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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101186

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101186

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 2015004 du 4 février 2021, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. C B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le

17 septembre 2020 et au greffe du tribunal administratif de Melun le 5 février 2021

sous le n°2101186 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 juillet 2021, M. C B, représenté par Me Roux, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait d'un dysfonctionnement de l'administration l'ayant conduit à se voir privé de permis de conduire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

- une première faute de nature à engager la responsabilité de l'administration résulte de ce que le préfet a commis une erreur dans le traitement de son dossier en prononçant une suspension de son permis de conduire le 8 novembre 2019, alors que l'intéressé avait fait l'objet d'un simple rappel à la loi ; d'ailleurs, le préfet a finalement rapporté cet arrêté de suspension le 6 décembre 2019 ; d'ailleurs, la procédure était viciée car le procès-verbal était irrégulier ;

- une seconde faute de nature à engager la responsabilité de l'administration résulte de la gestion anormale de son dossier, et notamment du délai anormal de traitement de sa demande de délivrance d'un nouveau permis de conduire ; ce traitement a duré du 11 décembre 2019

au 4 avril 2020 ; le permis de conduire initial, qui lui a été confisqué lors de son contrôle, aurait dû lui être restitué à la suite de la décision du ministère public de ne pas le poursuivre ; mais au terme de son audition par l'officier de police judiciaire, le permis de conduire a été transmis " au service concerné à Créteil " ; la destruction du permis de conduire, en l'absence de décision définitive, et alors que l'intéressé ne faisait l'objet que d'un simple rappel à la loi, a rendu le recours à l'Agence nationale des titres sécurisés nécessaire ; l'administration disposait de l'ensemble des éléments nécessaires ; le traitement défaillant et non diligent des demandes des administrés par l'Agence nationale des titres sécurisés est notoire, comme l'atteste la décision du défenseur des droits du 3 septembre 2018.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

- il considère que le lien de causalité entre son préjudice et les fautes de l'administration est établi en raison de ce que tout conducteur est tenu de présenter à toute réquisition des agents de la force publique tout titre justifiant de son autorisation de conduire, en application des dispositions de l'article R. 233-1 du code de justice administrative ; aucune faute ne saurait lui être reprochée, car s'il a indiqué que son permis de conduire était détérioré, c'est uniquement parce que l'administration l'a détruit ;

- il a été privé de permis de conduire pendant 168 jours du 26 octobre 2019

au 10 avril 2020 ; l'intéressé a été contraint de prendre les transports en commun, leur fréquence étant particulièrement dégradée à compter du 5 décembre 2019 en raison d'un mouvement de grèves répétées ; sa vie quotidienne a été perturbée de manière significative pendant six mois ; il réside à Villejuif, tout en travaillant à Paris et en exerçant des fonctions de conseiller au conseil des prud'hommes de Créteil ; il réalise l'ensemble de ses déplacements professionnels avec son véhicule personnel ;

- l'intéressé n'a cessé de sensibiliser les services préfectoraux à sa situation (par téléphone le 5 novembre 2019, déplacement avec son conseil en préfecture le 21 novembre 2019, venue en préfecture le 22 novembre sur indication des services la veille et absence d'accueil nonobstant le dépôt du dossier, mél du 22 novembre 2019 sollicitant la restitution du permis de conduire, relance par mél le 27 janvier 2020, relance par mél le 2 mars 2020 en raison du rejet de son dossier par le service instructeur), ainsi que ceux de l'Agence nationale des titres sécurisés (dépôt d'une demande sur la plateforme le 18 novembre 2019, dépôt d'une demande d'un nouveau permis de conduire suite à l'arrêté du 6 décembre 2019) ; la grande confusion et la succession de dysfonctionnements dans la gestion administrative de son dossier a créé un préjudice moral ; l'intéressé a dû " batailler " pour bénéficier à nouveau d'un titre de conduite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête de M. B.

Il fait valoir que :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

- l'Etat n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors que l'arrêté ayant suspendu M. B était justifié ; le requérant ne conteste pas être l'auteur d'une infraction au code de la route ; le ministère public s'est borné à ne pas donner de suite judiciaire à la procédure, sous réserve que l'intéressé ne commette pas d'infraction dans un délai d'un an.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

- la tardiveté de la délivrance d'un nouveau titre de conduite est sans lien avec un quelconque préjudice, dès lors que l'intéressé pouvait parfaitement conduire dès que le préfet a mis fin à la mesure de suspension ;

- l'intéressé n'a été privé de son permis de conduire que du 26 au 28 octobre 2019 en raison de la rétention de son permis de conduire suit à son contrôle ; puis, le permis de conduire de l'intéressé n'a été suspendu que du 8 novembre 2019 au 6 décembre 2019, soit pendant seulement un mois ; le requérant disposait d'un droit de conduire dès le 6 décembre 2019 ;

- le requérant n'établit pas la réalité de son préjudice ; il aurait pu utiliser le scooter sur lequel il avait été contrôlé pour se déplacer, dans la mesure où pour une cylindrée inférieure à

50 cm3 un tel véhicule ne nécessite pas d'être titulaire d'un permis de conduire ;

- la période de grève n'a pu le contraindre, dès lors que son droit à conduire était rétabli depuis le 6 décembre 2019 ; le requérant ne donne aucune précision sur son emploi à Paris et sur la fréquence de ses déplacements pour exercer les fonctions de conseiller de prud'homme à Créteil.

Par une lettre du 8 février 2021, le Tribunal a communiqué la procédure au préfet du Val-de-Marne qui n'a produit ni mémoire ni pièce.

Par ordonnance du 11 mars 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 11 juillet 2021 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le décret n° 2007-240 du 22 février 2007 portant création de l'Agence nationale des titres sécurisés ;

- le décret n° 2007-255 du 27 février 2007 fixant la liste des titres sécurisés relevant de l'Agence nationale des titres sécurisés ;

- l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. A a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a été contrôlé le 26 octobre 2019 à Vitry-sur-Seine alors qu'il conduisait un véhicule en se trouvant sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par la présence d'un taux d'alcool pur égal à 0,46 milligramme par litre d'air expiré. Le requérant a remis à cette date son titre de conduite. Le substitut du procureur de la République a décidé de ne pas donner de suite judiciaire aux faits litigieux, à condition que l'intéressé ne commette pas d'infraction dans un délai d'un an. En conséquence, M. B a été convoqué par un officier de police judiciaire le 29 octobre 2019 et a fait l'objet d'un rappel à la loi. Par un arrêté

n° 2019/3562 du 4 novembre 2019, le préfet du Val-de-Marne a suspendu provisoirement le permis de conduire de M. B pour une durée de deux mois, sur le fondement des dispositions des articles L. 224-7 et L. 224-8 du code de la route. Par deux lettres

du 21 novembre 2019 et du 9 décembre 2019, M. B a sollicité du préfet de Seine-et-Marne le retrait de cet arrêté de suspension, en raison de ce qu'il serait " non avenu " du fait du rappel à la loi, et a demandé la restitution de son titre de conduite. Par une lettre du 10 décembre 2019, le préfet du Val-de-Marne lui a notifié un arrêté n° 2019/3950 du 6 décembre 2019 rapportant l'arrêté de suspension, et l'a invité à se connecter sur le site de l'Agence nationale des titres sécurisés afin d'obtenir un nouveau titre de conduite. M. B a déposé le 11 décembre 2019 une demande de permis de conduire sur le site internet de l'Agence nationale des titres sécurisés. Suite à des déplacements en préfecture, des appels téléphoniques et des échanges de courriers électroniques, un nouveau permis de conduire doté d'un solde de huit points a été mis en production le 1er avril 2020 par l'Agence nationale des titres sécurisés avant d'être délivré au requérant par les services préfectoraux le 10 avril 2020. Par une lettre du 20 mai 2020, réceptionnée par l'administration le 25 mai 2020, M. B a présenté une demande préalable d'indemnisation pour un montant de 1 500 euros tendant à la réparation des troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subi en raison de la privation de son permis de conduire pendant plus de cinq mois et quinze jours du fait du traitement administratif défaillant de son dossier. Le silence conservé par l'administration pendant un délai de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande préalable d'indemnisation. Par la présente requête,

M. B, demande au Tribunal de condamner l'Etat au versement de la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la privation du permis de conduire.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

S'agissant de la faute tirée de l'arrêté portant suspension provisoire pris en application des dispositions de l'article L. 224-7 du code de la route :

2. Aux termes de l'article L. 224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. Il peut également prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 et L. 234-8. ". Aux termes de l'article L. 224-8 du même code : " La durée de la suspension ou de l'interdiction prévue à l'article L. 224-7 ne peut excéder six mois. Cette durée est portée à un an en cas d'infraction d'atteinte involontaire à la vie ou d'atteinte involontaire à l'intégrité de la personne susceptible d'entraîner une incapacité totale de travail personnel, de conduite en état d'ivresse ou sous l'empire d'un état alcoolique, ou de délit de fuite. Le représentant de l'Etat dans le département peut également prononcer une telle mesure à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 et L. 234-8. ".

3. Aux termes de l'article L. 224-9 du code de la route : " Quelle que soit sa durée, la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département en application des articles L. 224-2 et L. 224-7 cesse d'avoir effet lorsque est exécutoire une décision judiciaire prononçant une mesure restrictive du droit de conduire prévue au présent titre. Les mesures administratives prévues aux articles L. 224-1 à L. 224-3 et L. 224-7 sont considérées comme non avenues en cas d'ordonnance de non-lieu ou de jugement de relaxe ou si la juridiction ne prononce pas effectivement de mesure restrictive du droit de conduire. Les modalités d'application des deux alinéas précédents sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée des mesures administratives s'impute, le cas échéant, sur celle des mesures du même ordre prononcées par le tribunal. ".

4. Aux termes de l'article L. 234-1 du code de la route : " I.- Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. II.- Le fait de conduire un véhicule en état d'ivresse manifeste est puni des mêmes peines. () ". Aux termes de l'article L. 234-2 du même code : " I.- Toute personne coupable de l'un des délits prévus à l'article L. 234-1 encourt également les peines complémentaires suivantes : 1° La suspension, pour une durée de trois ans au plus, du permis de conduire, cette suspension ne pouvant pas être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle ; () II.- La suspension du permis de conduire prévue au présent article ne peut être assortie du sursis, même partiellement. ".

5. Aux termes de l'article L. 234-3 du code de la route : " Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents et, sur l'ordre et sous la responsabilité desdits officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints soumettent à des épreuves de dépistage de l'imprégnation alcoolique par l'air expiré l'auteur présumé d'une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire ou le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur impliqué dans un accident de la circulation ayant occasionné un dommage corporel. () ". Aux termes de l'article L. 234-4 du même code : " Lorsque les épreuves de dépistage permettent de présumer l'existence d'un état alcoolique ou lorsque le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur refuse de les subir, les officiers ou agents de police judiciaire font procéder aux vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique. () Les vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique sont faites soit au moyen d'analyses ou examens médicaux, cliniques ou biologiques, soit au moyen d'un appareil permettant de déterminer la concentration d'alcool par l'analyse de l'air expiré à la condition que cet appareil soit conforme à un type homologué. ". Aux termes de l'article R. 234-4 du même code : " Lorsque, pour procéder aux vérifications prévues par les articles L. 234-4, L. 234-5, L. 234-9 et L. 3354-1 du code de la santé publique, l'officier ou l'agent de police judiciaire fait usage d'un appareil homologué permettant de déterminer le taux d'alcool par l'analyse de l'air expiré, la vérification est faite selon les modalités ci-après : 1° Le délai séparant l'heure, selon le cas, de l'infraction ou de l'accident ou d'un dépistage positif effectué dans le cadre d'un contrôle ordonné par le procureur de la République ou effectué sur initiative de l'officier ou de l'agent de police judiciaire et l'heure de la vérification doit être le plus court possible ; 2° L'officier ou l'agent de police judiciaire, après avoir procédé à la mesure du taux d'alcool, en notifie immédiatement le résultat à la personne faisant l'objet de cette vérification. Il l'avise qu'il peut demander un second contrôle. Le procureur de la République, le juge d'instruction ou l'officier ou l'agent de police judiciaire ayant procédé à la vérification peuvent également décider qu'il sera procédé à un second contrôle. Celui-ci est alors effectué immédiatement, après vérification du bon fonctionnement de l'appareil ; le résultat en est immédiatement porté à la connaissance de l'intéressé. ".

6. Une mesure de suspension du permis de conduire, décidée par le préfet sur le fondement de l'article L. 224-2 ou de l'article L. 224-7 du code de la route, est illégale si elle a été prise alors que les conditions prévues par ces articles n'étaient pas réunies. Il appartient par suite au juge administratif, de déterminer si les pièces au vu desquelles le préfet a pris sa décision étaient de nature à justifier la mesure de suspension. C'est uniquement dans l'hypothèse où le conducteur est, ultérieurement, relaxé par le juge pénal au motif qu'il n'a pas commis l'infraction, que l'autorité de la chose jugée par la juridiction répressive impose au juge administratif d'en tirer les conséquences quant à l'absence de valeur probante des éléments retenus par le préfet.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'acte de rappel à la loi établi

le 29 octobre 20198 par l'officier de police judiciaire agissant sur instruction du procureur de la République de Créteil que M. B a été contrôlé le 26 octobre 2019 par un agent de la force publique alors qui conduisait un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique sur le territoire de la commune de Vitry sur Seine, et que le dépistage de l'imprégnation alcoolique par l'air expiré qui a été pratiqué sur lui a révélé que la concentration d'alcool dans l'air expiré recueillie était égale à 0,46 milligramme par litre. Si d'une part M. B conteste la forme du procès-verbal d'infraction et la régularité de la procédure de vérification, et notamment du second contrôle, il n'assortit cette contestation d'aucune précision permettant au Tribunal d'en apprécier les mérites. D'autre part, si le requérant se prévaut de ce qu'il n'a fait l'objet que d'un rappel à la loi, cette circonstance ne permet pas de regarder la mesure administrative en litige comme étant non avenue au sens des dispositions de l'article L. 224-9 du code de la route. Enfin, ce rappel à la loi est par ailleurs sans incidence sur le bien-fondé de la mesure en litige dès lors que l'absence de suite judiciaire notifiée à l'intéressé le 29 octobre 2019 demeure subordonnée à la condition que M. B ne commette pas d'autre infraction dans un délai d'un an et, qu'à défaut de respect de cette condition par l'intéressé, il lui est indiqué qu'il sera poursuivi devant le Tribunal judiciaire compétent pour l'infraction ayant donné lieu à la suspension de son permis de conduire. De même la circonstance que l'arrêté portant suspension du permis de conduire

de M. B a été rapportée le 6 décembre 2019 par le préfet du Val-de-Marne est également, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la mesure de suspension prononcée

le 4 novembre 2019. Dans ces conditions, les faits reprochés à M. B et qui ont fondé la suspension administrative de son permis de conduire doivent être regardés, dans les circonstances de l'espèce, comme établis. Par suite, le préfet du Val-de-Marne pouvait légalement prononcer la suspension provisoire du permis de conduire du requérant sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route. Dès lors, la mesure de suspension en litige n'est pas de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité résultant de l'édiction de l'arrêté

du 4 novembre 2019 portant suspension provisoire pris en application des dispositions de l'article L. 224-7 du code de la route.

S'agissant de la carence fautive de l'administration dans la gestion du dossier de demande de permis de conduire de M. B :

9. M. B soutient que la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du délai anormal de gestion de son dossier par les services de l'Etat. A cette fin, le requérant fait valoir que la non restitution de son permis de conduire à l'issue de son audition par l'officier de police judiciaire en raison de sa destruction l'a contraint à demander la fabrication d'un nouveau permis de conduire et que le traitement de sa demande du 11 décembre 2019 au 4 avril 2020 a été " anormalement long " et " semé d'embuches ".

10. Aux termes de l'article 1er du décret du 22 février 2007 susvisé : " Il est créé, sous le nom d'Agence nationale des titres sécurisés, un établissement public national à caractère administratif placé sous la tutelle du ministre de l'intérieur. (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article 2 du même décret : " L'agence a pour mission de répondre aux besoins des administrations de l'Etat de conception, de gestion, de production de titres sécurisés et des transmissions de données qui leurs sont associées. Ces titres sont des documents délivrés par l'Etat et faisant l'objet d'une procédure d'édition et de contrôle sécurisée. / () / Sa mission exclut l'instruction des demandes et la délivrance des titres. () ". Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 27 février 2007 susvisé : " Les titres sécurisés pour lesquels l'Agence nationale des titres sécurisés exerce les missions qui lui sont confiées par l'article 2 du décret du 22 février 2007 susvisé sont : / () / 11° Le permis de conduire ; (). ".

11. D'une part, il résulte des dispositions précitées que l'Agence nationale des titres sécurisés assure la production des permis de conduire délivrés par l'Etat. Dans le cadre du plan " Préfectures nouvelle génération ", cette agence est chargée de mettre en œuvre les procédures dématérialisées pour le ministère de l'intérieur dans le cadre de cette production de titre en lien avec le " centre d'expertise et de ressources titre " compétent pour assurer le traitement des demandes déposées sur le téléservice. Le " centre d'expertise et de ressources titre " instruit et valide la demande au nom et pour le compte du ministre de l'intérieur.

12. En l'espèce, il ressort de l'accusé de réception émis le 9 mars 2020 par le téléservice mis en œuvre par l'Agence nationale des titres sécurisés qu'" après consultation du dossier dans le système informatique ", la demande de permis de conduire de M. B a été rejetée pour le motif tiré de ce que son " permis de conduire est suspendu (et non détérioré) depuis

le 26 octobre 2019 pour infraction pour alcoolémie ". Cet accusé de réception généré par le téléservice indique également qu'il appartenait au requérant de faire une " nouvelle demande en ligne " dans le téléservice mis en œuvre par l'Agence nationale des titres sécurisés au sein de la rubrique " demande de titre suite à suspension " en " joignant un certificat médical délivré par la commission médicale de [son] département (préfecture) " car " plus aucune modification ne peut être effectuée sur [sa] demande ". Ainsi, il ressort de cette pièce que le " centre d'expertise et de ressources titre " ayant instruit la demande de titre de M. B n'avait pas pris en compte

le 9 mars 2020 l'arrêté édicté le 6 décembre 2019 par le préfet du Val-de-Marne rapportant son précédent arrêté du 4 novembre 2019 portant suspension du permis de conduire du requérant.

13. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire ne fixe de délai pour la production d'un permis de conduire. Toutefois, l'administration saisie d'une telle demande doit se prononcer dans un délai raisonnable qu'il appartient au juge d'apprécier en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

14. Il résulte de l'instruction qu'il s'est écoulé un peu plus d'un mois entre les relances effectuées auprès des services préfectoraux par le conseil de M. B les 2 et 3 mars 2020 signalant la situation de blocage au niveau de l'Agence nationale des titres sécurisés dans le processus de traitement du nouveau permis de conduire du requérant et la remise effective du titre à l'intéressé le 10 avril 2020. Dans ces circonstances, il y a lieu de considérer que le délai raisonnable de traitement de la demande du requérant, incluant les phases d'instruction du dossier, de mise en production du titre et de délivrance du titre au demandeur est de l'ordre d'un mois. Pourtant, il résulte de l'instruction que M. B a présenté le 11 décembre 2019 une demande de permis de conduire dont le téléservice mis en œuvre par l'Agence nationale des titres sécurisés, à la suite de sa réception de l'arrêté du 6 décembre 2019 rapportant l'arrêté

du 4 novembre 2019 portant suspension provisoire de son permis de conduire. Ainsi, il y a lieu de considérer que la durée de traitement de la demande de titre de M. B a duré quatre mois. Par suite, et nonobstant la complexité de la régularisation de la situation administrative à opérer, impliquant notamment l'intervention de plusieurs acteurs dont le " centre d'expertise et de ressources titre " pour l'instruction du dossier, l'Agence nationale des titres sécurisés pour la mise en production et la préfecture pour la délivrance du titre, il résulte de l'instruction que le délai total de gestion de la demande de M. B a été anormalement long et, a dès lors excédé le délai raisonnable imparti à l'administration saisie d'une telle demande.

15. Enfin, aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire : " I. ' Les permis de conduire délivrés avant le 19 janvier 2013 demeurent valables pour la conduite des catégories de véhicules auxquels ils se rapportent, au plus tard jusqu'au 19 janvier 2033. () Du 19 janvier 2013 au 15 septembre 2013, un modèle de permis conforme à l'annexe 3 bis jusqu'au 30 juin 2013 et à l'annexe 3 ter à compter du 1er juillet est institué. Les permis délivrés selon ce modèle seront remplacés à une date fixée par le ministre chargé de la sécurité routière par des permis suivant le modèle de l'annexe 3 du présent arrêté. Il sera substitué au plus tard avant le 19 janvier 2033, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, aux permis de conduire délivrés avant le 19 janvier 2013 un nouveau modèle de permis de conduire, joint en annexe 3. Du 19 janvier au 15 septembre 2013, il est procédé à la délivrance d'un duplicata du titre conformément aux modèles présentés en annexe 3 bis ou 3 ter dans les cas suivants : -perte ou vol ; -détérioration de l'original ; -extension de catégorie ; -changement d'état matrimonial ; -suspension ou annulation d'une catégorie par le préfet pour un motif médical. II. ' A compter du 16 septembre 2013, il est obligatoirement procédé au renouvellement du titre délivré, contre un permis de conduire tel qu'il est présenté en annexe 3 du présent arrêté dans les cas visés au I ci-dessus. Le renouvellement des titres délivrés après le 19 janvier 2013 intervient, sans préjudice des dispositions du I bis de l'article R. 221-1-1 du code de la route, à l'occasion de chaque modification des informations portées sur les titres ou au terme de leur période de validité, et en tout état de cause tous les quinze ans à compter de leur date de délivrance. () "

16. Il résulte de ces dispositions qu'à compter du 16 septembre 2013, en cas de suspension d'un permis de conduire, le permis de conduire délivré sous l'ancien format ne peut être restitué qu'après renouvellement du titre sous le format du nouveau modèle de permis de conduire de l'Union européenne présenté à l'annexe III de l'arrêté du 20 avril 2012 susvisé. Par suite, s'il n'est pas contesté en défense que le permis de conduire délivré à M. B

le 14 mars 1983 a été détruit par l'administration postérieurement au contrôle réalisé

le 26 octobre 2019, alors même qu'il demeurait valide jusqu'au 20 janvier 2033, cette circonstance, à elle-seule, n'est pas de nature à ouvrir un droit à réparation au requérant dès lors que ce permis devait être remplacé par un permis de conduire relevant du nouveau modèle de permis de conduire de l'Union européenne.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat résultant de la carence fautive de l'administration dans la gestion du dossier, en raison du délai anormal de traitement de sa demande de fabrication d'un permis de conduire au nouveau format suite à la non restitution de son permis de conduire à l'ancien format.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

18. En premier lieu, le ministre de l'intérieur fait valoir que le lien de causalité entre le préjudice invoqué par M. B et la faute de l'administration n'est pas établi. Au soutien de son moyen, le ministre argue d'une part que le requérant disposait d'un véhicule pouvant être conduit sans titre de conduite dès lors qu'il a été contrôlé sur un scooter le 26 octobre 2019 et d'autre part que les droits à conduire de M. B étaient rétablis à compter du

6 décembre 2019, date à laquelle le préfet avait mis fin à la mesure de suspension.

19. Toutefois, d'une part, si les droits à conduire de M. B ont bien été rétablis par l'arrêté préfectoral n° 2019/3950 du 6 décembre 2019 rapportant l'arrêté de suspension

du 4 novembre 2019, il est constant que l'intéressé ne disposait plus matériellement d'un titre de conduite lui permettant de justifier de tels droits en cas de réquisition par des agents de l'autorité compétente au sens des dispositions de l'article R. 233-1 du code de la route. D'autre part, à supposer que le véhicule conduit par le requérant ne nécessitait pas la détention d'un titre de conduite, comme c'est le cas pour les cyclomoteurs dont la cylindrée est inférieure à

50 centimètres cubes, cette seule circonstance est sans incidence sur la liberté de M. B à conduire en automobile pour se rendre au lieu de son exercice professionnel ou pour siéger au conseil des prud'hommes de Créteil, notamment pour emporter ses dossiers dans des conditions de sécurité matérielle.

20. En second lieu, le requérant qui recherche la responsabilité de la personne publique doit justifier des préjudices qu'il invoque en faisant état d'éléments personnels et circonstanciés pertinents. M. B, fait valoir qu'il a dû " batailler " pour récupérer un titre de conduite, qui peut être indemnisé au titre du préjudice moral. A cet égard, le requérant se prévaut de ce qu'il a dû sensibiliser les services préfectoraux à sa situation en les appelant à plusieurs reprises au téléphone et notamment le 5 novembre 2019, en se déplaçant avec son conseil en préfecture

le 21 novembre 2019 et en y revenant le 22 novembre 2019 sans pouvoir obtenir une consultation et ne pouvant qu'y déposer son dossier, en leur écrivant plusieurs messages électroniques en date du 22 novembre 2019, du 27 janvier 2020 ou encore du 2 mars 2020 pour solliciter la restitution de son permis de conduire antérieur puis pour alerter sur le blocage de son dossier au niveau de l'Agence nationale des titres sécurisés. Il se prévaut également de ce qu'il était attentif au respect du processus informatique administré par l'Agence nationale des titres sécurisés en lien avec la préfecture. M. B soutient également, au titre des troubles dans les conditions d'existence, qu'il a été pénalisé dans ses déplacements professionnels ainsi que dans le cadre de l'exercice de son mandat de conseiller au conseil des prud'hommes de Créteil, mandat dont l'existence est corroborée la carte de membre d'un conseil de prud'hommes établie par le procureur de la République et le premier président de la Cour d'appel. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'importance des démarches insistantes qu'à du entreprendre M. B pour récupérer un titre de conduite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis par le requérant au cours de la période anormale de traitement de sa demande de fabrication d'un permis de conduire au nouveau format en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 600 euros.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 600 euros en réparation du préjudice subi.

Sur les frais liés au litige :

22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat qui est, dans la présente instance, la partie perdante, la somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 600 (six cent) euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 500 (cinq cent) euros au titre de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 202Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

S. SCHILDER La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2101186

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