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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100158

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100158

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100158
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAOUIZERATE BINHAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 janvier 2021 et le 6 avril 2021, la société MH groupe, représentée par Me Aouizerate, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2020 du directeur départemental de la protection des populations du Val-de-Marne prononçant à son encontre une amende administrative d'un montant total de 132 400 euros et de la décharger du paiement de cette amende ;

2°) à titre subsidiaire, de rapporter la décision du 26 novembre 2020 à une plus juste proportion en ne statuant que sur trois plaintes ;

3°) de mettre la somme de 500 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'a pas pris en considération des renonciations à rétractation signées par tous les consommateurs concernés ;

- aucun contrat entre la société requérante et une des sociétés ayant appelé les clients concernés ne stipule que le prestataire agit au nom et pour le compte de la société requérante, le contrat ne portant que sur la prise de rendez-vous ;

- 95 % de ses salariés sont des ouvriers, et non des employés procédant à des appels téléphoniques ;

- la majorité de ses prestataires ayant appelé les consommateurs concernés sont des sociétés de droit français tenues de respecter l'article L. 223-1 du code de la consommation ;

- les sociétés tierces " call centers " sont responsables de leurs actes et rien n'empêche la direction départementale de la protection des populations du Val-de-Marne de les entendre et de relever leur responsabilité portant sur la violation de la liste Bloctel ;

- il était évident pour la société requérante que les sociétés tierces respectaient la liste Bloctel puisqu'aucune plainte ne lui était parvenue ;

- aucune infraction ne saurait lui être reprochée concernant les consommateurs avec lesquels le premier contact a été réalisé après qu'ils ont rempli un formulaire sur internet, révélant leur souhait actif d'être appelés par la société requérante, alors qu'ils pouvaient parfaitement être inscrits dans le même temps sur la liste d'opposition Bloctel ;

- la direction départementale de la protection des populations du Val-de-Marne n'est pas saisie de 2 280 plaintes mais uniquement de 3, tous les autres consommateurs ayant été appelés par un des cinq confirmateurs après avoir préalablement donné leur accord en répondant à une annonce sur internet ou suite à un appel d'un " call center " ;

- ses cinq confirmateurs n'ont jamais contacté directement les trois plaignants s'étant inscrits sur la liste d'opposition Bloctel ;

- aucune motivation objective ne permet de considérer que la somme de 50 euros par manquement soit juste et proportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2021, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la consommation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société MH groupe exerce une activité d'isolation dans le secteur de la rénovation énergétique. Suite à une enquête effectuée du 24 février au 21 juillet 2020, le directeur départemental de la protection des populations du Val-de-Marne a infligé à cette société une amende administrative d'un montant de 132 400 euros, pour manquements en matière d'information précontractuelle et d'information contractuelle, exécution d'une prestation de service avant la fin du délai de rétractation, non-respect de l'interdiction du professionnel de démarcher téléphoniquement un consommateur inscrit sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique, et défaut de communication des coordonnées du ou des médiateurs compétents. La société MH groupe demande l'annulation de cette décision et la décharge de la somme correspondante.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 221-5 du code de la consommation dans sa version alors en vigueur : " Préalablement à la conclusion d'un contrat de vente de biens ou de fourniture de services, de contenu numérique ou de services numériques, le professionnel communique au consommateur, de manière lisible et compréhensible, les informations suivantes : () 2° Lorsque le droit de rétractation existe, les conditions, le délai et les modalités d'exercice de ce droit ainsi que le formulaire type de rétractation, dont les conditions de présentation et les mentions qu'il contient sont fixées par décret en Conseil d'Etat ; () 5° Lorsque le droit de rétractation ne peut être exercé en application de l'article L. 221-28, l'information selon laquelle le consommateur ne bénéficie pas de ce droit ou, le cas échéant, les circonstances dans lesquelles le consommateur perd son droit de rétractation ; ". Aux termes de l'article L. 221-8 du même code : " Dans le cas d'un contrat conclu hors établissement, le professionnel fournit au consommateur, sur papier ou, sous réserve de l'accord du consommateur, sur un autre support durable, les informations prévues à l'article L. 221-5. Ces informations sont rédigées de manière lisible et compréhensible ". Aux termes de l'article L. 221-18 du même code : " Le consommateur dispose d'un délai de quatorze jours pour exercer son droit de rétractation d'un contrat conclu à distance, à la suite d'un démarchage téléphonique ou hors établissement, sans avoir à motiver sa décision ni à supporter d'autres coûts que ceux prévus aux articles L. 221-23 à L. 221-25. Le délai mentionné au premier alinéa court à compter du jour : 1° De la conclusion du contrat, pour les contrats de prestation de services et ceux mentionnés à l'article L. 221-4 ; 2° De la réception du bien par le consommateur ou un tiers, autre que le transporteur, désigné par lui, pour les contrats de vente de biens. Pour les contrats conclus hors établissement, le consommateur peut exercer son droit de rétractation à compter de la conclusion du contrat () ". Aux termes de l'article L. 221-19 du même code : " Conformément au règlement n° 1182/71/ CEE du Conseil du 3 juin 1971 portant détermination des règles applicables aux délais, aux dates et aux termes : 1° Le jour où le contrat est conclu ou le jour de la réception du bien n'est pas compté dans le délai mentionné à l'article L. 221-18 () ". Selon les dispositions de l'article L. 221-24 du code de la consommation : " Lorsque le droit de rétractation est exercé, le professionnel rembourse le consommateur de la totalité des sommes versées, y compris les frais de livraison, sans retard injustifié et au plus tard dans les quatorze jours à compter de la date à laquelle il est informé de la décision du consommateur de se rétracter () ". Aux termes de l'article L. 242-13 du même code : " Tout manquement aux dispositions des articles L. 221-18, L. 221-21 et L. 221-23 à L. 221-27 encadrant les conditions d'exercice du droit de rétractation reconnu au consommateur, ainsi que ses effets, est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 15 000 euros pour une personne physique et 75 000 euros pour une personne morale. Cette amende est prononcée dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre V. ". Aux termes de l'article L. 221-28 du même code : " Le droit de rétractation ne peut être exercé pour les contrats : 1° De fourniture de services pleinement exécutés avant la fin du délai de rétractation et, si le contrat soumet le consommateur à une obligation de payer, dont l'exécution a commencé avec son accord préalable et exprès et avec la reconnaissance par lui de la perte de son droit de rétractation, lorsque la prestation aura été pleinement exécutée par le professionnel ; () 5° De fourniture de biens qui ont été descellés par le consommateur après la livraison et qui ne peuvent être renvoyés pour des raisons d'hygiène ou de protection de la santé ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante ne conteste pas sérieusement les manquements reprochés en matière d'information précontractuelle, d'information contractuelle et de défaut de communication des coordonnées du ou des médiateurs compétents.

4. En deuxième lieu, la société MH groupe conteste le manquement lié à l'exécution d'une prestation de services avant la fin du délai de rétractation. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'aucun élément produit par la société requérante n'établit que les consommateurs ayant prétendument renoncé au délai de rétractation avaient préalablement reçu les informations obligatoires en la matière, notamment celles prévues par les dispositions des articles L. 221-5 et L. 221-8 du code de la consommation. Il résulte en particulier du procès-verbal en date du 26 novembre 2020 que la société requérante a transmis, le 24 février 2020 et le 22 juin 2020, 62 dossiers complets de clients à l'administration, et qu'aucun de ces dossiers ne comportait de formulaire de " renonciation au droit de rétractation ". La circonstance que la société requérante ait ensuite adressé, le 16 juillet 2020, 10 autres dossiers clients incluant un formulaire de " renonciation au droit de rétractation ", n'est pas de nature à remettre en cause le constat de l'administration, alors notamment qu'il est constant que les 62 consommateurs concernés par le manquement aux dispositions de l'article L. 221-18 du code de la consommation n'étaient pas informés qu'ils disposaient d'un droit de rétractation de 14 jours à compter de la signature du contrat, et qu'aucun formulaire-type de rétractation n'accompagnait le devis. Il s'ensuit que les moyens tendant à l'annulation de la décision attaquée, en tant qu'elle relève 62 cas d'exécution d'une prestation de services ou d'un contrat avant la fin du délai de rétractation, doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la consommation dans sa version applicable au présent litige : " Le consommateur qui ne souhaite pas faire l'objet de prospection commerciale par voie téléphonique peut gratuitement s'inscrire sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique./ Il est interdit à un professionnel, directement ou par l'intermédiaire d'un tiers agissant pour son compte, de démarcher téléphoniquement un consommateur inscrit sur cette liste, sauf en cas de relations contractuelles préexistantes ". Aux termes de l'article L. 242-16 du même code : " Tout manquement aux dispositions des articles L. 223-1 à L. 223-5 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 15 000 euros pour une personne physique et 75 000 euros pour une personne morale ". Aux termes de l'article R. 223-6 du même code : " Le professionnel qui exerce à titre habituel une activité de démarchage téléphonique saisit de manière régulière, et au moins mensuellement, l'organisme mentionné à l'article R. 223-1 aux fins de s'assurer de la conformité de ses fichiers de prospection commerciale avec la liste des oppositions au démarchage. Le professionnel qui a accessoirement recours au démarchage téléphonique consulte cet organisme avant toute campagne de démarchage téléphonique ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne établit l'existence de 2 166 appels à destination de consommateurs inscrits sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique, effectués par les cinq numéros appelants utilisés par les confirmateurs de la société MH groupe. L'administration établit également, après une demande au service national des enquêtes (SNE), que 147 réclamations ont été déposées pour des appels à des dates différentes pour le nom de société " MH groupe ", ces réclamations provenant de 111 numéros de consommateurs et concernant 101 numéros appelants. Enfin, l'administration elle-même a été saisie des plaintes de 3 consommateurs indiquant avoir été démarchés par téléphone alors qu'ils étaient inscrits sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique. Dès lors, l'administration doit être regardée comme ayant établi que 2 280 démarchages téléphoniques d'un consommateur inscrit sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique ont été commis par la société requérante elle-même, ou par une société d'appel téléphonique agissant pour son compte.

7. L'administration relève également que " aucun contrat conclu entre la société MH groupe et Opposetel n'a été retrouvé par le SNE (cf cote 14) ce qui signifie que la société MH groupe n'a pas expurgé les numéros de téléphone des consommateurs démarchés en fonction de leur inscription sur Bloctel ". La société requérante ne soutient par ailleurs pas avoir engagé de démarche lui permettant de remplir ses obligations résultant des dispositions de l'article R. 223-6 du code de la consommation.

8. Enfin, si la société MH groupe soutient que les consommateurs concernés avaient donné leur accord préalable pour être contactés par téléphone, il résulte de l'instruction que, au soutien de cette allégation, la société produit des captures d'écran de publicités sur internet, mises en ligne en ayant recours au service " Google ad words ", ce formulaire invitant l'internaute intéressé à saisir son adresse postale, son adresse électronique ainsi que son numéro de téléphone, et lui permet de cocher une case au-dessus de laquelle figure la mention " Je souhaite être recontacté(e) par Mhgroupe ". Cependant, il résulte des dispositions précédemment rappelées que, dès lors que le consommateur a fait la démarche de s'inscrire sur liste d'opposition au démarchage téléphonique " Bloctel ", la société MH groupe était tenue de s'assurer que ces consommateurs ne soient pas appelés, à l'exception de ceux qui se trouvaient dans une relation contractuelle préexistante avec la société. La circonstance que ces numéros aient été fournis par des sociétés de " lead marketing " ou auraient été fournis par les consommateurs eux-mêmes, en même temps que leur adresse postale et leur adresse électronique, n'est pas de nature à modifier les obligations de la société MH groupe. Par ailleurs, les formulaires dont la société requérante produit des copies d'écran ne matérialisent pas une offre expresse et non équivoque de nature à caractériser le consentement des clients à être recontactés téléphoniquement. En effet, si ces documents commerciaux font mention des noms, prénoms, numéros de téléphone, et adresses des clients concernés, ils ne sont pas signés par eux, ni même datés. Enfin il n'est pas démontré ni même sérieusement soutenu par la société requérante que ces documents commerciaux constitueraient des contrats existants préalablement aux appels téléphoniques en litige, rattachables à des relations contractuelles en cours au sens de l'exception prévue par les dispositions précitées Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'appréciation que le directeur départemental de la protection des populations a infligé une sanction à la société MH groupe pour ces appels.

9. En quatrième lieu, le respect du principe de proportionnalité d'une sanction financière s'apprécie au regard de la gravité des manquements commis, de la durée de la période durant laquelle ces manquements ont perduré, du comportement de la société et de sa situation, notamment financière. En l'espèce, la société MH groupe soutient qu'aucune motivation objective ne permet de considérer que la somme de 50 euros par manquement, concernant les appels à destination de consommateurs inscrits sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique, soit juste et proportionnée. Il résulte toutefois des dispositions applicables du code de la consommation que l'auteur du manquement s'expose à une sanction pour chaque manquement à l'obligation de ne pas effectuer d'appels à destination de consommateurs inscrits sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique, les sanctions étant cumulatives pour l'auteur des manquements. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour fixer le montant de l'amende contestée, le directeur départemental de la protection des populations du Val-de-Marne a pris en compte la gravité et l'ampleur des manquements constatés, et n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la sanction qui lui a été infligée serait disproportionnée. Il suit également de là que les conclusions subsidiaires de la société requérante tendant à la réduction du montant de l'amende qui lui a été infligée ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société MH groupe doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société MH groupe est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société MH groupe et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

Le rapporteur,

G. PRADALIE

Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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