jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2102584 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BAKER & MCKENZIE AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2021, la société par actions simplifiées L'immobilière groupe Casino, représentée par son représentant légal, représentée par Me Meier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 dans les rôles de la commune de Fresnes et la restitution des sommes versées à ce titre ;
2°) de mettre à la charge de l'administration fiscale la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la redevance spéciale, lorsqu'elle est instituée, a vocation à financer au moins 20 % du coût du service de collecte et de traitement des déchets et la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a vocation à financer que 80 % de ce même coût ; à défaut pour la collectivité d'établir une proportion différente, le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères qu'elle peut percevoir en application de l'article 1520 du code général des impôts s'établit à 80 % du coût de la collecte et du traitement des déchets ménagers et non ménagers diminué des recettes ordinaires n'ayant pas de caractère fiscal et, le cas échéant, du produit de la redevance spéciale ;
- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2017 et 2018 excède respectivement de 34,48 % et de 39,8 % le coût du service afférent à l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères diminué des recettes non fiscales relatives au même service ;
- au regard des dispositions de l'article 1520 du code général des impôts, le produit de la taxe, et par voie de conséquence son taux, sont manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées par la collectivité pour assurer l'enlèvement et le traitement des déchets ménagers non couvertes par les recettes non fiscales ; les délibérations ayant fixé le taux de la taxe pour 2017 et 2018 sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par la société par actions simplifiées L'immobilière groupe Casino n'est pas fondé.
La procédure a été communiquée à l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre, qui n'a produit aucun mémoire en intervention.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard,
- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiées (Sas) L'immobilière groupe Casino, qui est propriétaire de locaux situés 32 avenue Division Leclerc et 2 vc centre commercial La Tuilerie à Fresnes, demande au tribunal la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
S'agissant du cadre juridique applicable :
2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015, applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'entendent des déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Aux termes de l'article L. 2333-78 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 29 décembre 2015 précitée : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / () ". Aux termes du 2 bis du III de l'article 1521 du code général des impôts, issu de la loi du 29 décembre 2015 : " Les conseils municipaux peuvent exonérer de la taxe les locaux dont disposent les personnes assujetties à la redevance spéciale prévue à l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales () ".
3. D'une part, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales cité au point 2. du présent jugement et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations.
4. Il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, les éléments définitifs postérieurs, notamment résultant du compte administratif, n'étant pris en compte qu'à défaut de précisions dans les dépenses estimées, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 précité, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations.
5. D'autre part, il résulte, en résulte, des dispositions précitées au point 2. du présent jugement que le législateur a entendu permettre aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, à compter du 1er janvier 2016, de couvrir les dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers mentionnés à l'article
L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales au moyen, concurremment, du produit de la redevance spéciale de l'article L. 2333-78 du même code et, en tant que de besoin, du produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Il suit de là que la redevance spéciale, lorsqu'elle est instituée, n'est pas tenue de financer l'ensemble des coûts liés à la collecte et au traitement des déchets non ménagers, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pouvant également pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets non ménagers pour la part qui n'est pas couverte par cette redevance ou d'autres recettes non fiscales.
S'agissant de la légalité des délibérations en litige :
6. D'une part, s'il est constant que l'établissement public territorial (EPT)
Grand-Orly Seine Bièvre a institué une redevance spéciale afin de financer une part des déchets non ménagers produits sur son territoire, il résulte de ce qui précède que la
Sas L'immobilière groupe Casino n'est pas fondée à soutenir que lorsque la redevance spéciale est instituée, il convient de ne prendre en compte pour le calcul du caractère disproportionné du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères que 80 % du coût de la collecte et du traitement des déchets, ni davantage que le produit de la redevance spéciale d'enlèvement des ordures non ménagères doit être exclu du calcul du caractère disproportionné du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.
7. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment des prévisions budgétaires mentionnées dans le budget primitif 2017 de l'EPT Grand-Orly Seine Bièvre, que le montant des dépenses du service de collecte et de traitement des déchets s'élève à 67 522 207 euros de dépenses de fonctionnement réelles exposées par le service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L.2224-14 précité du code général des collectivités territoriales, ainsi que 62 804 euros de dotations aux amortissements et provisions. Il résulte également de l'instruction que le montant des recettes non fiscales a été estimé à 11 459 982 euros dont 3 263 750 euros de redevance spéciale d'enlèvement des ordures. Il en résulte que les besoins de financement du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'élève à 56 062 225 euros (67 522 207 - 11 459 982). Dans ces conditions, à la date du vote de la délibération fixant le taux de TEOM applicable au titre de l'année 2017, les recettes de TEOM, estimées à 61 612 327 euros, excédaient de 5 550 102 euros (61 612 327 - 56 062 225), soit de 9,9 %, les dépenses nécessaires au fonctionnement du service non couvertes par les recettes ordinaires non fiscales. Cet excédent ne peut être regardé comme présentant un caractère manifestement disproportionné et, par suite, la Sas L'immobilière groupe Casino n'est pas fondée à soutenir que la délibération fixant le taux de TEOM pour 2017, dont elle a invoqué l'illégalité par voie d'exception, méconnaîtrait les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment des prévisions budgétaires mentionnées dans le budget primitif 2018 de l'ETP Grand-Orly Seine Bièvre, le montant des dépenses du service de collecte et de traitement des déchets s'élève à 66 026 099 euros de dépenses de fonctionnement réelles exposées par le service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L.2224-14 précité du code général des collectivités territoriales. Il résulte également de l'instruction que le montant des recettes non fiscales a été estimé à 11 114 934 euros dont 2 871 550 euros au titre de la redevance spéciale d'enlèvement des ordures. Il en résulte que les besoins de financement du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'élève à 54 911 165 euros (66 026 099 - 11 114 934). Dans ces conditions, à la date du vote de la délibération fixant le taux de TEOM applicable au titre de l'année 2018, les recettes de TEOM, estimées à 62 319 522 euros, excédaient de 7 408 357 euros (62 319 522 - 54 911 165), soit de 13,49 %, les dépenses nécessaires au fonctionnement du service non couvertes par les recettes ordinaires non fiscales. Cet excédent ne peut être regardé comme présentant un caractère manifestement disproportionné et, par suite, la Sas L'immobilière groupe Casino n'est pas fondée à soutenir que la délibération fixant le taux de TEOM pour 2018, dont elle a invoqué l'illégalité par voie d'exception, méconnaîtrait les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la Sas L'immobilière groupe Casino n'est pas fondée à demander la décharge de la TEOM à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018. Il y a lieu, par conséquent, de rejeter ses conclusions aux fins de décharge ainsi que celles qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la Sas L'immobilière groupe Casino est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sas L'immobilière groupe Casino, à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne et à l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026