lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2009171 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre, JU |
| Avocat requérant | LE DALL JEAN-BAPTISTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 novembre 2020 et le 6 mai 2021, M. A B, représenté par Me Le Gall, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur (Bureau National des Droits à Conduire) a rejeté sa demande formée le 7 août 2020 et réceptionnée par l'administration le 11 août 2020 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur (Bureau National des Droits à Conduire) de revalider son permis de conduire français, de lui restituer son permis de conduire français et de supprimer toute mention de l'échange dudit permis de conduire français contre un permis de conduire anglais, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur (Bureau National des Droits à Conduire) d'avertir les autorités anglaises de l'usurpation d'identité ayant donné lieu à l'échange de ce permis de conduire afin qu'il soit procédé à l'invalidation du permis usurpé délivré au Royaume-Uni ;
4°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une carte d'aptitude physique à la conduite pour l'activité professionnelle de conducteur de voiture avec chauffeur ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de
l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient n'avoir appris l'existence d'un échange à l'étranger de son permis de conduire, qui aurait été effectué le 20 mai 2007, à l'occasion d'une demande administrative auprès de la préfète du Val-de-Marne visant à la délivrance d'une carte d'aptitude physique à la conduite pour l'activité professionnelle de conducteur de voiture avec chauffeur ; il a été uniquement informé par un courrier du 15 mai 2020 de la préfète du Val-de-Marne qu'eu égard à deux excès de vitesse commis en 2011 et 2018, il était dans l'obligation de procéder à l'échange de son permis étranger en permis français et qu'il ne disposait d'aucun droit à conduire en France.
Il soutient, en outre, que :
- la décision de rejet implicite de sa demande est entachée d'une erreur de fait puisqu'il n'a jamais demandé l'échange de son permis de conduire ; il est titulaire du permis de conduire n°06BU15592 délivré le 12 septembre 2006, que ce permis lui a été délivré à la suite d'une perte de ses documents d'identité, dont son permis de conduire, en date du 12 juillet 2006, qu'il a fait l'objet depuis lors d'une unique verbalisation pour un excès de vitesse en 2017 et qu'il n'avait alors jamais été informé de l'existence d'un échange de permis de conduire pour un permis anglais, que les différents courriers reçus relatifs à ses amendes ou à la restitution de ces points n'ont jamais mentionnés un permis anglais, et ce jusqu'en 2019 ;
- l'intéressé est placé dans une situation d'inégalité vis-à-vis des administrés français ou non, titulaire d'un permis français, puisque son permis de conduire a été injustement et frauduleusement échangé.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que seul le préfet du département du domicile du demandeur tendant à la délivrance d'une carte professionnelle de conducteur de voiture avec chauffeur, peut de prononcer sur un tel litige qui est distinct du litige portant sur l'octroi ou l'invalidation d'un permis de conduire.
Il fait valoir, en outre, que :
- la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur de fait ; l'échange du permis de conduire français contre un permis de conduire anglais a bien été enregistré par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 17 juillet 2007 ; le requérant a bien commis deux infractions les 18 juillet 2011 et 6 septembre 2018 sur le territoire français ;
- l'intéressé ne disposant plus de droit à conduire sur le territoire français, M. B est dans l'obligation de procéder à une nouvelle demande d'échange de son permis de conduire anglais contre un permis français.
Par une lettre du 7 mai 2021, le Tribunal a communiqué l'ensemble des pièces de la procédure au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense ni de bordereau de pièces.
Par une ordonnance du 21 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2022 à 12 heures.
Par une lettre du 21 novembre 2022, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du 11 octobre 2020 dès lors qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante.
Des observations en réponse au moyen relevé d'office présentées par M. B ont été enregistrées le 21 novembre 2022 et ont été communiquées au ministre de l'intérieur et au préfet du Val-de-Marne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Après avoir passé le 20 février 2020 un contrôle médical, M. B a sollicité du préfet du Val-de-Marne la délivrance d'une carte professionnelle de chauffeur de " voiture de tourisme avec chauffeur ". Par une décision du 15 mai 2020, le préfet du Val-de-Marne a rejeté sa demande au motif qu'il ne disposait pas de droit à conduire en France puisqu'à la suite des infractions d'excès de vitesse commises les 18 juillet 2011 et 6 septembre 2018, il aurait dû échanger son permis de conduire anglais contre un permis de conduire français. Par une lettre du 27 mai 2020, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision en soutenant qu'il est toujours titulaire d'un permis de conduire français doté d'un solde de 12 points, en niant être titulaire d'un permis de conduire anglais et en contestant avoir commis des infractions reprochées les 18 juillet 2011 et 6 septembre 2018. Par une décision du 28 juin 2020, le préfet du Val-de-Marne a confirmé le rejet de la demande de carte professionnelle de chauffeur de " voiture de tourisme avec chauffeur " en lui confirmant que son permis de conduire français 06BU15598 a bien été échangé contre un permis de conduire anglais, qu'il devait échanger ce permis de conduire dès lors qu'il reconnaît au moins une perte de points consécutive à une infraction au code de la route, et qu'il ne dispose plus du droit à conduire un véhicule en France tant qu'il n'a pas procédé à un nouvel échange de permis de conduire. Par une lettre du 7 août 2020, reçue le 11 août 2020 par l'administration, M. B a présenté une demande au ministre de l'intérieur (Bureau National des Droits à Conduire) tendant à la " revalidation " de son permis de conduire français et à l'annulation de l'échange opéré par les autorités britanniques afin de pouvoir jouir à nouveau de ses droits à conduire sur le territoire français. Le silence conservé par le ministre pendant une durée de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande présentée au ministre de l'intérieur.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision implicite du ministre de l'intérieur en tant qu'elle rejette sa demande de " revalidation " du permis de conduire français :
2. Aux termes de l'article 434-23 du code pénal : " Le fait de prendre le nom d'un tiers, dans des circonstances qui ont déterminé ou auraient pu déterminer contre celui-ci des poursuites pénales, est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Nonobstant les dispositions des articles 132-2 à 132-5, les peines prononcées pour ce délit se cumulent, sans possibilité de confusion, avec celles qui auront été prononcées pour l'infraction à l'occasion de laquelle l'usurpation a été commise. Est punie des peines prévues par le premier alinéa la fausse déclaration relative à l'état civil d'une personne, qui a déterminé ou aurait pu déterminer des poursuites pénales contre un tiers. ".
3. Aux termes de l'article R. 222-2 du code de la route : " () Toute personne ayant sa résidence normale en France, titulaire d'un permis de conduire national délivré par un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen, en cours de validité dans cet Etat, peut, sans qu'elle soit tenue de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3, l'échanger contre le permis de conduire français selon les modalités définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. L'échange d'un tel permis de conduire contre le permis français est obligatoire lorsque son titulaire a commis, sur le territoire français, une infraction au présent code ayant entraîné une mesure de restriction, de suspension, de retrait du droit de conduire ou de retrait de points. Cet échange doit être effectué selon les modalités définies par l'arrêté prévu à l'alinéa précédent, aux fins d'appliquer les mesures précitées. Le fait de ne pas effectuer l'échange de son permis de conduire dans le cas prévu à l'alinéa précédent est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe. ()".
4. M. B allègue qu'il n'a jamais procédé à un échange de son permis de conduire français contre un permis de conduire anglais et qu'il n'a jamais vécu au Royaume-Uni. En outre, le requérant ajoute qu'il dispose toujours de son permis de conduire français et qu'il est victime d'une situation " inextricable et ubuesque " qui semble davantage " ressortir de la fiction que de la réalité ".
5. En premier lieu, d'une part, il ressort des relevés d'information intégral édités
les 4 juin 2020 et 29 avril 2021 versés au débat par le requérant et le ministre de l'intérieur
que M. B s'est vu délivrer par le sous-préfet d'Antony le 5 juillet 2002 un premier permis de conduire français n° TU13098, par le préfet de la Seine Saint Denis le 16 décembre 2005 un deuxième permis de conduire français n° FG44810 et à nouveau par le préfet de la Seine Saint Denis le 12 septembre 2006 un troisième permis de conduire français 06BU15598. En outre, ces deux relevés précisent qu'un échange de permis de conduire a été réalisé au Royaume-Uni avant d'être enregistré en préfecture de la Seine Saint Denis le 20 mai 2007. D'autre part, il ressort de la décision référencée " 46D " du 10 mars 2018 que le ministre de l'intérieur a constaté qu'en raison de l'absence d'infraction au code de la route pendant six mois postérieurement à celle commise le 2 juillet 2017 à 3h44 à La Courneuve l'intéressé a bénéficié de l'attribution d'un point sur ledit solde. De même, il ressort de la décision référencée " 46E " du 7 septembre 2019 que le ministre de l'intérieur a constaté qu'en application des dispositions du premier alinéa de
l'article L. 223-6 du code de la route, il était procédé à la reconstitution de son capital de points à hauteur de douze points en raison de ce qu'il n'a pas commis d'infraction entre
le 6 septembre 2017 et le 6 septembre 2019. De plus, il ressort de l'avis de contravention
du 17 octobre 2017 que M. B s'est vu reprocher la commission d'une infraction d'excès de vitesse constatée par un agent de la force publique le 17 septembre 2017 à 15h03 l'ayant exposé à un retrait d'un point sur le solde de son permis de conduire. Ainsi, en dépit de l'enregistrement de ces nombreux mouvements d'octroi et d'échange de permis de conduire qui auraient dû s'achever par la clôture du solde de points afférent au permis de conduire de M. B, ce dernier doit être regardé comme apportant la preuve qu'il dispose d'un solde de point positif lui permettant de conduire régulièrement sur le territoire français.
6. En second lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des échanges électroniques entre le Bureau National des Droits à Conduire et son homologue britannique en date des 15 et 20 avril 2021 qu'une personne s'étant prévalue de l'identité " Gai Raymond B " né le 29 mars 1976 et porteur d'un titre n° 000792100533 a obtenu l'échange d'un permis de conduire français contre un permis de conduire anglais le 3 mars 2007. D'autre part, M. B produit au dossier une pièce-justificative n° 9 jointe à sa requête qui est une photocopie du permis de conduire n° 06BU15598 délivré le 12 septembre 2006 par le préfet de la Seine Saint Denis. Or, dans son mémoire en défense, le ministre de l'intérieur n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette production. Ainsi, M. B doit être regardé comme apportant la preuve de sa détention matérielle du permis de conduire qui lui a été délivré le 12 septembre 2006. Enfin, il ressort expressément de la décision du 8 juin 2020, par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté le recours gracieux tendant à l'obtention d'une carte professionnelle de conducteur d'une " voiture de tourisme avec chauffeur ", que le titre de conduite n° 06BU15598 a été invalidé à la suite de l'échange réalisé par les autorités britanniques qui a été enregistré dans le fichier national des permis de conduire en date du 20 mai 2007. Ainsi, M. B doit être regardé comme apportant la preuve que son permis de conduire français a été invalidé par les services du ministre de l'intérieur.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B doit être regardé comme ayant démontré qu'il dispose d'un permis de conduire français pourvu d'un solde de points positifs qui a été invalidé par le ministre de l'intérieur en raison de l'échange d'un permis de conduire français contre un permis de conduire anglais le 3 mars 2007 par les autorités britanniques, à l'initiative d'une personne se présentant comme étant M. A D B ressortissant français né le 29 mars 1976.
8. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que bien avant l'exécution de cet échange le 3 mars 2007 par les autorités britanniques, M. B avait déclaré au commissariat de Pantin le 12 juillet 2006 la perte de son titre de conduite. De même, le requérant avait dès
le 29 juillet 2006 porté plainte pour usurpation d'identité, en précisant qu'il avait été victime les 10 et 11 juillet 2006 de trois utilisations frauduleuses de son chéquier pour des valeurs
de 400 euros, 109 euros, et 144,51 euros. De plus, si M. B s'est vu délivrer le 12 septembre 2006 un troisième permis de conduire français 06BU15598 par le préfet de la Seine Saint Denis, il ressort des pièces du dossier qu'il a continué de dénoncer aux autorités policière de 2006 à 2008 plusieurs usurpations de son identité dont il aurait fait l'objet consistant en une ouverture frauduleuse de ligne téléphonique sous son identité, en une ouverture frauduleuse d'un compte bancaire sous son identité, et en une souscription frauduleuse d'un crédit sous son identité. Enfin, M. B verse au débat une lettre du 21 juillet 2008 par laquelle le responsable du service des fichiers des incidents de paiement relatifs aux particulier qui a été saisi par ses soins du requérant
le 18 mai 2007. Cette lettre a informé le requérant qu'après une enquête menée auprès des établissements à l'origine de l'inscription de ses coordonnées dans le fichier central des chèques tenu par la Banque de France, le responsable du service précité a conclu que son inscription sur un tel fichier est dû à une " escroquerie " dont le requérant a été victime. En conséquence, ce chef de service lui a remis un document à présenter à tous les établissements auprès desquels le requérant dispose de comptes bancaires afin que ces derniers suppriment les coordonnées bancaires
de M. B de leurs déclarations au fichier national des chèques irréguliers puisqu'il a été victime d'une usurpation de son identité. Il ressort de l'ensemble de ces éléments que M. B doit être regardé comme apportant des éléments suffisants constituant, en l'absence de toute décision à caractère pénal, un faisceau d'indices permettant de considérer qu'il a été victime d'une usurpation d'identité au cours des années 2006 à 2008, au moins sur le territoire français. Or, le ministre de l'intérieur en défense n'apporte pas d'élément de nature à considérer que l'intéressé n'aurait pas été victime d'une usurpation d'identité sur le territoire du Royaume-Uni au cours de l'année 2007. Par suite, M. B doit être regardé comme ayant apporté la preuve de la véracité de ses allégations.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur en tant qu'elle a refusé de " revalider " son permis de conduire français.
En ce qui concerne la décision implicite du ministre de l'intérieur en tant qu'elle rejette sa demande d'annulation de la décision des autorités britanniques qui ont procédé à l'échange de son permis de conduire français :
10. M. B conteste la décision implicite de refus d'annulation de la décision des autorités britannique qui ont procédé à l'échange de son permis de conduire français contre un permis de conduire anglais. Toutefois, l'octroi ou le refus d'octroi d'un permis de conduire anglais contre le permis de conduire d'un pays tiers incombe aux seules autorités britanniques. Par suite, M. B ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'il a été victime d'une usurpation d'identité pour demander au ministre de l'intérieur français l'annulation d'une décision appartenant aux autorités souveraines d'un ancien état membre de l'Union européenne.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur en tant qu'elle a refusé d'annuler la décision des autorités britanniques ayant procédé à l'échange de son permis de conduire français contre un permis de conduire anglais.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. En premier lieu, d'une part, eu égard aux motifs du présent jugement qui annule la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de " revalider " le permis de conduire français de M. B, il est enjoint à l'autorité ministérielle de procéder à la " revalidation " du permis de conduire français du requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. D'autre part, et par voie de conséquence, il y a également lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur en sa qualité de responsable du traitement du fichier national du permis de conduire de procéder à la suppression de la mention de l'échange du permis de conduire français de M. B contre un permis de conduire anglais, dans les mêmes conditions de délai. En revanche, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait remis à l'administration le permis de conduire français dont il a la détention matérielle, il n'y a pas lieu d'enjoindre au ministre de lui restituer ledit permis de conduire français.
13. En deuxième lieu, si les autorités nationales ne sauraient annuler une décision des autorités souveraines d'un ancien état membre de l'Union européenne, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'avertir les autorités britanniques que M. B doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une usurpation d'identité ayant donné lieu à l'échange de ce permis de conduire français contre un permis de conduire anglais dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
14. En troisième lieu et dernier lieu, le présent jugement qui annule la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de " revalider " le permis de conduire français de M. B n'implique pas qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte professionnelle de conducteur d'une " voiture de tourisme avec chauffeur ". En tout état de cause, la demande de " revalidation " d'un permis de conduire français et la demande de délivrance d'une carte professionnelle de conducteur de " voiture de tourisme avec chauffeur " n'entretiennent pas de lien suffisant entre elles, si bien que les conclusions par lesquelles M. B demande au Tribunal d'enjoindre au préfet de lui délivrer une telle carte professionnelle relèvent d'un litige distinct.
Sur les frais d'instance :
15. L'article L. 761-1 du code de justice administrative dispose que : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat qui est, dans la présente instance, la partie perdante, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La décision implicite du ministre de l'intérieur est annulée en tant qu'elle a refusé de " revalider " le permis de conduire français de M. B.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la " revalidation " du permis de conduire français de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur en sa qualité de responsable du traitement du fichier national du permis de conduire de procéder à la suppression de la mention de l'échange du permis de conduire français de M. B contre un permis de conduire anglais dans ce fichier dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur d'avertir les autorités britanniques que M. B doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une usurpation d'identité ayant donné lieu à l'échange de ce permis de conduire français contre un permis de conduire anglais dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
S. C
La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2009171
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026