jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2010719 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GUILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 28 décembre 2020, 19 juillet 2021 et 20 septembre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Transport Declik, représentée par Me Guillot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des majorations mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 mai 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 413 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- le rappel de taxe sur la valeur ajoutée n'est pas justifié à hauteur d'une somme de 2 758 euros correspondant à un montant de taxe non déduit ;
- les rappels de taxe sur les factures de sous-traitance, sur la location de véhicules et sur les factures de réparation ne sont pas justifiés ;
- le service n'a pas établi les manquements délibérés, de sorte que la majoration de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas justifiée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 juin, 6 septembre et 4 octobre 2021, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 4 928 euros intervenu le 8 juin 2021 et au rejet du surplus de la requête en faisant valoir que les autres moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Transport Declik, qui est spécialisée dans la livraison de colis, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 mai 2018, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification en date du 18 décembre 2018. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de janvier 2016 à mai 2018 ont été mis en recouvrement à son encontre le 16 décembre 2019. L'intéressée a présenté une réclamation le 12 mai 2020 rejetée par décision du directeur de contrôle fiscal Ile-de-France en date du 30 novembre suivant. Par la requête précitée, la société demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge.
Sur l'étendue du litige :
2. Par décision du 8 juin 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France a prononcé le dégrèvement partiel des rappels en litige à hauteur de la somme de 4 928 euros. A hauteur de ce montant, il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge.
Sur la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
4. Par un courrier du 5 avril 2019, dont l'administration a accusé réception le 8 avril suivant, la requérante a demandé communication des " documents établissant que la société Transports-Lo-Express n'a jamais déposé de déclaration de TVA ou impôts sur les sociétés " et " les réponses du système SIV ". Aucune réponse à ces demandes n'a été apportée par le service avant la mise en recouvrement des impositions en litige.
5. D'une part, l'absence de déclaration fiscale n'est matérialisée par aucun document particulier, de sorte que l'administration n'est pas tenue d'en communiquer copie.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 18 décembre 2018 que le vérificateur a exercé le " droit de communication auprès des services de la préfecture " en interrogeant le système informatique d'immatriculation des véhicules (SIV) en vertu d'une convention de délégation de gestion signée le 27 novembre 2017, s'agissant des sociétés sous-traitantes Djo Express SARL, Transport Lo Express SARL et Group France Trading SAS et que " les véhicules acquis par ces sociétés ayant fait procéder à l'immatriculation ont ainsi pu être communiqués à l'administration ". Par ailleurs, cette proposition de rectification mentionne également que la consultation du système d'immatriculation des véhicules a permis de constater que ces trois sociétés n'avaient ni acquis, ni pris en location de véhicules depuis leur création.
7. Dans le cadre de ses écritures en défense, l'administration fait valoir qu'eu égard à la convention de délégation de gestion précitée, ces informations ont été obtenues par une consultation réalisée par le service vérificateur sans qu'un document ne soit émis et que les informations issues de cette consultation n'ont pas à elles seules fondé les rehaussements, mais ont seulement servi à conforter la position de l'administration.
8. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration a bien obtenu dans le cadre de l'exercice de son droit de communication des informations résultant de la consultation du système SIV permettant d'étayer son faisceau d'indices établissant que les sociétés en cause n'avaient pas pu réaliser les prestations qu'elles avaient facturées à la requérante. Dans ces conditions, et sans que le service puisse utilement faire valoir que les documents ainsi obtenus n'avaient qu'un caractère confortatif, il lui appartenait de donner suite à la demande de la requérante formulée dans son courrier précité du 5 avril 2019 tendant à la communication des documents en cause. En s'abstenant de le faire, l'administration a méconnu la garantie résultant des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Pour ce motif, la requérante est fondée à demander la décharge des rappels résultant de la remise en cause de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur les factures émises par les sociétés Djo Express, Transport Lo Express et Group France Trading, en droits et majorations.
Sur le bien-fondé des impositions :
9. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Aux termes de l'article 289 du même code : " () II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur la facture. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée ". Aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe II à ce code : " Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : () 6° Sa date d'émission ; 7° Un numéro unique basé sur une séquence chronologique et continue ; la numérotation peut être établie dans ces conditions par séries distinctes lorsque les conditions d'exercice de l'activité de l'assujetti le justifient ; l'assujetti doit faire des séries distinctes un usage conforme à leur justification initiale ; 8° Pour chacun des biens livrés ou des services rendus, la quantité, la dénomination précise, le prix unitaire hors taxes et le taux de taxe sur la valeur ajoutée légalement applicable ou, le cas échéant, le bénéfice d'une exonération () 10° La date à laquelle est effectuée, ou achevée, la livraison de biens ou la prestation de services ou la date à laquelle est versé l'acompte visé au c du 1 du I de l'article 289 du code précité, dans la mesure où une telle date est déterminée et qu'elle est différente de la date d'émission de la facture () ". Enfin, aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué (). 2. La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".
10. Un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.
En ce qui concerne la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée sur les factures de sous-traitance :
11. Dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Transport Declik, le service a constaté une facture de la SARL Global Transport Services sans précision sur la nature des prestations réalisées et l'absence de dépôt de déclaration fiscale par cette société. Si la requérante fait état d'un extrait K-bis et de livraisons de pièces détachées pour des garages, elle n'apporte aucune justification sur la nature et la réalité des prestations en cause ni n'apporte d'éléments sur les moyens matériels utilisés. C'est donc à juste titre que l'administration a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée.
En ce qui concerne la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée sur les factures de réparations :
12. Le vérificateur a constaté que les factures en cause étaient aux noms de sociétés n'ayant pas d'activité de réparation dont deux ont leur siège chez des particuliers et la dernière dans un garage appartenant à une autre société, que ces sociétés ne disposaient pas de salariés et qu'aucune ne déposait de déclarations. En se bornant à soutenir que " les véhicules ayant fait l'objet des réparations étaient bien des véhicules utilisés par l'entreprise ", la requérante ne remet pas utilement en cause les constatations précitées qui sont de nature à justifier l'absence de déduction de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur ces factures.
Sur les majorations :
13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
14. Pour contester la majoration qui lui a été appliquée, la requérante se borne à faire état de ce qu'elle a établi la réalité des prestations des sociétés Djo Express, Transport Lo Express et Global Transport Services. Il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 8 que les impositions afférentes aux factures émises par les sociétés Djo Express et Transport Lo Express doivent être déchargées en droits et majorations. En outre, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la réalité des prestations de la société Global Transport Services n'est pas justifiée. Dans ces conditions, l'intention de la société requérante d'éluder l'impôt doit être regardée comme établie. C'est dès lors à bon droit que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, autres que ceux dont la décharge est prononcée, ont été assortis de la majoration pour manquement délibéré prévue par les dispositions précitées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la société Transport Declik est seulement fondée à solliciter la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée relatifs aux factures des sociétés Djo Express, Transport Lo Express et Group France Trading.
Sur les conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat les sommes demandées par la société requérante à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer à hauteur du dégrèvement de la somme de 4 928 euros prononcé en cours d'instance.
Article 2 : La SARL Transport Declik est déchargée, en droits et pénalités, des rappels résultant de la remise en cause de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur les factures émises par les sociétés Djo Express, Transport Lo Express et Group France Trading.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par la SARL Transport Declik est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Transport Declik et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé : P. Meyrignac Le président,
Signé : N. Le Broussois
Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026