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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101662

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101662

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101662
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février 2021 et 20 avril 2021, Mme A B, représentée par Me Beguin, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Boissy-Saint-Léger à lui payer la somme totale de 29 281,88 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de l'illégalité fautive de la décision de 22 juin 2018 du maire de Boissy-Saint-Léger portant non-renouvellement de son contrat et du recours abusif de la commune à des contrats à durée déterminée ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Boissy-Saint-Léger la somme de 2 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'illégalité fautive de la décision du 22 juin 2018 par laquelle le maire de Boissy-Saint-Léger a refusé de renouveler son contrat à durée déterminée est de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- il en a résulté pour elle un préjudice matériel devant être indemnisé à hauteur de 14 466,69 euros ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence devant être indemnisés à hauteur de 10 000 euros ;

- le recours abusif à des contrats à durée déterminée est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- il en a résulté un préjudice devant être indemnisé à hauteur de 4 815,19 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2021, la commune de Boissy-Saint-Léger, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 août 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,

- et les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée au sein de la commune de Boissy-Saint-Léger à compter du 15 février 2012 en qualité d'adjointe d'animation, par plusieurs contrats à durée déterminée successifs. Par une décision du 22 juin 2018, le maire de Boissy-Saint-Léger a décidé de ne pas renouveler son contrat arrivant à son terme prévu le 31 août 2018. Par un jugement du 9 juillet 2020 rendu dans l'instance n° 1806579, le tribunal a annulé cette décision. Par un courrier reçu le 1er décembre 2020, Mme B a demandé au maire de Boissy-Saint-Léger à être indemnisée des préjudices qu'elle estime avoir subis, résultant des fautes commises par la commune. Cette autorité lui a proposé une indemnisation d'un montant de 5 815,19 euros. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner la commune de Boissy-Saint-Léger à lui payer la somme totale de 29 281,88 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, résultant de l'illégalité fautive de la décision de non-renouvellement de son contrat et du recours abusif de la commune à des contrats à durée déterminée pour l'employer en tant qu'adjointe d'animation entre 2012 et 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. En premier lieu, il résulte du jugement cité au point 1 que la décision du 22 juin 2018 par laquelle le maire de Boissy-Saint-Léger a décidé de ne pas renouveler le contrat de Mme B est illégale. En conséquence, cette dernière est fondée à demander la réparation des préjudices ayant résulté de cette illégalité fautive. Toutefois, l'intéressée ne peut obtenir cette réparation que dans la mesure où elle justifie de leur réalité, de leur montant et d'un lien de causalité avec cette illégalité.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs ". Aux termes de son article 3-2 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ".

4. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B a exercé les fonctions d'adjointe territoriale d'animation au sein de la commune de Boissy-Saint-Léger entre le 15 février 2012 et le 31 août 2018. La commune a conclu avec l'intéressée vingt-et-un contrats à durée déterminée, pour des périodes allant de quelques jours à quelques mois entre 2012 et 2015, et pour des périodes d'un an entre 2015 et 2018. Jusqu'en 2012, les contrats n'étaient interrompus que pour de courtes périodes, allant de deux jours à un mois durant les périodes estivales. Certains actes d'engagement étaient pris sur le fondement de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 précité, alors même qu'ils mentionnaient la nécessité pour la commune de faire face à un accroissement d'activité, motif renvoyant aux dispositions de l'article 3, alors applicable, de la même loi. L'acte d'engagement relatif à la période du 1er septembre 2015 au 31 août 2018 ne mentionnait pas le fondement légal mais l'existence d'un emploi vacant n'ayant pu être immédiatement pourvu, tandis que les actes d'engagement relatifs aux périodes du 1er septembre 2016 au 31 août 2017 et du 1er septembre 2017 au 31 août 2018 visaient l'article 3-2 de la loi du 1984 précité alors même que le motif invoqué, à savoir l'accroissement temporaire d'activité, renvoie aux dispositions de l'article 3, alors applicable, de la même loi. La commune de Boissy-Saint-Léger ne peut ainsi sérieusement soutenir qu'elle se trouvait confrontée à un accroissement temporaire d'activité en réalité continu, sur une période aussi longue. Par suite, eu égard à la nature des fonctions exercées par Mme B, au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, cette dernière est fondée à soutenir que la commune de Boissy-Saint-Léger a commis une faute en recourant de manière abusive à des contrats à durée déterminée, de nature à engager la responsabilité de la commune.

6. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme B est fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Boissy-Saint-Léger à raison de son recours abusif à des contrats à durée déterminée entre 2012 et 2018 et de la faute de son maire décidant de ne pas renouveler son contrat dont le terme était fixé au 31 août 2018.

En ce qui concerne le préjudice :

S'agissant du préjudice résultant de la décision de non-renouvellement du contrat :

7. Lorsqu'un agent public sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de ne pas renouveler son contrat ou de le modifier substantiellement sans son accord, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte et déterminée en tenant compte notamment de la nature et de la gravité de l'illégalité, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure, et des troubles dans ses conditions d'existence.

8. Au regard des six années et six mois d'ancienneté de Mme B au sein de la commune, du montant de sa rémunération mensuelle, de la nature et de la gravité de l'illégalité commise par la commune, et de l'absence de pièce permettant d'établir l'ampleur des troubles dans ses conditions d'existence postérieurs à la décision, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en l'évaluant à la somme de 6 000 euros, tous préjudices compris.

S'agissant du préjudice résultant du recours abusif aux contrats à durée déterminée :

9. Il résulte des constatations opérées au point 5 que Mme B est fondée à obtenir réparation du préjudice qu'elle a subi du fait d'un recours abusif à des contrats à durée déterminée, évalué en fonction des avantages financiers auxquels elle aurait pu prétendre en cas de licenciement si elle avait été employée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.

10. Aux termes de l'article 45 de du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires (). ". De plus, aux termes de l'article 46 du même décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services. Elle est réduite de moitié en cas de licenciement pour insuffisance professionnelle. /()/ Pour l'application de cet article, toute fraction de service égale ou supérieure à six mois sera comptée pour un an ; toute fraction de service inférieure à six mois n'est pas prise en compte. /()/ ". Enfin, aux termes de l'article 48 du même décret : " Toute période durant laquelle les fonctions ont été exercées à temps partiel est décomptée proportionnellement à la quotité de travail effectué ".

11. Il résulte de l'instruction que Mme B bénéficiait d'une rémunération mensuelle, hors primes et cotisations, de 1 142,63 euros' nets, et qu'elle a exercé à temps non complet, avec une quotité de temps de travail inférieure à cinquante pour cent entre le 15 février 2012 et le 31 août 2015. Ainsi, en application des dispositions précitées, l'ancienneté acquise durant cette période ne peut être prise en compte dans le calcul de l'indemnité. Dès lors, l'indemnité de licenciement à taux plein doit être calculée sur la base de la moitié de sa rémunération, sur une période de trois années correspondant à la période du 1er septembre 2015 au 31 août 2018 durant laquelle elle a travaillé à temps complet. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice en fixant son indemnisation à une somme de 1 714 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Boissy-Saint-Léger une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Boissy-Saint-Léger est condamnée à payer la somme totale de 7 714' euros à Mme B.

Article 2 : La commune de Boissy-Saint-Léger versera une somme de 1 500 euros à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Boissy-Saint-Léger.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 novembre 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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