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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010058

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010058

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 décembre 2020, le 14 septembre 2023 et le 18 septembre 2023, M. C... B..., représenté par la SELARL Modere et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal de Créteil et l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme totale de 80 564,90 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge le 25 mars 2002 au centre hospitalier intercommunal de Créteil ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Créteil et de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris les dépens ainsi que la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier intercommunal de Créteil et de l’AP-HP est engagée à raison de la pose d’une couche trop serrée par un auxiliaire de puériculture;
- la faute du centre hospitalier intercommunal de Créteil et de l’AP-HP doit être regardée comme étant à l’origine, à hauteur de 50 %, de la survenue de la thrombose dont il a souffert dans la période néonatale ;
- il est ainsi fondé à demander réparation de 50 % de son préjudice personnel qui sera évalué à hauteur des sommes suivantes : 16 985 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 8 000 euros au titre des souffrances endurées, 3 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 25 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 5 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent et 10 000 euros au titre du préjudice d’agrément ;
- il est également fondé à demander réparation de 50 % son préjudice patrimonial qui sera évalué à hauteur des sommes suivantes : 77 234,80 euros au titre des frais de véhicule adapté et 15 000 euros au titre de l’incidence professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 juillet 2023 et le 15 septembre 2023, le centre hospitalier intercommunal de Créteil, représentée par Me Boileau conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, à ce que le tribunal retienne que sa responsabilité est engagée à hauteur de 15 % des dommages subis par M. B... et que la condamnation prononcée à son encontre soit limitée à la somme totale de 8 446,10 euros.

Il soutient que :
- la pose d’une couche n’est pas un acte de diagnostic, de prévention ou de soins et n’est donc pas susceptible d’engager sa responsabilité pour faute prévue par l’article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- aucun lien de causalité direct et certain, ni aucune perte de chance n’est établie entre la pose incorrecte de la couche et la thrombose dont a souffert le requérant ;
- à titre subsidiaire, la maladresse dans l’acte de puériculture est tout au plus un facteur déclenchant d’une pathologie familiale héréditaire qui ne pourrait être tenue responsable qu’à hauteur de 15 % du dommage ;
- les demandes au titre des frais de véhicule adapté, d’incidence professionnelle et de préjudice d’agrément doivent être rejetés en l’absence de justificatifs et les sommes venant en réparation des autres chefs de préjudice doivent être réduites à de plus juste proportions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, l’Assistance publique-hôpitaux de Paris, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- le centre hospitalier intercommunal de Créteil est un établissement public de santé distinct de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris ;
- aucune faute n’a été retenue par l’expert concernant sa prise en charge par l’hôpital Armand-Trousseau.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, qui n’a pas produit de mémoire.


Vu :
- l’ordonnance n° 1803074 du 6 octobre 2020, par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de M. A..., expert, à la somme de 4 104 euros ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère
- et les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

Le 22 mars 2002, M. B... est né à la maternité du centre hospitalier intercommunal de Créteil. Le 25 mars 2002, le nouveau-né a présenté une cyanose bilatérale des membres inférieurs. A l’occasion de deux hospitalisations à l’hôpital Armand-Trousseau du 6 avril au 8 avril 2002 puis du 11 avril 2002 au 22 avril 2002, les médecins ont diagnostiqué une thrombose étendue de la veine cave inférieure sous le foie, des veines iliaques et fémorales communes. Après avoir obtenu la désignation d’un expert devant le juge des référés, M. B... demande au tribunal de condamner le centre hospitalier intercommunal de Créteil et l’Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables de cette thrombose.


Sur la responsabilité du centre hospitalier intercommunal de Créteil :

D’une part, aux termes du I de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique : « Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ».

D’autre part, la pose d’une couche sur un nouveau-né, s’il est établi qu’elle est le fait d’un personnel relevant de l’établissement public de santé dans lequel il est pris en charge, doit être regardée comme un geste courant à caractère bénin dont les conséquences dommageables, lorsqu’elles sont sans rapport avec l’état initial du nouveau-né, font présumer l’existence d’une faute dans l’organisation ou le fonctionnement du service.

Il résulte de l’instruction que le 25 mars 2002, M. B..., alors âgé de 3 jours, a été placé sous photothérapie de 1 heure 30 à 5 heures 30 à la maternité du centre hospitalier intercommunal de Créteil, qu’à 10 heures, un médecin a constaté que les membres inférieurs du nouveau-né étaient cyanosés et que, à la suite du retrait de la couche particulièrement serrée que l’enfant portait, ses jambes ont repris leur aspect habituel. L’expert désigné par le juge des référés a conclu que la thrombose diagnostiquée quelques jours plus tard lors de l’hospitalisation de l’enfant à l’hôpital Armand-Trousseau s’était certainement constituée dans la nuit du 24 au 25 mars 2002 et que la couche trop serrée avait très vraisemblablement participé au ralentissement circulatoire et à la formation d’un caillot sanguin.

Toutefois, il ne résulte pas de l’instruction que la pose de la couche ait été le fait d’un personnel du centre hospitalier intercommunal de Créteil, les déclarations en ce sens des parents du requérant n’étant corroborées par aucun autre élément du dossier. Par suite, M. B... n’est pas fondé à demander à rechercher la responsabilité du centre hospitalier intercommunal de Créteil.


Sur la responsabilité de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris :

Il résulte de l’instruction, notamment du rapport de l’expert désigné par le juge des référés, qu’aucun manquement ni négligence ne peut être imputé à l’hôpital Armand-Trousseau qui a pris en charge M. B... du 6 avril au 8 avril 2002 puis du 11 avril au 22 avril 2002. Au demeurant, M. B... ne se prévaut d’aucun manquement lié à sa prise en charge par ledit hôpital. Par suite, le requérant n’est pas davantage fondé à rechercher la responsabilité de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris.

Sur les frais liés au litige :

En premier lieu, aux termes de l’article R. 761-1 du code de justice administrative : « les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties (…) ». L’article R. 621-13 du même code prévoit que : « Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal (…) en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (…) Dans le cas où les frais d’expertise mentionnés à l’alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l’ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance (…) ».

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre les frais de l’expertise de M. A..., expert désigné par le juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 4 104 euros à la charge définitive de M. B....

En second lieu, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier intercommunal de Créteil et de l’AP-HP qui ne sont pas, dans la présente instance, tenues aux dépens, la somme que M. B... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de M. B... la somme que demande le centre hospitalier intercommunal de Créteil au même titre.



D E C I D E:


Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.

Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.

Article 3 : Les frais de l’expertise confiée à M. A..., liquidés et taxés à 4 104 euros par l’ordonnance n° 1803074 du 6 octobre 2020, sont mis à la charge définitive de M. B....

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier intercommunal de Créteil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., au centre hospitalier intercommunal de Créteil, à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d’assurance maladie du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,



F. Bouchet
Le président,



T. Gallaud


Le président,



T. Gallaud


La greffière,



L. Potin

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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