mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2009805 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre, JU |
| Avocat requérant | IOSCA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision SI du 23 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;
2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 6 août 2017, 13 novembre 2018, 25 mars 2019, 5 juillet 2019, 18 août 2019 et 29 juin 2019,
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées préalablement aux décisions de retrait ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions relatives à la décision 48 SI et aux décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 5 juillet 2019, 18 août 2019, 25 mars 2019 et 6 août 2017 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision 48SI du 23 octobre 2020, un retrait de point consécutif à une infraction du 5 juillet 2019 et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 18 août 2019, 25 mars 2019 et 6 août 2017 sont sans objet dès lors que le relevé d'information intégral ne fait aucun mention d'une décision 48 SI ou d'une infraction commise le 5 juillet 2019, fait état d'un permis validé doté de trois points et que les points retirés à la suite des infractions des 18 août 2019, 25 mars 2019 et 6 août 2017 ont été restitués les 5 mai 2020, 14 novembre 2019 et 5 juin 2018.
- les moyens de la requête concernant les autres décisions ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande l'annulation de la décision 48 SI du 31 juillet 2020 invalidant son permis de conduire ainsi que des décisions de retraits de points effectués sur son permis de conduire à la suite d'infractions commises les 6 août 2017, 13 novembre 2018, 25 mars 2019, 29 juin 2019, 18 août 2019 et 5 juillet 2019, qui y sont mentionnées.
Sur l'étendue du litige :
2. Le relevé d'information intégral édité le 13 avril 2021 relatif au permis de conduire de M. B, produit par l'administration et dont les mentions ne sont pas contestées, ne fait état d'aucune décision 48 SI ni d'aucune infraction commise le 5 juillet 2019. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant retiré la décision 48 SI du 23 octobre 2020 litigieuse ainsi que la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 5 juillet 2019 qui y figure. Par ailleurs, il ressort du même relevé d'information intégral que les points retirés à la suite des infractions constatées le 6 août 2017, 25 mars 2019 et 18 août 2019 ont été restitués. Par suite, les décisions de retraits de points consécutives à ces infractions doivent être regardées comme ayant été retirées. Il résulte de ce qui précède que le ministre de l'intérieur est fondé à faire valoir que les conclusions aux fins d'annulation de la décision 48 SI du 23 octobre 2020 et des décisions de retraits de points prises à la suite des infractions constatées les 5 juillet 2019, 6 août 2017, 25 mars 2019 et 18 août 2019 ainsi que les conclusions aux fins d'injonction qui s'y rapportent sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne l'infraction constatée le 13 novembre 2018 :
3. D'une part, il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
4. En l'espèce, le ministre de l'intérieur produit, en ce qui concerne l'infraction constatée le 18 novembre 2018, une attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement le 17 août 2020, de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'avis de contravention au code de la route. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant été destinataire de cet avis d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors
que M. B n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis à cette occasion, que celui-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de cette amende.
5. D'autre part, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".
6. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, le contrevenant peut soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration ".
7. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
8. En l'espèce, il ressort du relevé intégral du permis de conduire de M. B, édité le 13 avril 2021, que l'infraction constatée le 13 novembre 2018 a donné lieu à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée et, ainsi qu'il a été dit précédemment, le ministre justifie du paiement de cette amende majorée le 17 août 2020. Il s'ensuit que l'administration apporte la preuve de la réalité de cette infraction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité de cette infraction doit être écarté.
En ce qui concerne l'infraction constatée le 29 juin 2019 :
9. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
10. Par ailleurs, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
11. Enfin, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.
12. Toutefois, en l'espèce, s'il ressort des mentions du relevé d'information intégral produit par l'administration que l'infraction commise le 29 juin 2019 a été relevée par procès-verbal électronique et qu'elle a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, le ministre n'établit pas la notification régulière de l'avis d'amende forfaitaire majorée ni son paiement. La seule production de la copie du procès-verbal électronique, dépourvue de la signature du requérant et de la mention d'un éventuel refus de signer, de l'annexe à ce procès-verbal mentionnant la possibilité d'un retrait de trois points, et d'un " historique des documents émis " dont il résulte que l'avis de contravention n'a pas fait l'objet d'un retour avec la mention " n'habite plus à l'adresse indiquée " ne suffisent pas à établir que le requérant aurait effectivement reçu cet avis de contravention. Par ailleurs, à défaut d'établir que le requérant aurait été informé de la qualification de l'infraction litigieuse, l'administration ne peut utilement se prévaloir que les informations requises auraient été notifiées à l'intéressé lors d'infractions précédemment commises. Par suite, le ministre de l'intérieur n'établit pas que M. B aurait effectivement reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 222-3 du code de la route.
13. Il résulte de tout ce qui précède que seule la décision de retrait de trois points consécutive à l'infraction constatée le 29 juin 2019 doit être annulée. Cette annulation implique que le ministre restitue les trois points illégalement retirés sur le permis de conduire de M. B, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de point ultérieures prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au ministre de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E:
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées 5 juillet 2019, 6 août 2017, 25 mars 2019 et 18 août 2019 et de la décision 48 SI du 30 juillet 2020 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B et en demande la restitution, ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction s'y rapportant.
Article 2 : La décision retirant trois points du permis de conduire de M. B à la suite de la constatation de l'infraction du 29 juin 2019 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les trois points illégalement retirés par la décision annulée à l'article 2 ci-dessus, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La présidente du tribunal,
C. CLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026