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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010326

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010326

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010326
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTOURROU PHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 décembre 2020 et le 2 avril 2021, M. et Mme C A, représentés par Me Tourrou, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification datée du 31 janvier 2020 n'a pas été envoyée à leurs adresses déclarées ; si un courrier électronique a été envoyé à leur conseil via la plateforme Escale, ce dernier n'avait pas reçu mandat pour recevoir la proposition de rectification ;

- ils n'ont pas été informés, dans la proposition de rectification, de la teneur et de l'origine des informations obtenus de tiers et ont ainsi été privés de la garantie visée au premier alinéa de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- la procédure de taxation d'office n'était pas applicable aux revenus d'origine indéterminée dès lors qu'ils ont déposé des déclarations de revenus séparées dans les trente jours de la notification de la mise en demeure ; à titre subsidiaire, la déclaration déposée par M. A doit être considérée comme une déclaration commune ;

-la proposition de rectification ne précise pas la nature ni la catégorie de revenus dans laquelle sont imposés les crédits bancaires, en méconnaissance de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales et de la garantie prévue à l'article L. 57 du même code ;

-la motivation de la proposition de rectification concernant les bénéfices non commerciaux (BNC) est insuffisante au regard des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- les crédits bancaires imposés comprenant les BNC déclarés, ces derniers ont donc fait l'objet d'une double imposition.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 février 2021 et le 7 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

16 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Nkot Mapouma, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle à l'issue duquel leur ont été notifiées des cotisations d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales au titre de l'année 2017, et la majoration prévue par l'article 1728 1. b du code général des impôts. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal la décharge des impositions mises à leur charge ainsi que des majorations correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Pour être régulière, la proposition de rectification adressée au contribuable en application de ces dispositions doit être notifiée à la dernière adresse qu'il a officiellement communiquée à l'administration fiscale. En cas de changement de domicile, il appartient au contribuable d'établir qu'il a fait les diligences nécessaires pour informer l'administration de sa nouvelle adresse.

3. D'autre part, aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " 1. () Sauf application des 4 et 5, les personnes mariées sont soumises à une imposition commune pour les revenus perçus par chacune d'elle () ; cette imposition commune est établie au nom de l'époux, précédée de la mention " Monsieur ou Madame " / () 4. Les époux font l'objet d'impositions distinctes :/ a. Lorsqu'ils sont séparés de biens et ne vivent pas sous le même toit ; () ". Et aux termes de l'article L 54 A du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions des articles L 9 et L 54, chacun des époux a qualité pour suivre les procédures relatives à l'impôt dû à raison de l'ensemble des revenus du foyer. Les déclarations, les réponses, les actes de procédures faits par l'un des conjoints ou notifiés à l'un deux sont opposables de plein droit à l'autre ". Il résulte des dispositions précitées du code général des impôts que des époux ayant la qualité de codébiteurs solidaires de l'impôt sur le revenu sont réputés se représenter mutuellement dans les instances relatives à la dette fiscale.

4. Les requérants soutiennent n'avoir pas été destinataires de la proposition de rectification datée du 31 janvier 2020, envoyée au 70, avenue Foch, 75016 Paris, mais qui aurait dû être envoyée au 3708 Galloway lane, 75007 Carollton Texas (Etats-Unis), adresse indiquée par M. A dans sa déclaration de revenu pour 2017 reçue par le service le 27 mars 2019, et à l'adresse indiquée par Mme A dans son courrier envoyé au service le 4 juin 2019, qui y précisait résider depuis le 18 mai 2018 Calle Los Naranjos 47, Urbanisation Santa Rosa, Mijas, Malaga, 29650 Espagne.

5. Il résulte toutefois de l'instruction que le changement d'adresse de Mme A " depuis le 18 mai 2018 " est contredit par les mentions de l'acte de vente du bien immobilier appartenant à la SCI Monakab situé à Dagny (Seine-et-Marne), que les requérants ont déclaré comme leur résidence principale au jour de la vente, le 18 décembre 2018. Par ailleurs, il est constant que l'avis d'examen de leur situation fiscale personnelle, que les requérants ne soutiennent pas n'avoir pas effectivement reçu, a été envoyé à leur adresse de Dagny le

18 février 2019. S'ils ont par la suite informé le service de changements d'adresse, à destination des Etats-Unis pour M. A, et de l'Espagne pour Mme A, le service a ainsi pu, face à ces informations contradictoires, rechercher l'adresse effective des contribuables, notamment en interrogeant le receveur des postes de Dagny, qui a indiqué le 5 juillet 2019 le 70 avenue Foch à Paris comme l'adresse de réexpédition du courrier envoyé à leur adresse de Dagny. Or, le service a notamment envoyé à cette dernière adresse un courrier par lettre recommandée le

6 juillet 2019, qui est revenu avec la mention " pli avisé non réclamé ", et non avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse indiquée ", de sorte que le service a pu en déduire qu'il s'agissait de l'adresse effective des contribuables. Par ailleurs, alors que les recherches du service effectuées le 14 avril 2019 n'ont pas permis de confirmer que M. A résidait effectivement aux Etats-Unis, le receveur des postes de Paris a confirmé le 19 novembre 2019 que l'adresse du 70 avenue Foch à Paris était à cette date utilisée par les contribuables, et qu'ils ne faisaient pas suivre leur courrier à une autre adresse. M. et Mme A n'ayant apporté aucune nouvelle information entre cette date et l'envoi de la proposition de rectification, et les requérants ne contestant pas sérieusement qu'ils vivaient sous le même toit au cours de l'année d'imposition en litige, il en résulte que la proposition de rectification a été régulièrement notifiée à M. ou Mme A au 70 avenue Foch à Paris. La circonstance que cette proposition de rectification a également été envoyée au conseil de M. et Mme A via la plateforme Escale est à cet égard indifférente.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

7. Si les requérants font grief au service de ne les avoir pas informés de la teneur et de l'origine des documents communiqués par la Poste, de ceux résultant de la consultation des bases de données DB, VD Orbis, opencorporates.com, et du site internet info-clipper.com, il résulte de l'instruction que ces éléments n'ont permis que de déterminer l'adresse d'envoi de la proposition de rectification, et non de fonder l'imposition litigieuse. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée (ROI) :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus ou qui n'ont pas déclaré, en application des articles 150-0 E et 150 VG du code général des impôts, les gains nets et les plus-values imposables qu'ils ont réalisés, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 ; / () ". Aux termes de l'article L. 67 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ".

9. Si les requérants font valoir qu'ils ont déposé chacun le 27 mars 2019 une déclaration de revenus dans le délai de trente jours suivant la notification de la mise en demeure envoyée le 27 février 2019, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que, mariés depuis 2016 et ne contestant pas sérieusement avoir vécu sous le même toit au cours de l'année 2017, ils étaient soumis à une déclaration commune. La déclaration de M. A ne saurait être qualifiée subsidiairement de déclaration commune. Par suite, c'est à bon droit que le service n'a pas tenu compte de ces déclarations séparées n° 2042 et a mis en œuvre, concernant les ROI, la procédure de taxation d'office à l'issue du délai de trente jours suivant la notification de la mise en demeure du 27 février 2019.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ".

11. Si les requérants soutiennent que la proposition de rectification n'était pas suffisamment motivée concernant les revenus d'origine indéterminée, cette proposition de rectification indiquait le calcul et le montant des bases d'imposition reconstituées, à partir des crédits injustifiés relevés sur les comptes bancaires des contribuables, dont le total s'est élevé à 45 428 euros, qui ont été considérés comme revenus dont l'origine, la nature et l'objet sont demeurés injustifiés. Le tableau de synthèse des prélèvements sociaux précisait que ces sommes étaient imposées en tant que revenus d'origine indéterminée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

En ce qui concerne les bénéfices non commerciaux (BNC) :

12. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs.

13. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification datée du 31 janvier 2020 mentionne l'année contrôlée et les impositions concernées, indique la nature, le montant et les motifs des rectifications envisagées. Dans ces conditions, M. et Mme A, qui disposaient de l'ensemble des informations leur permettant de contester utilement les impositions mises à leur charge, ne sont pas fondés à soutenir que la proposition de rectification ne répond pas aux exigences de motivation de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions :

14. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

15. Les impositions en litige ayant été établies selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, faute pour M. et Mme A d'avoir déposé leur déclaration d'ensemble des revenus de l'année 2017 malgré l'envoi de mises en demeure, il appartient à M. et Mme A de démontrer leur caractère exagéré.

16. Faute pour M. et Mme A d'apporter la preuve que les sommes créditées sur leurs comptes bancaires proviendraient de leurs activités non commerciales, dont les revenus ont été déclarés dans les déclarations n° 2042 C-PRO, c'est à bon droit que le service a taxé l'ensemble de ces sommes comme revenus d'origine indéterminée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à leur charge au titre de l'année 2017.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. et Mme A au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C A et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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