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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102137

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102137

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102137
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantSCP ABCG - ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2021, Mme B C, représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 22 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 6 février 2019, 12 août 2019, 6 octobre 2019, 4 novembre 2019, 8 novembre 2019, 10 novembre 2019, 27 janvier 2020 et 2 février 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer son capital de points dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les décisions attaquées portant retrait de points sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'obligation d'apporter au contrevenant l'ensemble des informations préalables prévues par les dispositions des articles L.223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respectée ; il appartient à l'administration d'établir l'accomplissement de cette formalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par Mme C n'est pas fondé.

Par courrier en date du 15 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés, le premier, de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 10 novembre 2019, au motif qu'elles sont dépourvues d'objet, le point retiré à l'occasion de la commission de cette infraction ayant été restitué par une décision du 18 août 2020 avant l'introduction de la requête et le second, de ce que la décision contestée du 22 janvier 2021 constatant l'invalidé du permis de conduire méconnaît le champ d'application de la loi dès lors que le solde de points du permis de Mme C n'est pas nul du fait de la restitution de ce point par la décision précitée du 18 août 2018.

Des observations, enregistrées le 15 novembre 2023, ont été présentées pour Mme C en réponse à ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a commis les 6 février 2019, 12 août 2019, 6 octobre 2019, 4 novembre 2019, 8 novembre 2019, 10 novembre 2019 et 27 janvier 2020 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de neuf points sur son permis de conduire. A la suite d'une nouvelle infraction commise le 2 février 2020, le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI " du 22 janvier 2021 a retiré trois nouveaux points puis, après avoir récapitulé les décisions de retrait de points antérieures et tenu compte des éventuelles récupérations de points, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressée du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points mentionnées dans cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de Mme C édité le 3 juin 2021 que le point retiré sur son permis de conduire à la suite de l'infraction constatée le 10 novembre 2019 lui a été restitué par une décision du 18 août 2020, avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête dirigées contre la décision procédant à ce retrait de point sont sans objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

4. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

En ce qui concerne l'infraction commise le 6 février 2019 :

6. En l'espèce, il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme C, que l'infraction du 6 février 2019 pour usage d'un téléphone par un conducteur de véhicule en circulation a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites par le ministre de l'intérieur, que la requérante a signé le procès-verbal électronique relatif à cette infraction, procès-verbal qui, conformément aux dispositions du II de l'article A. 37-27-2 mises en œuvre à compter du 15 avril 2015, précisent que les contraventions relevées entraînent retrait de points et comportent l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La production de cette pièce suffit donc à établir que l'intéressée a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par lesdites dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise le 6 février 2019 doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction commise le 2 février 2020

7. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme C, que l'infraction du 2 février 2020 pour usage d'un téléphone par un conducteur de véhicule en circulation a été constatée relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. L'administration ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route aient été transmises à l'intéressée, faute pour le ministre d'apporter la preuve du paiement par la requérante de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par elle de l'avis de contravention ou du titre exécutoire y afférent que le ministre ne produit au demeurant pas. L'administration n'établit pas, dans ces conditions que l'intéressée aurait reçu l'ensemble des informations légalement requises et, notamment, la connaissance de la qualification juridique de l'infraction. Par suite, la circonstance que Mme C ait pu bénéficier, à l'occasion d'infractions antérieures, d'information relatives à l'existence d'un traitement automatisé et à la possibilité d'y accéder, n'était pas de nature à assurer sa complète information s'agissant de l'infraction en question. Par suite, Mme C est fondée à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 2 février 2020.

En ce qui concerne les infractions commises les 12 août 2019, 6 octobre 2019, 4 novembre 2019, 8 novembre 2019 et 27 janvier 2020

8. Il résulte des mentions " AF " portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme C, que l'intéressée s'est acquittée des amendes forfaitaires correspondant aux infractions constatées les 30 septembre 2017 et 20 octobre 2017 par radar automatique pour un excès de vitesse inférieur à 20 km/h et une vitesse autorisée supérieure à 50 km/h. Ainsi, la requérante a nécessairement reçu des courriers du ministre chargé de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Mme C n'établit pas, au moins pour la dernière infraction que lui oppose l'administration, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Les décisions attaquées portant retrait de points pour les infractions des 12 août 2019, 6 octobre 2019, 4 novembre 2019, 8 novembre 2019, et 27 janvier 2020 portent sur des infractions identiques. Par suite, et pour le même motif que celui énoncé au point précédent, l'omission éventuelle de l'information pour ces infractions n'a pas eu pour effet de priver Mme C de la garantie instituée par la loi pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable s'agissant de ces infractions doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision référencée " 48 SI " du 22 janvier 2021 invalidant le permis de conduire :

9. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nuls. La décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de Mme C fait notamment état de la décision de retrait de trois points consécutivement à l'infraction relevée le 2 février 2020 qui, ainsi qu'il a été dit au point 7, doit être annulée. Dès lors, le solde de points du permis de conduire de Mme C n'est pas nul. Par suite la décision ministérielle du 22 janvier 2021 doit être annulée en tant qu'elle invalide le permis de conduire de Mme C.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander

l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 22 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que celle de la décision portant retrait de points consécutive à l'infraction commise 2 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

12. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressée le bénéfice des trois points illégalement retirés à la suite de l'infraction commise le 2 février 2020 dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points prises à la suite de la commission d'autres infractions routières, et que le ministre de l'intérieur et des outre-mer prenne toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de la requérante lui soit restitué, sous réserve que Mme C ne l'ait pas conservé et qu'elle n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné des retraits de points non pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, faisant obstacle à cette restitution. Il y a donc lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à ces mesures dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de trois points sur le permis de conduire de Mme C à la suite de l'infraction constatée le 2 février 2020 ainsi que sa décision référencée " 48 SI " du 22 janvier 2021 constatant la perte de validité du permis de conduire de l'intéressée sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à Mme C les trois points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points prises à la suite de la commission d'autres infractions routières et de prendre toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de la requérante lui soit restitué, sous réserve que l'intéressée ne l'ait pas conservé et qu'elle n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné des retraits de points non pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, faisant obstacle à cette restitution, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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