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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2010596

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2010596

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2010596
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2020, M. A B, représenté par la SELARL Jove Langagne Boissavy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 23 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 13 décembre 2017 et 9 janvier 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points ainsi retirés ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision référencée " 48 SI " est irrégulière en ce qu'elle porte notification globale des décisions de retrait de points ;

- les informations requises par l'article L. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées préalablement aux décisions de retrait de points ;

- la décision est entachée d'erreurs d'appréciation dès lors, d'une part, qu'il n'a pas été tenu compte, dans le calcul du solde des points affectés à son permis de conduire, de ceux récupérés à l'issue du stage volontaire qu'il a effectué les 28 et 29 octobre 2020 et, d'autre part, qu'il n'est pas l'auteur des infractions mentionnées dans la décision en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée " 48 SI " en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B dès lors qu'elle doit être regardée comme ayant été retirée, le solde de points affecté au permis du requérant étant désormais de quatre afin de tenir compte du stage de sensibilisation effectué les 28 et 29 octobre 2020 ;

- pour le surplus, le moyen tiré de l'absence de notification préalable des retraits de points est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. L'hirondel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'hirondel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a commis le 13 décembre 2017 à Savigny-le-Temple, une infraction au code de la route ayant entraîné le retrait de quatre points sur son permis de conduire. A la suite d'une nouvelle infraction commise le 9 janvier 2020 à Paris (4ème), le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI " du 23 octobre 2020, lui a notifié le retrait de quatre nouveaux points puis, après avoir pris en compte l'infraction commise le 13 décembre 2017, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que celles mentionnées dans cette décision procédant au retrait de points.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le ministre de l'intérieur établit devant le tribunal, par la production du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B daté du 26 mars 2021, que, postérieurement à l'introduction de la requête, quatre points ont été ajoutés au solde de points du permis de conduire de l'intéressé à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière que celui-ci a suivi les 28 et 29 octobre 2020 , et qu'il a en conséquence rapporté la décision du 23 octobre 2020 en tant qu'elle constate la perte de validité de ce permis de conduire. Les conclusions de la requête de M. B sont donc, en tant qu'elles concernent la perte de validité de son permis de conduire et l'attribution de points consécutive au stage qu'il a suivi les 28 et 29 octobre 2020, devenues sans objet. Il n'y pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. M. B soutient que la décision de retrait de points contestée à la suite de l'infraction du 13 décembre 2017 ne lui a jamais été notifiée et que la notification globale des décisions de retrait dans celle portant invalidation de son permis de conduire est irrégulière. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait ainsi lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que, dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Ainsi, les moyens relatifs au défaut de notification des décisions de retraits de points et à la notification de ces mêmes décisions à l'occasion de la décision contestée portant invalidation du permis de conduire de M. B sont inopérants et doivent donc être écartés.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

6. Par ailleurs, l'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retraits de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retraits de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

8. S'il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, que l'infraction commise le 13 décembre 2017, qui a été constatée au moyen d'un procès-verbal électroniques dématérialisés, l'administration ne produit toutefois pas ce procès-verbal. S'il résulte également de ce relevé que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, l'administration ne justifie pas davantage que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été transmises à l'intéressé, faute pour le ministre d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire y afférent. Enfin, le ministre n'apporte pas la preuve que de telles informations ont été portées à la connaissance de M. B à l'occasion d'infractions similaires et antérieures. Cette preuve ne saurait résulter de la production d'un spécimen d'avis de contravention sans lien avec la présente instance. Par suite, la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction du 13 décembre 2017 doit être regardée comme fondée sur une procédure irrégulière. Elle doit être, pour ce motif, annulée.

9. En revanche, le requérant ne saurait utilement soutenir ne pas avoir bénéficié d'une information préalable s'agissant de l'infraction commise le 9 janvier 2020 puisque cette information lui a été apportée par la lettre référencée " 48 SI " qu'il conteste et qu'il a produite devant le tribunal.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

10. Si M. B soutient ne pas être l'auteur des infractions relevées les 13 décembre 2017 et 9 janvier 2020, un tel moyen présenté devant le juge administratif est, en tout état de cause, inopérant dès lors qu'il n'appartient qu'au juge judiciaire d'apprécier la réalité de l'infraction et son imputabilité. Ainsi, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre point sur son permis de conduire à la suite de l'infraction relevée le 13 décembre 2017.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'annulation de la décisions prise à la suite de l'infraction commise par M. B le 13 décembre 2017 implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières. Il y a en conséquence lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer qu'il rétablisse ces quatre points dans la limite maximum du capital de points égal à douze, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles concernent la perte de validité de son permis de conduire et l'attribution de points consécutive au stage que M. B a suivi les 28 et 29 octobre 2020.

Article 2 : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de quatre points sur le permis de conduite de M. B à la suite de l'infraction constatée le 13 décembre 2017 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les quatre points illégalement retirés par la décision annulée à l'article 2, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.

Article 4 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

M. L'HIRONDEL

La greffière,

G. AUMOND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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