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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2009035

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2009035

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2009035
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET LAURANT ET MICHAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Hôtel Périphérique, représentée par Me Duceux et Me Le Goguiec, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge totale des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période de janvier 2015 à décembre 2016 pour un montant total, en droits et pénalités, de 113 856 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des frais irrépétibles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL Hôtel Périphérique soutient que :

- la reconstitution de recettes opérée par l'administration est aléatoire et sommaire ; en l'espèce, l'appréhension de recettes non déclarées ne peut reposer sur les déclarations de Mme C B avec laquelle le gérant, M. A D, est en très mauvais termes depuis leur séparation ; le taux d'occupation retenu par le service, à savoir 60 %, est excessif, celui-ci étant de 40 % compte tenu de la faible qualité des prestations offertes ;

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont contestés dès lors que la reconstitution de recettes l'est également ;

- concernant les impositions supplémentaires à l'impôt sur les sociétés, en raison de la contestation de l'intégralité des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, le profit sur le Trésor l'est également ; de plus, la reconstitution du chiffre d'affaires étant excessive, le rehaussement à l'impôt sur les sociétés est contesté dans sa globalité ;

- concernant les revenus distribués, ils sont contestés dans la mesure où, d'une part, l'administration se fonde exclusivement sur les procès-verbaux d'audition de M. D et où, d'autre part, l'ensemble des rectifications est fortement contesté ; de plus, à aucun moment l'administration n'a démontré la réalité de l'appréhension des sommes qualifiées de revenus distribués par M. A D ; il ne s'agit en aucun cas de revenus disponibles dans la mesure où ce dernier n'a jamais eu la libre disposition de ces sommes ;

- concernant la majoration pour manquement délibéré, l'administration fiscale n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère intentionnel des prétendus manquements opérés par la requérante ; en outre, elle n'a jamais eu la volonté de minorer les impôts dus ; enfin, la procédure menée à charge a pour but de jeter la suspicion sur sa bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales et le code général des impôts ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Freydefont, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que la société à responsabilité limitée (SARL) Hôtel Périphérique, sise au Kremlin-Bicêtre et dont l'activité consiste à exploiter un immeuble de 25 chambres affectées à la location en meublé de tourisme, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 à l'issue de laquelle elle s'est vu notifier, par proposition de rectification du 5 juin 2018 et selon la procédure de rectification contradictoire de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés pour un montant, en droits, intérêts de retard et majoration de 40 % pour manquement délibéré, de 81 427 euros au titre des exercices 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour un montant, en droits et pénalités, de 31 501 euros au titre de la période 2015-2016. Par la présente requête, la SARL Hôtel Périphérique demande la décharge totale de ces impositions supplémentaires mises en recouvrement le 31 octobre 2018.

Sur le bien-fondé des impositions litigieuses :

2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " () la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu () ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 5 juin 2018, que la comptabilité de la SARL Hôtel Périphérique a été rejetée comme insincère par le service compte tenu de l'absence de support probant de suivi des recettes journalières et de l'absence de suivi comptable des encaissements et des sorties d'espèces. Le service a donc rehaussé le chiffre d'affaires de la requérante en reconstituant ses recettes en espèces sur la base de 10 000 euros par mois. Le litige opposant la requérante à l'administration n'ayant pas été soumis à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, cette dernière supporte la charge de la preuve du bien-fondé de ces rehaussements en application de l'article L. 192 précité du livre des procédures fiscales.

4. En premier lieu, la société Hôtel Périphérique soutient que cette reconstitution de recettes opérée par le service est aléatoire et sommaire. En effet, elle fait valoir que l'appréhension de recettes non déclarées repose sur les déclarations de Mme C B, employée de l'établissement et ex-épouse du gérant, M. A D, avec laquelle celui-ci est en très mauvais termes depuis leur séparation en 2003. Toutefois, cette appréhension de recettes est corroborée par l'absence d'encaissements de recettes déclarés en comptabilité alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que la société percevait des règlements en espèces. Au surplus, les déclarations de Mme B sont en partie corroborées par celles du gérant lui-même, la seule différence entre les deux déclarants portant sur le montant desdits prélèvements en espèces, Mme B les évaluant à 15 000 euros par mois et M. D à 5 000 euros seulement. Le service a donc retenu au titre des recettes en espèces une moyenne de 10 000 euros mensuels, soit 120 000 euros annuels, auxquels s'ajoutent les autres types de règlements, compris entre 60 992 et 54 536 euros selon les années, pour obtenir le chiffre d'affaires total de 180 992 euros en 2015 et 174 536 euros en 2016, chiffre d'affaires concordant selon le service avec le taux d'occupation de la profession sur Paris et la région parisienne, à savoir 60 %. Si la société Hôtel Périphérique soutient également que le taux d'occupation retenu par le service, à savoir 60 %, est excessif, celui-ci étant de 40 % compte tenu de la faible qualité des prestations offertes ainsi qu'en témoignent les commentaires peu amènes laissés par les clients sur le site internet " booking.com ", il résulte de ce qui précède que le service n'a pas reconstitué le chiffre d'affaires de la requérante à partir de ce taux d'occupation de 60 % mais a simplement constaté que le montant des recettes reconstituées selon la méthode décrite ci-dessus était cohérent avec les données publiques relatives au secteur de l'hôtellerie, et notamment avec le taux d'occupation constaté en région parisienne. Enfin, la société requérante n'apporte aucun élément ni justificatif suffisamment étayé et probant de nature à démontrer que la méthode de reconstitution de recettes en espèces effectuée par le service serait erronée. Il résulte de ce qui précède qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la méthode de reconstitution serait excessivement sommaire ou radicalement viciée en son principe.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : () / a bis) () pour les prestations de services qui donnent lieu à l'établissement de décomptes ou à des encaissements successifs, au moment de l'expiration des périodes auxquelles ces décomptes ou encaissements se rapportent () / 2. La taxe est exigible : () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. " Aux termes de l'article 279 du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : / a. Les prestations relatives : / A la fourniture de logement dans les établissements d'hébergement ; ce taux s'applique aux locations meublées dans les mêmes conditions que pour les établissements d'hébergement () ". Il résulte de ce qui a été développé au point précédent sur le bien-fondé de la reconstitution du chiffre d'affaires total de la SARL Hôtel Périphérique que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée, calculés à partir de ces encaissements en application des dispositions précitées, sont justifiés dans leur principe et leurs montants.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises (). / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. " Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, il ne peut être soutenu par la SARL Hôtel Périphérique que les rehaussements à l'impôt sur les sociétés ne sont pas fondés dans leur globalité compte tenu de sa contestation de la reconstitution de son chiffre d'affaires.

7. En quatrième lieu, lorsqu'un contribuable a fait l'objet de redressements en matière d'impôt sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette inférieure à celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée. Il résulte de ces principes et du bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée que la SARL Hôtel Périphérique n'est pas fondée à soutenir qu'en raison de la contestation de l'intégralité des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, la réintégration du profit sur le Trésor correspondant à son résultat imposable n'est pas justifiée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ". Il résulte de la proposition de rectification du 5 juin 2018 que le service a considéré les rehaussements au titre des encaissements en espèces, de 10 000 euros par mois, comme des revenus réputés distribués en application du c de l'article 111 précité du code général des impôts et M. A D comme le bénéficiaire de ces distributions pour les années 2015 et 2016. La requérante soutient que ces distributions sont contestées dans la mesure où, d'une part, l'administration se fonde exclusivement sur les procès-verbaux d'audition de M. A D et où, d'autre part, l'ensemble des rectifications est fortement contesté. Elle fait également valoir qu'à aucun moment l'administration n'a démontré la réalité de l'appréhension des sommes qualifiées de revenus distribués par M. A D et qu'il ne s'agit en aucun cas de revenus disponibles dans la mesure où ce dernier n'a jamais eu la libre disposition de ces sommes. En tout état de cause, la requérante ne peut utilement soutenir que c'est à tort que le service a regardé les recettes en espèces éludées comme constituant des revenus distribués dès lors que les impositions supplémentaires qui en résultent ne sont pas l'objet du présent litige, le cadre de celui-ci étant limité à des rehaussements à l'impôt sur les sociétés et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée.

Sur la majoration de 40 % pour manquement délibéré :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () " Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".

10. Il résulte de l'instruction que le service a appliqué la majoration de 40 % pour manquement délibéré du a de l'article 1729 précité au rehaussement en droits à l'impôts sur les sociétés et aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La SARL Hôtel Périphérique conteste l'application de cette majoration en soutenant que l'administration fiscale n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère intentionnel des prétendus manquements opérés par elle. Elle fait également valoir qu'elle n'a jamais eu la volonté de minorer les impôts dus et que la procédure menée à charge a pour but de jeter la suspicion sur sa bonne foi. Toutefois, la dissimulation de recettes, de 120 000 euros par an, équivaut aux deux tiers du chiffre d'affaires global de la requérante ; de plus, cette dissimulation a été constatée sur deux années consécutives ; enfin, M. A D, gérant de la SARL, a reconnu lors des auditions avoir délibérément prélevé ces sommes dans un but d'usage personnel aux fins de réaliser des investissements personnels et de subvenir aux besoins de sa famille au Maroc. Par ces éléments, l'administration sur qui pèse la charge de la preuve en application de l'article L. 195 A précité du livre des procédures fiscales, démontre le caractère délibéré des manquements constatés de la part de la société Hôtel Périphérique.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquelles la SARL Hôtel Périphérique a été assujettie doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Hôtel Périphérique est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Hôtel Périphérique et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé : C. Freydefont

Le président,

Signé : N. Le Broussois Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour exécution conforme,

Le greffier,

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