jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2101168 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TOURROU PHILIPPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 février et 11 octobre 2021, l'association Institut Européen d'Administration des Affaires (INSEAD), représentée par Me Tourrou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2020 par laquelle le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France a rejeté sa contestation de la remise en cause des crédits impôt recherche déclarés au titre des dépenses engagées en 2012 et 2013 ;
2°) d'ordonner le remboursement du crédit impôt recherche au titre de l'année 2012 pour un montant de 1 076 641 euros et au titre de l'année 2013 pour un montant de 2 352 451 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- le service a méconnu la garantie prévue par les articles L. 45 B et R. 45 B-1 du livre des procédures fiscales en écartant l'avis favorable rendu par l'expert mandaté par le ministère de la recherche ;
- elle n'a pas bénéficié d'un débat oral et contradictoire ;
- l'ensemble des projets qu'elle a déclarés au titre des années 2012 et 2013 sont éligibles au crédit impôt recherche en ce qu'ils sont relatifs à des activités de recherche fondamentale.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 juillet 2021 et 8 mars 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public ;
- et les observations de Me Tourrou, représentant l'association Institut Européen d'Administration des Affaires.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Institut Européen d'Administration des Affaires (INSEAD), qui exploite une école privée de commerce, a déposé des déclarations de crédit d'impôt recherche au titre des années 2012 et 2013, les 27 novembre 2013 et 30 novembre 2014. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er septembre 2011 au 31 août 2014, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification du 16 décembre 2016 par laquelle l'administration a remis en cause le bénéfice de ce crédit au titre des années 2012 et 2013. L'intéressée a alors contesté cette remise en cause, par des réclamations du 16 décembre 2019, rejetées par décision du directeur de contrôle fiscal Ile-de-France en date du 7 décembre 2020. Par la requête susvisée, l'association requérante doit être regardée comme demandant la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie du fait de la remise en cause des crédits d'impôt recherche en cause déjà imputés ainsi que le remboursement desdits crédits pour le surplus.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 45 B du livre des procédures fiscales, dans sa version alors en vigueur : " La réalité de l'affectation à la recherche des dépenses prises en compte pour la détermination du crédit d'impôt défini à l'article 244 quater B du code général des impôts peut, sans préjudice des pouvoirs de contrôle de l'administration des impôts qui demeure seule compétente pour l'application des procédures de rectification, être vérifiée par les agents du ministère chargé de la recherche et de la technologie. Un décret fixe les conditions d'application du présent article ". L'article R. 45 B-1 de ce même livre, dans sa version alors en vigueur, précise que : " I. - La réalité de l'affectation à la recherche des dépenses prises en compte pour la détermination du crédit d'impôt mentionné à l'article 244 quater B du code général des impôts est vérifiée soit par un agent dûment mandaté par le directeur général pour la recherche et l'innovation, soit par un délégué régional à la recherche et à la technologie ou un agent dûment mandaté par ce dernier. L'intervention des agents du ministère chargé de la recherche peut résulter soit d'une initiative de ce ministère, soit d'une demande de l'administration des impôts dans le cadre d'un contrôle ou d'un contentieux fiscal. () III. - L'avis sur la réalité de l'affectation des dépenses à la recherche est émis par les agents chargés du contrôle au vu de la réponse de l'entreprise à la demande d'éléments justificatifs qui lui a été adressée, des documents mentionnés au II, et, le cas échéant, des réponses aux demandes d'informations complémentaires et des éléments recueillis à l'occasion des échanges avec l'entreprise lors de l'entretien dans les locaux de l'administration ou de la visite sur place () ".
3. La requérante soutient que l'administration a méconnu la garantie prévue par les dispositions précitées des articles L. 45 B et R. 45 B-1 du livre des procédures fiscales en qu'elle a écarté l'avis favorable à l'éligibilité des projets au titre des années 2012 et 2013 rendu le 2 juin 2016 par l'expert mandaté par le ministère de la recherche. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions de ces articles, ni d'aucune autre disposition que l'administration fiscale serait liée par l'avis rendu par un tel expert. Dans ces conditions, le moyen précité ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, dans le cas où la vérification de comptabilité d'une association a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat. Au cas particulier, l'association INSEAD soutient que lors de la réunion de synthèse de la vérification de comptabilité intervenue le 4 juillet 2016, le service vérificateur avait confirmé qu'il ne proposerait aucune rectification en matière de crédit impôt recherche, mais que les opérations de contrôle se sont poursuivies jusqu'au 14 décembre 2016, sans qu'elle ait été en mesure de connaître la nature des documents et informations sur lesquels ce contrôle a porté, ni d'en débattre. Toutefois, il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 16 décembre 2016 que les opérations de contrôle se sont déroulées du 27 mars 2015 au 4 juillet 2016 au siège social de l'association et ont donné lieu à une vingtaine de réunions. Si le service a indiqué au cours de la réunion de synthèse qu'il n'envisageait pas de rehaussement sur les crédits d'impôt recherche à la suite de l'avis rendu l'expert mandaté par le ministère de la recherche, avant de changer de position ultérieurement, une telle circonstance ne suffit pas à établir que la vérificatrice se serait refusée à tout échange de vues lors de ces interventions avec les représentants de la requérante, ni que cette dernière aurait ainsi été privée de la possibilité d'avoir avec l'administration, au cours de cette vérification, un débat oral et contradictoire. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du manquement au devoir de loyauté doit être écarté.
Sur l'éligibilité des dépenses litigieuses au crédit d'impôt recherche :
En ce qui concerne la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. Les entreprises industrielles et commerciales () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant () ". Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse () ".
6. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet et au vu des éléments qui lui sont produits par chacune des parties, si les opérations réalisées par l'entreprise entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations et si, par conséquent, celle-ci remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts.
7. L'INSEAD a demandé, au titre du crédit d'impôt recherche des années 2012 et 2013, la prise en compte respectivement de 67 et de 133 projets différents, listés à l'appui des pièces jointes à sa requête, et soutient que les dépenses qu'elle a engagées à ce titre sont éligibles à ce crédit en ce qu'elles constituent des activités ayant un caractère de recherche fondamentale orientée, ainsi que l'a reconnu l'expert mandaté par le ministère de la recherche le 2 juin 2016.
8. Toutefois, pour l'ensemble des projets en cause, qui portent sur des questions très ponctuelles, dans des domaines extrêmement variés tels que le marketing, la gestion, la psychologie, la sociologie, l'organisation, le commerce, l'administration des entreprises, l'économie ou les finances, il ne résulte pas de l'instruction que ceux-ci contribueraient à la résolution de problèmes techniques. Dans ces conditions, et alors même que le résultat de ces études aurait donné lieu à publication, ces projets ne peuvent pas s'inscrire dans une démarche de recherche fondamentale au sens du a précité de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que l'ensemble des projets en litige n'étaient pas éligibles au crédit d'impôt recherche.
En ce qui concerne la doctrine :
9. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".
10. La requérante ne peut, en tout état de cause, se prévaloir de la doctrine référencée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20 du 12 septembre 2012 qui ne comporte pas d'interprétation de la loi fiscale qui soit différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement, ni de la doctrine référencée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20 du 13 juillet 2021 qui est postérieure aux années en litige, ni du manuel de Frascati, dans sa version élaborée en 2002 par l'Organisation de coopération et de développement économique, qui ne constitue pas une interprétation formelle d'un texte fiscal au sens des dispositions de l'article L. 80 A précité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'association INSEAD n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause le bénéfice du crédit d'impôt prévu par les dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts au titre de dépenses engagées en 2012 et 2013. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin de décharge et de remboursement ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association INSEAD est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Institut Européen d'Administration des Affaires et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé : P. Meyrignac Le président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : S. Chafki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026