jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2101532 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | DESCHAMPS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 février 2021 et 24 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Baudin-Vervaecke, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2020 du maire de la Ferté-Gaucher en tant qu'elle porte refus de requalification de ses contrats de travail conclus avec l'association " ADDA " en contrats de droit public conclus avec la commune de la Ferté-Gaucher, et d'annuler en conséquence la décision de licenciement du 7 août 2020 ;
2°) de requalifier ses contrats de travail en contrats de droit public ;
3°) d'enjoindre à la commune de la Ferté-Gaucher de la réintégrer à son poste sans délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de condamner la commune de la Ferté-Gaucher à lui verser la somme à parfaire de 21 501 euros au titre du rappel de rémunération due entre la date de licenciement et la date de réintégration effective, et la somme de 2 150,10 euros au titre des congés payés s'y rapportant ;
5°) de mettre à la charge de la commune de la Ferté-Gaucher la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient qu'en dépit de contrats de travail signés avec une association régie par la loi du 1er juillet 1901, elle doit être regardée comme ayant été recrutée par la commune de la Ferté-Gaucher, eu égard aux conditions d'exécution de ses contrats et au financement de sa rémunération par la commune.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 19 mars 2022 et 26 janvier 2024, la commune de la Ferté-Gaucher, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que le moyen de la requête n'est pas fondé.
Par une ordonnance du 5 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 avril 2024 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,
- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, titulaire d'un diplôme universitaire de musicien intervenant, a été recrutée le 4 octobre 2011 par l'association " ASL 77 ", sous contrat à durée déterminée d'une durée initiale de neuf mois, en qualité d'enseignante musicale en milieu scolaire. A compter du 17 septembre 2012, elle a été recrutée pour exercer ces mêmes fonctions, par contrat à durée indéterminée signée avec la même association, devenue l'association " Les troubadours ", puis en dernier lieu l'association " ADDA ". En 2011, l'association " ASL 77 " a conclu avec la commune de la Ferté-Gaucher une convention pluriannuelle d'objectifs visant à mettre en œuvre un programme d'interventions musicales au bénéfice des élèves de plusieurs écoles élémentaires de la commune, dispensées par une personne titulaire du diplôme universitaire de musicien intervenant, dite " dumiste ". Cette convention a été renouvelée chaque année entre 2011 et 2020, et prévoyait notamment le versement d'une subvention par la commune à l'association permettant le financement de l'intervenante musicale. Par un courrier du 20 juillet 2020, le président de l'association " ADDA " a informé Mme B de ce que son licenciement pour motif économique était envisagé compte tenu de la rupture de la convention liant l'association à la commune. Le licenciement de l'intéressée a été prononcé le 7 août 2020. Par un courrier du 9 septembre 2020, Mme B a demandé au maire de la Ferté-Gaucher de requalifier son contrat de travail à durée indéterminée conclu avec l'association " ADDA " en contrat de droit public conclu avec la commune et de la réintégrer dans les effectifs de la commune. Par une décision du 22 septembre 2020, le maire a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle porte refus de requalification de son contrat de travail à durée indéterminée en contrat de droit public, l'annulation de son licenciement, sa réintégration dans les effectifs de la commune et la condamnation de la commune à lui payer la somme globale de 23 651,10 euros, correspondant au montant de la rémunération due entre son licenciement et sa réintégration effective, et aux congés payés s'y rapportant.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de requalification de contrat de travail :
2. Sauf dispositions législatives contraires, les personnels non statutaires travaillant pour le compte d'un service public à caractère administratif géré par une personne publique sont des agents contractuels de droit public, quel que soit leur emploi. Une telle situation peut résulter, s'agissant d'un salarié mis à la disposition d'un employeur public par une personne de droit privé, de ce que cette dernière ne constitue que l'instrument d'une extériorisation irrégulière de la main-d'œuvre et de l'emploi dont la sanction consiste en la substitution de la personne publique, en qualité d'employeur, à la personne privée avec laquelle le contrat de travail a été conclu.
3. Dans le cas où l'intéressé soutient, en conséquence, que son véritable employeur n'est pas l'organisme avec lequel il a signé ce contrat, mais la personne publique auprès duquel l'organisme l'a affecté, il appartient au juge administratif de rechercher, en recourant à la méthode du faisceau d'indices, si la personne publique peut être désignée comme l'employeur. Ces indices pourront être trouvés dans les conditions d'exécution du contrat : affectation exclusive et permanente dans un service de la personne publique, tâches confiées relevant des missions habituelles du service. Ils pourront également être recherchés dans l'existence ou non d'un lien de subordination vis-à-vis du chef du service concerné : responsabilité et surveillance de ce chef de service, directives, conditions et horaires de travail imposés par ce dernier. Ils pourront provenir, le cas échéant, de l'examen des conditions dans lesquelles la personne publique a dédommagé l'employeur apparent pour les salaires qu'elle a versés à la personne recrutée.
4. Il ressort des pièces du dossier que le 4 juillet 2011, le maire de la Ferté-Gaucher a informé Mme B que sa candidature avait été retenue pour le poste d'intervenante musicale auprès des élèves de l'école primaire du Grand Morin. Dans ce courrier, le maire lui apportait certaines précisions relatives aux conditions d'exercice de ses fonctions. Par un courrier du 7 septembre 2011, le maire l'informait de contraintes administratives empêchant son recrutement par la commune, et de ce que son contrat de travail serait conclu avec l'association intervenant dans l'une des écoles élémentaires de la commune. Mme B a signé un premier contrat de travail à durée déterminée à temps partiel le 4 octobre 2011 avec l'association " APSL 77 ", puis un contrat à durée indéterminée, à temps partiel puis à temps plein, avec la même association devenue " Les troubadours " puis " ADDA ". Il ressort également des pièces du dossier que la convention qui liait la commune et l'association avait pour seul objet le déploiement des interventions de la " dumiste ", en l'espèce de Mme B, dans les écoles maternelles et élémentaires de la commune, et que la collectivité s'engageait à financer l'intégralité de son salaire, par le biais d'une subvention spécifiquement dédiée à cette dépense. En outre, le suivi des interventions de Mme B et les discussions relatives à l'emploi du temps et à la gestion de son temps de travail impliquaient, outre l'association qui l'employait, un représentant du maire. Il ressort également des pièces du dossier que l'association faisait elle-même référence, sur des documents relatifs au planning de Mme B, au contrat de travail " conclu avec la municipalité de la Ferté-Gaucher ". Enfin, il ressort du compte-rendu de l'entretien du 29 juillet 2020 préalable au licenciement, rédigé par le conseiller du salarié de Mme B et dont le contenu n'est pas contesté par la commune, que le président de l'association considérait lui-même que le recrutement de cette dernière, validé en 2011 par son prédécesseur, relevait du " portage salarial " et présentait un caractère " artificiel ", et que cette situation " n'aurait jamais dû exister ". Ainsi, au regard de l'ensemble de ces éléments, Mme B est fondée à soutenir que la commune de la Ferté-Gaucher était son véritable employeur.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 22 septembre 2020 du maire de la Ferté-Gaucher, en tant qu'il a refusé de requalifier le contrat de travail à durée indéterminée de Mme B en contrat de droit public, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'annulation du licenciement :
6. L'annulation de la décision de licenciement prise par le président de l'association " ADDA " n'est pas une conséquence nécessaire de la requalification du contrat de travail liant la requérante à l'association en contrat de droit public conclu avec la commune de la Ferté-Gaucher. Par suite, Mme B, qui ne soulève aucun moyen contre la décision de licenciement, n'est pas fondée à en demander l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
8. L'annulation de la décision du 22 septembre 2020 en tant qu'elle porte refus de requalification du contrat de Mme B implique seulement que la commune de la Ferté-Gaucher procède à cette requalification et en tire toutes les conséquences de droit. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la commune de la Ferté-Gaucher d'y procéder dans un délai de deux mois.
9. En l'absence d'annulation de la décision de licenciement, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de la réintégrer à son poste sans délai à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions pécuniaires :
10. Mme B n'étant pas fondée à demander sa réintégration au sein des effectifs de la commune, les conclusions tendant à ce que la commune de la Ferté-Gaucher soit condamnée à lui payer la somme de 21 501 euros au titre du rappel de rémunération entre la date de son licenciement et la date de sa réintégration effective, et la somme de 2 150,10 euros au titre des congés payés s'y rapportant, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de la Ferté-Gaucher une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
13. D'autres part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ". Si Mme B demande la condamnation de la commune de la Ferté-Gaucher aux dépens, elle ne justifie avoir engagé, dans la présente instance, aucun des frais mentionnés par l'article R. 761-1. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de la Ferté-Gaucher du 22 septembre 2020 est annulée en tant qu'elle refuse de requalifier le contrat à durée indéterminée conclu entre Mme B et l'association " ADDA " en contrat de droit public conclu avec la commune.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de la Ferté-Gaucher de procéder à la requalification du contrat de travail de Mme B et d'en tirer toutes les conséquences en droit, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de la Ferté-Gaucher une somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de la Ferté-Gaucher.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, première conseillère,
Mme Massengo, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juin 2024.
La rapporteure,
C. MASSENGOLa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026