septembre 2019 et le 5 février 2020 :

En ce qui concerne le défaut de notification :

4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

5. M. C soutient que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. C n'aurait pas été informé des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision de retrait. Le moyen tiré du défaut de notification de la décision attaquée est inopérant et doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant des infractions commises les 31 décembre 2006, 14 juin 2013, 6 février 2015, 1er janvier 2017, 18 mars 2017 et le 5 février 2020 :

7. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un outil dédié ou par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il ressort des mentions " AF " portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C que l'intéressé s'est acquitté des amendes forfaitaires correspondant aux infractions constatées le 5 février 2020 par procès-verbal électronique et les 31 décembre 2006, 14 juin 2013, 6 février 2015, 1er janvier 2017, 18 mars 2017 par radar automatique. Ainsi, le requérant a nécessairement reçu des courriers du ministre chargé de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. C n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de ces infractions doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 18 mai 2018 et 1er septembre 2019 :

9. En ce qui concerne les infractions commises le 18 mai 2018 et le 1er septembre 2019, le ministre de l'intérieur produit pour ces infractions des attestations du trésorier principal du contrôle automatisé relatives à l'encaissement respectivement le 6 juin 2019 et le 25 août 2020, des amendes forfaitaires majorées afférentes aux avis de contravention au code de la route. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme ayant été destinataire de ces avis préalablement à l'émission de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. C n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis à ces occasions, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de ces amendes.

S'agissant de l'infraction commise le 5 mai 2010 :

10. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivants, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Aux termes de l'article A 37-28 du code de procédure pénale résultant d'un arrêté du 13 mai 2011 : " Lorsque, conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 49-6, le comptable public compétent adresse au contrevenant un extrait du titre exécutoire le concernant sous forme d'avis l'invitant à s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire majorée, cet avis doit comporter une rubrique intitulée " Retrait de points du permis de conduire " dès lors que la contravention constatée entraîne un retrait de point(s) du permis de conduire. / Cette rubrique comporte les mentions suivantes : / Vous êtes informé(e) que : / 1. Vous pouvez exercer un droit d'accès et de rectification lorsque les renseignements vous concernant font l'objet d'un traitement automatisé (art. 39 et 40 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978) auprès : / - de l'officier du ministère public près la juridiction de proximité ou le tribunal de police ; / - du comptable public chargé du recouvrement de l'amende forfaitaire majorée. / 2. L'émission du présent titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a pour conséquence un retrait de point(s) de votre permis de conduire correspondant à l'infraction constatée. / 3. Ce retrait de point(s) ne pourra être remis en cause qu'en cas de contestation, selon les modalités prévues par la loi, du présent titre exécutoire. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée en l'absence de contestation entraînera un retrait de points. / Selon l'article L. 223-2 du code de la route : / -pour les délits, le retrait de points est égal à la moitié du nombre maximal de points ; / -pour les contraventions, le retrait de points est, au plus, égal à la moitié du nombre maximal de points ; / -dans le cas où plusieurs infractions entraînant retrait de points sont commises simultanément, les retraits de points se cumulent dans la limite des deux tiers du nombre maximal de points. / 4. Les retraits et reconstitutions de point(s) du permis de conduire font l'objet d'un traitement automatisé dénommé " Système national des permis de conduire " (SNPC). / 5. Vous pouvez exercer, auprès du service préfectoral de votre domicile, un droit d'accès aux informations concernant votre permis de conduire ". Ces indications mettent le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points, et portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

11. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C et du bordereau de situation " amendes et condamnations pécuniaires " en date du 28 juillet 2012, que l'intéressé s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction relevée le 5 mai 2010 et confirmée par un jugement du tribunal de police de Nogent sur Marne en date du 14 octobre 2010. Ainsi, le requérant a nécessairement reçu des courriers du ministre chargé de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. C n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de l'infraction relevée le 5 mai 2010 doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 31 décembre 2006, 5 mai 2010, 14 juin 2013, 6 février 2015, 1er janvier 2017, 18 mars 2017, 18 mai 2018, 1er septembre 2019 et le 5 février 2020 de M. C doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonctions doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que demande M. C au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 20 juillet 2017 ainsi que sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 20 mars 2020 d'invalidation du permis de conduire de M. C pour solde de points nul.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La magistrate désignée,

N. MULLIELa greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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