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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2008909

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2008909

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2008909
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantPOISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 novembre 2020 et le 11 août 2022, Mme A B, représentée par Me Poisson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification du 23 septembre 2019 est insuffisamment motivée ;

- le redressement du résultat de la société et les distributions en découlant ne sont pas justifiées ;

- la méthode suivie par l'administration pour estimer le bénéfice de la société est aléatoire et ne correspond pas aux conditions réelles de son activé ; par conséquent, les distributions en découlant ne sont pas établies ;

- c'est à tort que l'administration a procédé à la distribution d'un profit sur le Trésor ;

- c'est à tort que l'administration a procédé à la distribution sur l'année 2017 des rappels de TVA concernant l'année 2016.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 mai 2021 et le 6 septembre 2023, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- un dégrèvement a été prononcé en cours d'instance à hauteur de 3 275 euros, de sorte que la requête est devenue sans objet dans cette mesure ;

- les moyens de la requête, pour le surplus, ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société déménagement et transport européen SASU, dont Mme B était la gérante jusqu'au 1er octobre 2018, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant l'ensemble des déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées au titre de la période du 13 novembre 2016 au 31 décembre 2017 et des déclarations de taxes sur le chiffre d'affaires au titre de la période du 1er janvier au 30 septembre 2018. A l'issue de cette vérification, la société a été assujettie à des suppléments d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017, ainsi qu'à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2016 et 2017. L'administration a également considéré que les bénéfices rectifiés de la société au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 constituaient des revenus distribués, qu'elle a intégrés dans le revenu imposable de l'année 2017 de Mme B et imposés à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie de ce fait au titre de l'année 2017.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 3 mai 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 2 562 euros de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de 713 euros de la cotisation supplémentaire de prélèvements sociaux auxquelles Mme B a été assujettie au titre de l'année 2017. Les conclusions de la requête relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs du redressement envisagé. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée à Mme B le 23 septembre 2019 reproduit les motifs de droit et de fait ayant fondé les rehaussements notifiés à la société déménagement et transport européen SASU et en précise les conséquences sur le revenu imposable de la requérante. Dans ces conditions, l'administration n'était pas tenue d'annexer à cette proposition de rectification une copie de la proposition de rectification notifiée à la société. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ". Il résulte de l'instruction que les rehaussements litigieux ont été notifiés à Mme B par une proposition de rectification en date du 23 septembre 2019. Ces impositions n'ont pas été contestées dans le délai prescrit. Dès lors, en application des dispositions précitées, la requérante supporte la charge de la preuve de leur caractère exagéré.

S'agissant de la détermination du résultat imposable de la société déménagement et transport européen SASU :

6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () ". Selon l'article 39 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ". Pour être admises en déduction du résultat imposable, les charges doivent être exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise et être appuyées de justifications suffisantes.

7. Pour apporter la preuve d'une exagération de l'évaluation administrative, le contribuable peut soit établir le montant exact de ses résultats, soit démontrer l'existence d'éléments ayant faussé l'évaluation de l'administration, soit encore proposer au juge une autre méthode de calcul, de nature à permettre une évaluation plus précise de ses bases d'imposition.

8. Il est constant que la société déménagement et transport européen SASU s'est opposée au contrôle fiscal dont elle a fait l'objet et n'a présenté ni comptabilité, ni pièces justificatives. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, pour déterminer son résultat imposable, l'administration a, d'une part, retenu le chiffre d'affaires mentionné dans la déclaration de résultat souscrite par la société le 12 novembre 2018, au titre de son premier exercice clos le 31 décembre 2017. D'autre part, en l'absence de présentation de la comptabilité et de pièces justificatives, elle a rejeté la totalité des charges déduites du résultat et a procédé à une estimation des charges d'exploitation par référence au ratio moyen charges/produits observé sur un échantillon de quatre entreprises comparables. Si la requérante soutient que la rectification du résultat fiscal de la société et, par conséquent, les distributions en découlant n'étaient pas justifiées, les documents comptables qu'elle produit pour établir le montant exact des résultats de la société ne sont pas étayés de pièces de nature à justifier la réalité des frais et charges allégués. En outre, pour contester l'estimation du bénéfice retenu par l'administration, la requérante se borne à critiquer la méthode appliquée pour estimer les charges de la société, en raison de son caractère aléatoire et de l'insuffisante prise en compte du recours à la sous-traitance, sans toutefois démontrer l'existence d'éléments ayant faussé l'évaluation de l'administration. Elle ne propose, au demeurant, aucune méthode alternative d'évaluation des charges. Il suit de là que la requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère exagéré de l'évaluation administrative du résultat fiscal de la société déménagement et transport européen SASU, ni par conséquent des distributions en découlant.

S'agissant du profit sur le Trésor réintégré aux bases d'imposition de la société déménagement et transport européen SASU :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " En cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, le supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées afférent à un exercice donné est déduit, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, des résultats du même exercice, sauf demande expresse des contribuables, formulée dans le délai qui leur est imparti pour répondre à la proposition de rectification () ". Lorsqu'un contribuable a fait l'objet de redressements en matière d'impôt sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette inférieure à celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée. Lorsqu'une entreprise procède à la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à des prestations dont elle n'établit pas la réalité, faute de présenter des factures régulières en justifiant, l'administration est en droit de procéder au rappel de taxe sur la valeur ajoutée indûment récupérée par l'entreprise et, après déduction de ce rappel de taxe sur la valeur ajoutée des bases de l'impôt sur les sociétés en application de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, de réintégrer dans les bases de l'impôt sur les sociétés un profit sur le Trésor du même montant que le rappel de taxe sur la valeur ajoutée notifié.

10. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société déménagement et transport européen SASU, l'administration a rehaussé les bases d'imposition de cette société à l'impôt sur les sociétés d'un profit sur le Trésor de même montant que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui avaient été notifiés et résultant notamment, à hauteur de 76 262 euros, de la remise en cause de sa taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre de l'année 2017. Si la requérante soutient que " lorsque les charges sont déductibles, aucun profit n'est taxable ", il est constant que la société déménagement et transport européen SASU n'a produit aucune pièce ni facture de nature à justifier de la réalité des prestations ayant donné lieu à ces déductions de taxe sur la valeur ajoutée. Par conséquent, la requérante, qui n'apporte elle-même aucun élément en ce sens à l'appui de sa requête, n'est pas fondée à soutenir que le profit sur le Trésor en cause aurait été réintégré à tort au bénéfice imposable de la société déménagement et transport européen SASU et à contester les distributions en découlant.

11. En second lieu, le moyen tiré de ce que l'administration aurait procédé à tort à la distribution sur l'année 2017 des rappels de taxe sur la valeur ajoutée concernant l'année 2016 n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit par conséquent être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui ne peut être regardé comme ayant la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme B une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B à hauteur de 3 275 euros en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé : A. Jean Le président,

Signé : N. Le Broussois

Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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