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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2101966

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101966

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2101966
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET LAURANT ET MICHAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2021, M. et Mme A E B, représentés par Me Laurant, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont a été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction de ces mêmes impositions, sur la base d'un plafonnement des distributions de revenus à 60 000 euros, découlant du redressement de la SARL Périphérique au titre des années 2015 et 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- pour déterminer leurs revenus fonciers imposables, l'administration fiscale devait déduire des loyers perçus par M. E B et versés par la SARL Le Diplomate les dépenses nécessairement engagées par celui-ci en tant que bailleur ;

- M. E B n'a jamais eu la disposition des revenus regardés comme distribués par la SAS Société Périphérique ;

- la reconstitution des recettes de la SARL Hôtel Périphérique opérée par l'administration est irréaliste, aléatoire et sommaire ; elle n'a pas démontré la réalité de l'appréhension des sommes qualifiées de revenus distribués par M. A F ;

- les rectifications concernant les prélèvements sociaux et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus sont infondées dès lors que les rectifications portant sur les revenus fonciers et les revenus mobiliers le sont également ;

- ils effectuent des recherches concernant le quotient familial applicable ;

- la majoration de 40 % n'est pas justifiée en l'absence de manquement délibéré de leur part.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme E B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme E B ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre de leurs revenus perçus en 2014, 2015 et 2016 à l'issue de laquelle, par deux propositions de rectification en date du 23 novembre 2018, ils se sont vu notifier des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015, d'une part, et 2016, d'autre part, selon la procédure de rectification contradictoire de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Par la présente requête, M. et Mme E B demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

2. En premier lieu, si les requérants soutiennent, s'agissant de la détermination de leurs revenus fonciers imposables, que l'administration fiscale devait déduire des loyers perçus de la société à responsabilité limitée (SARL) Le Diplomate les dépenses nécessairement engagées par M. E B en tant que bailleur, ils ne produisent aucun justificatif au soutien de leurs allégations.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes () ". Il résulte de l'instruction que M. E B est président et actionnaire principal de la société par actions simplifiée (SAS) Société Périphérique qui a pour activité l'exploitation d'un bien immobilier affecté à une activité de location en meublé, l'Hôtel Berbère, et à une activité de restauration, le restaurant Osiano's. A l'occasion de la vérification de comptabilité de la SAS Société Périphérique, le service a constaté que M. E B encaissait sur ses comptes bancaires personnels les recettes de la SAS Société Périphérique, le règlement des loyers par la SARL Hôtel Berbère et par la SARL Osiano's étant effectué directement sur les comptes bancaires de M. E B. Les requérants soutiennent que le bien immobilier en cause appartenait précédemment à M. E B, que celui-ci en a fait apport à la société à la SAS Société Périphérique le 23 juillet 2015 mais que le changement de bailleur n'a pas été signifié aux preneurs, de sorte que M. E B n'a eu d'autre choix que d'encaisser personnellement les chèques émis à son nom, que ces dettes ont été comptabilisées comme telles dans les écritures de la société, au débit du compte courant de M. E B, et que celui-ci n'en a jamais eu la libre disposition puisque ces disponibilités ont été utilisées pour financer des travaux. Toutefois, dès lors que M. E B a encaissé sur ses comptes bancaires personnels, pendant deux années, les loyers versés par les locataires des fonds de commerce à la place de la SAS Société Périphérique, sans effectuer aucun remboursement et alors qu'il ne produit aucun justificatif relatif aux travaux allégués, c'est à bon droit que l'administration a réintégré les sommes correspondantes au revenu imposable de M. E B, au titre des années 2016 et 2017, et les a imposées à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du a de l'article 111 du code général des impôts, la circonstance que la dette de M. E B vis-à-vis à de la société ait été régulièrement constatée dans les écritures comptables étant sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition contestée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". Il résulte de l'instruction que, à l'issue de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, la comptabilité de la SARL Hôtel Périphérique, dont M. E B est le gérant, a été rejetée comme insincère compte tenu de l'absence de support probant de suivi des recettes journalières et de l'absence de suivi comptable des encaissements et des sorties d'espèces. Le service a donc rehaussé le chiffre d'affaires de ladite société en reconstituant ses recettes en espèces sur la base de 10 000 euros par mois. Les requérants soutiennent que cette reconstitution de recettes est irréaliste, aléatoire et sommaire. Ils font valoir que l'appréhension de recettes non déclarées repose sur les déclarations de Mme D C, employée de l'établissement et ex-épouse de M. E B, avec laquelle celui-ci est en très mauvais termes depuis leur séparation en 2003. Toutefois, cette appréhension de recettes est corroborée par l'absence d'encaissements de recettes déclarés en comptabilité alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que la société percevait des règlements en espèces. Au surplus, les déclarations de Mme C sont en partie corroborées par celles du gérant lui-même, la seule différence entre les deux déclarants portant sur le montant desdits prélèvements en espèces, Mme C les évaluant à 15 000 euros par mois et M. E B à 5 000 euros seulement. Le service a donc retenu au titre des recettes en espèces une moyenne de 10 000 euros mensuels, soit 120 000 euros annuels, auxquels s'ajoutent les autres types de règlements, compris entre 60 992 et 54 536 euros selon les années, pour obtenir le chiffre d'affaires total de 180 992 euros en 2015 et 174 536 euros en 2016, chiffre d'affaires concordant selon le service avec le taux d'occupation de la profession sur Paris et la région parisienne, à savoir 60 %. Si les requérants soutiennent également que le taux d'occupation retenu par le service, à savoir 60 %, est excessif, celui-ci étant de 40 % compte tenu de la faible qualité des prestations offertes ainsi qu'en témoignent les commentaires peu amènes laissés par les clients sur le site internet " booking.com ", il résulte de ce qui précède que le service n'a pas reconstitué le chiffre d'affaires de la SARL Hôtel Périphérique à partir de ce taux d'occupation de 60 % mais a simplement constaté que le montant des recettes reconstituées selon la méthode décrite ci-dessus était cohérent avec les données publiques relatives au secteur de l'hôtellerie, et notamment avec le taux d'occupation constaté en région parisienne. Enfin, les requérants n'apportent aucun élément ni justificatif suffisamment étayé et probant de nature à démontrer que la méthode de reconstitution de recettes en espèces effectuée par le service serait erronée ou que M. E B n'aurait pas appréhendé les sommes en cause, alors qu'il a lui-même reconnu, dans le cadre de la procédure judiciaire ouverte à son encontre pour travail dissimulé et blanchiment de fraude fiscale, avoir perçu des encaissements en espèces issus de l'exploitation de la SARL l'Hôtel Périphérique et non enregistrés dans la comptabilité de la société, pour réaliser des investissements personnels. Dans ces circonstances, l'administration doit être regardée comme établissant que les sommes en litige ont été appréhendées par M. E B et constituent des revenus distribués à son profit. C'est dès lors à bon droit qu'elle a réintégré lesdites sommes au revenu imposable des requérants au titre des années 2015 et 2016 et les a imposées à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

5. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, il ne peut être soutenu par les requérants que les rectifications concernant les prélèvements sociaux et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus seraient infondées compte tenu de leur contestation des rectifications portant sur les revenus fonciers et les revenus de capitaux mobiliers.

6. En cinquième lieu, si les requérants contestent le quotient familial retenu par l'administration, leurs allégations ne sont pas assorties de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les pénalités :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir manquement délibéré du contribuable, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

8. Les requérants soutiennent que l'administration fiscale n'établit pas l'élément intentionnel du manquement. Toutefois, ainsi que l'a relevé l'administration, compte tenu de la nature des manquements constatés, à savoir l'absence de déclaration répétée des loyers perçus de l'exploitation des immeubles de M. E B et des détournements de recettes de la SAS Société Périphérique et de la SARL Hôtel Périphérique, et du fait que l'intéressé a reconnu avoir délibérément prélevé ces sommes, l'intention d'éluder l'impôt doit être regardée comme établie. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à solliciter la décharge des pénalités qui leur ont été infligées à ce titre.

9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme E B ne sont pas fondés à demander la décharge ou la réduction des impositions en litige.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. et Mme E B la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A E B et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé : A. JeanLe président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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