vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2102666 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | COPPERE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 22 mars 2021, le président du tribunal administratif de
Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société Art propreté.
Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2020, et un mémoire, enregistré le 20 octobre 2021, la société Art propreté, représentée par Me Coppere, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2020 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France lui a infligé l'amende, prévue par les dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail pour manquement aux dispositions relatives à la détermination de la durée du travail, pour un montant de 10 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée :
- n'a pas été prise par une autorité habilitée ;
- est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne précise pas la période à laquelle se rapporte le manquement ;
- a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas obtenu communication du procès-verbal d'audition des salariés et n'a pas été informée au cours de la procédure contradictoire de la recevabilité du mode de preuve issu des pointages journaliers ;
- est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits dès lors que le décompte des durées de travail était réalisé ;
- fait une inexacte application des dispositions du code du travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2021, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cyril Dayon, conseiller,
- les conclusions de Mme Linda Mentfakh, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 16 janvier 2019 dans les locaux d'un hôtel, implanté sur le territoire de la commune de Torcy, où la société Art propreté exécute une prestation de nettoyage, l'inspectrice du travail a constaté que les salariés n'étaient pas soumis à un horaire collectif. Par un courrier du 2 septembre 2019, la société Art propreté a été informée de l'engagement d'une procédure de sanction à son encontre en raison de l'absence de décompte des durées de travail. Par une décision du 30 septembre 2020, dont la société Art propreté demande l'annulation, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France lui a infligé une amende d'un montant total de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail.
2. En premier lieu, la signataire de la décision, Mme B A, responsable du pôle politique du travail de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France, a reçu délégation du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi par une décision n° 2020-49 du 14 septembre 2020, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Ile-de-France, à l'effet de signer notamment les décision prises à la suite d'une proposition de sanction administrative en matière de durées maximales de travail, de repos, de décomptes de la durée de travail, de salaire minimum, d'installations sanitaires, de restauration et d'hébergement en application des dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 30 septembre 2020 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.
4. La décision attaquée vise les dispositions applicables du code du travail et rappelle de façon précise les conditions dans lesquelles il a été procédé au contrôle évoqué ci-dessus et les raisons pour lesquelles l'autorité administrative a décidé de lui infliger la sanction en litige et en a arrêté le montant. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : () 3° A l'article L. 3171-2 relatif à l'établissement d'un décompte de la durée de travail et aux dispositions réglementaires prises pour son application ; ". Aux termes de l'article R. 8115-10 du même code : " Par dérogation à l'article R. 8115-2, lorsque le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide de prononcer une amende administrative sur le fondement des articles L. 4751-1 à L. 4754-1 et L. 8115-1 à L. 8115-8, il invite l'intéressé à présenter ses observations dans un délai d'un mois ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
7. Par une lettre du 2 septembre 2019, la directrice régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France a informé la société Art propreté qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une sanction en application des dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail en raison de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 3171-2 du même code, l'a invité à faire part de ses observations écrites ou orales dans un délai d'un mois et l'a informée qu'elle pouvait solliciter la communication du dossier en application des dispositions du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte de l'instruction que la société Art propreté a présenté des observations par une lettre du 27 septembre 2019 mais n'a pas sollicité la communication de son dossier. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement soutenir que la décision a été rendue en méconnaissance du principe du contradictoire au motif que les témoignages des salariés interrogés à la suite des contrôles de l'inspectrice du travail n'ont pas été portés à sa connaissance. En outre, il ne résulte pas des dispositions précitées, ni d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe qu'il appartenait à l'administration d'informer la société Art propreté de l'appréciation qu'elle a portée sur les observations présentées par la société. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 3171-2 du code du travail : " Lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés ". En vertu de l'article D. 3171-8 du même code : " Lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe, au sens de l'article D. 3171-7, ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : / 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ; / 2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié ".
9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, il incombe à l'employeur de prévoir les modalités par lesquelles un décompte des heures accomplies par chaque salarié est établi quotidiennement et chaque semaine, selon un système qui doit être objectif, fiable et accessible.
10. Il résulte de l'instruction que, à l'occasion d'un contrôle effectué le 16 janvier 2019 dans un hôtel dans lequel la société Art propreté exécute une prestation de nettoyage, l'inspectrice du travail a constaté que les salariés de ladite société ne travaillaient pas selon le même horaire collectif de travail et que la société Art propreté ne justifiait pas de la tenue d'un décompte des heures travaillées par ses agents. A la suite de cette inspection et de la réception d'une lettre de l'inspectrice du travail du 17 janvier 2019, la société a produit des tableaux hebdomadaires de travail de ses agents pour la période allant du mois d'août 2018 au mois de janvier 2019. Toutefois, ces tableaux ne comportent aucun décompte exact des heures effectuées par les agents et indiquent seulement la présence ou l'absence des agents chaque jour de 9 heures à 11 heures 46 ou de 9 heures à 13 heures 56. Si, à la suite du second contrôle réalisé le 18 juin 2019, la société Art propreté a transmis des documents intitulés " pointage journalier " pour ses quatre agents pour la période allant du mois de mars 2019 au mois de mai 2019, il résulte toutefois de l'instruction que, à l'occasion des contrôles du 16 janvier et du 18 juin 2019, les agents de ladite société ont indiqué à l'inspectrice du travail qu'aucun décompte des heures de travail effectuées n'était tenu et que leur rémunération était calculée sur la base du nombre de chambres nettoyées. Les salariés ont également indiqué à l'inspectrice du travail, à l'occasion d'un troisième contrôle réalisé le 27 juin 2019, que les tableaux de décompte produits par la société requérante le 18 juin 2019 ne reflétaient pas les heures de travail effectuées. Si la société Art se prévaut des décomptes qu'elle a envoyés à l'inspectrice du travail, il résulte de l'instruction que ces tableaux indiquent une heure de début 9 heures et un temps de pause de 30 minutes identiques tous les jours. En outre, les volumes horaires de travail censés avoir été effectués par chaque salarié correspondent au nombre de chambre nettoyées décompté par un pointage journalier, par application d'une base forfaitaire et fictive de 15 minutes par chambre nettoyée. De plus, il résulte de l'instruction que le volume horaire indiqué dans les tableaux est calculé par application d'un coefficient de 0,25 au nombre de chambre mentionné pour chaque jour, ce qui peut être déduit de ce que le tableau comporte des erreurs de calcul pour les lignes ne comportant pas le nombre de chambre effectuées, notamment lors des jours de repos. Par ailleurs, il ressort du rapport adressé à la directrice régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi le 29 octobre 2019 que la société Art propreté a transmis, au cours de la procédure contradictoire, le décompte des pointages journalier du mois de juillet 2019 des agents affectés à l'hôtel qui a fait l'objet d'un contrôle ainsi que dans un autre hôtel dans lequel intervient la société requérante, qui était tenu de manière manuscrite par les salariés et dont il résulte que la durée de nettoyage d'une chambre ainsi que le temps de pause sont variables. Si la société Art propreté soutient que rien ne s'oppose à ce qu'une quantification prévisionnelle du travail soit établie, elle ne démontre pas avoir procédé aux vérifications et corrections de nature à rendre ces tableaux objectifs, fiables et accessibles. Dans ces conditions, la décision de sanctionner la société requérante n'est pas entachée d'une erreur dans la matérialité des faits et a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Art propreté doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Art propreté est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Art propreté et au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
M. Dominique Binet, premier conseiller,
M. Cyril Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
Le rapporteur,
C. Dayon
Le président,
T. GallaudLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026