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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101523

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101523

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101523
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre, JU
Avocat requérantDORMIEU CLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 février 2021, enregistrée le 20 janvier 2021 au greffe du tribunal, le président de la 8ème chambre du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal la requête présentée par M. B A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Lille, le 20 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Dormieu, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1202, 10 euros au titre des arriérés de salaires dues pour la période courant de janvier 2014 à juin 2017 et celle de 1 500 euros en réparation du préjudice subi ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et, l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 Juillet 1991.

Il soutient qu'il est fondé à percevoir le reliquat de rémunérations non versé d'un montant de 1 202,10 euros au titre des périodes des mois de juillet 2014 à janvier 2015, mai 2015 à février 2016, du mois d'avril 2016, de juin à novembre 2016 et de janvier 2017 à juin 2017 ainsi que la réparation de préjudice subi du fait de l'atteinte à sa dignité.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 9 mai 2022, le ministre de la justice conclut que le reliquat des salaires dû au titre de la période concernée se limite à la somme de 1 110,37 euros, et, au rejet du surplus des conclusions de la requête de M. A.

Il soutient que :

- le décompte présenté par le requérant est erroné en ce qu'il ne prend pas en compte la contribution sociale généralisée et la contribution pour le remboursement de la dette sociale ;

- le préjudice moral allégué n'est pas établi.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;

- les décrets n° 2012-828 du 28 juin 2012 et n° 2012-1429 du 19 décembre 2012, portant relèvement du salaire minimum de croissance ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, détenu au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers, a exercé une activité professionnelle au sein des ateliers de cet établissement durant une période discontinue des mois de juillet 2014 au mois de juin 2017. Estimant avoir reçu une rémunération inférieure à celle qu'il aurait dû percevoir, il a adressé, le 23 septembre 2020, une réclamation préalable au directeur interrégional des services pénitentiaires afin d'obtenir le versement des arriérés de salaire non perçus dont le montant s'élève à la somme de 1202,10 euros, à titre principal. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser cette somme et à lui réparer le préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait de ce non-paiement.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le reliquat des salaires :

2. D'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale : " () La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées ". Selon l'article D. 432-1 du même code : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article D. 433-4 du code de procédure pénale : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue () sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. ". S'agissant de l'assurance vieillesse, l'article R. 381-104 de ce code prévoit que : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ". Aux termes de l'article R. 381-105 de ce même code : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 381-107 du même code : " La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l'application de l'article R. 381-105 ".

4. Il résulte des dispositions citées aux points précédents que les personnes détenues sont au nombre de celles qui sont assujetties à la contribution sociale généralisée et que la rémunération qu'elles perçoivent en contrepartie du travail qu'elles effectuent dans les conditions prévues à l'article 717-3 du code de procédure pénale entre dans l'assiette de la contribution sociale généralisée ainsi que dans celle de la contribution pour le remboursement de la dette sociale.

5. Il est constant que M. A a exercé une activité professionnelle aux ateliers de l'établissement pénitentiaires au cours des périodes des mois de juillet 2014 à janvier 2015, de ceux de mai 2015 à février 2016, du mois d'avril 2016, de juin à novembre 2016 et des mois de janvier 2017 à juin 2017. Il résulte de l'instruction, notamment des bulletins de salaire, remis au requérant sur ces périodes, et il n'est pas contesté des erreurs dans les modalités de calcul de la rémunération due à M. A, eu égard à l'application des dispositions précitées sur les rémunérations brutes dues à l'intéressé au cours des périodes définies et celles qu'il a perçues, notamment la prime d'opérateur correspondant à la somme de 20, 64 brute, M. A est fondé à réclamer la condamnation de l'Etat à lui verser la somme 1 107, 21 euros nette au titre des arriérés de salaires d'un montant de 349,52 euros, de 508,06 euros, de 123,71 euros et de 125,92 euros respectivement pour les années 2014, 2015, 2016 et 2017.

En ce qui concerne le préjudice :

6. En se bornant à faire valoir, sans aucune explication relative à sa situation personnelle, qu'il a subi un " traitement attentatoire à sa dignité " et qu'il " s'est senti exploité et victime de l'arbitraire de l'administration pénitentiaire ", M. A n'établit la réalité du préjudice moral consécutif à la privation d'une partie de ses salaires, qu'il doit être regardé comme constituant une faute, distinct du préjudice financier dû aux erreurs de calcul commises par l'administration dans la détermination du montant de sa rémunération. Dès lors, il n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat, à ce titre.

Sur les frais liés au litige :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dormieu, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dormieu d'une somme de 500 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 1 107, 21 euros.

Article 2 : L'Etat versera à Me Dormieu une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dormieu renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministère de la justice et à Me Dormieu.

Copie en sera adressée au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 novembre 2022.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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