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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101841

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101841

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101841
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2021, M. C B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 15 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 16 septembre 2017, 27 octobre 2017, 13 décembre 2017, 24 août 2019, 25 octobre 2019 et 12 mai 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer son capital de points dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées des 16 septembre 2017, 27 octobre 2017, 13 décembre 2017, 25 octobre 2019 et 12 mai 2020 portant retrait de points sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'obligation d'apporter au contrevenant l'ensemble des informations préalables prévues par les dispositions des articles L.223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respectée ; il appartient à l'administration d'établir l'accomplissement de cette formalité, la seule production du relevé d'information intégral étant insuffisante pour rapporter cette preuve ;

- s'agissant de l'infraction du 24 août 2019, la décision du 15 janvier 2021 invalidant le permis de conduire est insuffisamment motivée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par courrier en date du 15 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 16 septembre 2017 et 25 octobre 2019 au motif qu'elles sont dépourvues d'objet, les points ayant été restitués avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a commis les 16 septembre 2017, 27 octobre 2017, 13 décembre 2017, 25 octobre 2019 et 12 mai 2020 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de neuf points sur son permis de conduire. A la suite de l'enregistrement d'une nouvelle infraction commise le 24 août 2019, le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI " du 15 janvier 2021 a retiré six nouveaux points puis, après avoir récapitulé les décisions de retrait de points antérieures et tenu compte des éventuelles récupérations de points, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points mentionnées dans cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B édité le 3 mai 2021 que les points retirés sur son permis de conduire suite aux infractions constatées les 16 septembre 2017 et 25 octobre 2019 lui ont été restitués avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête dirigées contre les décisions procédant à ces retraits de points sont sans objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

4. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un outil dédié ou par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

S'agissant de l'infraction commise le 27 octobre 2017 :

5. Il ressort de la mention " AF " portée sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, que l'intéressé s'est acquitté de l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction constatée le 27 octobre 2017 par radar automatique. Ainsi, le requérant a nécessairement reçu des courriers du ministre chargé de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. B n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de ces infractions doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise les 13 décembre 2017 et 12 mai 2020

6. Il résulte du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B édité le 3 mai 2021 que les infractions commises les 13 décembre 2017 et 12 mai 2020 ont été relevées par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique ainsi que l'atteste la mention " PVE ", et que l'intéressé a payé l'amende forfaitaire émise à la suite de ces infractions. Ces paiements permettent d'établir que M. B a bien reçu les avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n'établit pas que les avis reçus n'auraient pas comporté cette information. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant ces infractions doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut de motivation :

7. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision " 48 SI " du 15 janvier 2021, qui notifie à M. B la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 24 août 2019, l'informe de la date, du lieu et de la qualification de l'infraction. Elle précise que la réalité de l'infraction a été établie, conformément à l'article L. 223-1 du code de la route, par la condamnation devenue définitive prononcée à son encontre le 9 décembre 2019 par le tribunal de grande instance de Melun, et qu'en application de l'article L. 223-3 du code de la route, cette infraction a entrainé de plein droit la perte de six points de son permis de conduire. Cette décision, qui énonce les considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est ainsi régulièrement motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision référencée " 48 SI " du 15 janvier 2021 portant invalidation du permis de conduire :

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points doivent être rejetées. Il suit de là que c'est sans avoir fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce que le ministre a pu constater le solde de points nul affecté au permis de conduire de M. B et lui demander de restituer son titre de conduite. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 15 janvier 2021 doivent être également rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1

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