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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2102692

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102692

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2102692
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 24 mars 2021, le 21 mars 2022 et le 26 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Moreau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement l'Etat et l'université Paris-Est Créteil à lui verser la somme de 34 020 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la dévaluation illégale de ses notes et appréciations, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'université Paris-Est Créteil la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute du rectorat et de l'université est engagée, du fait de l'illégalité de l'abaissement automatique de ses notations entre 2012 et 2016, et de la dévaluation de l'appréciation finale de sa valeur professionnelle pour le passage à la hors-classe de son grade au titre de l'année 2018 ;

- ces comportements illégaux lui ont causé un préjudice financier, tiré de la perte de chance d'évoluer dans sa carrière.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, aucune faute ne peut lui être reprochée, dès lors qu'il n'y a pas eu d'abaissement des notations et appréciations de M. A ;

- l'intéressé n'établit pas avec certitude un préjudice financier futur.

La requête a été communiquée à l'université Paris-Est Créteil qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 80-627 du 4 août 1980 ;

- la circulaire n° 2018-041 du 16 mars 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Seignat ;

- les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, professeur d'éducation physique et sportive de classe normale, est affecté à l'université Paris-Est Créteil depuis le 1er septembre 2012. Estimant avoir fait l'objet d'abaissements de ses notations et appréciations entre 2012 et 2018, ayant freiné l'avancement de sa carrière, il a sollicité l'indemnisation du préjudice financier qu'il estime avoir subi, auprès du recteur de l'académie de Créteil par courrier du 12 mars 2021 et auprès de l'université Paris-Est Créteil par courrier du 23 décembre 2021. Ces demandes indemnitaires ont implicitement été rejetées tant par le rectorat que l'université. Postérieurement à l'introduction de sa requête, l'intéressé a été promu à la hors-classe de son grade, au titre de la campagne 2023. M. A sollicite l'indemnisation du préjudice financier qu'il estime avoir subi, du fait de la dévaluation illégale de ses notations et appréciations.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article 9 du décret du 4 août 1980 relatif au statut particulier des professeurs d'éducation physique et sportive : " Le recteur d'académie sous l'autorité duquel est placé le professeur d'éducation physique et sportive attribue à celui-ci, selon les modalités définies aux 1 et 2 ci-après, une note de 0 à 100. () / 2. Pour les professeurs affectés dans un établissement d'enseignement supérieur, la note prévue au premier alinéa du présent article est attribuée par le recteur sur proposition de l'autorité auprès de laquelle le professeur exerce ses fonctions, accompagnée d'une appréciation. Cette note est fixée en fonction d'une grille de notation définie par arrêté du ministre chargé de l'éducation. / La note et l'appréciation sont communiquées par le recteur à l'intéressé. La commission administrative paritaire académique peut, à la requête du professeur concerné, demander au recteur la révision de cette note. ".

3. Aux termes du I de la circulaire du 16 mars 2018, relative à l'avancement à la hors-classe des professeurs d'éducation physique et sportive exerçant dans l'enseignement supérieur : " peuvent accéder à la hors classe les agents comptant au moins deux ans d'ancienneté dans le 9ème échelon de la classe normale () ". Aux termes du III de cette même circulaire : " () Les avis donnés par les chefs d'établissement () se déclinent en trois degrés : - très satisfaisant / - satisfaisant / - à consolider. / L'avis " Très satisfaisant " doit être réservé à l'évaluation des enseignants promouvables les plus remarquables (). En conséquence, le nombre d'avis " Très satisfaisant " pouvant être formulés par un même évaluateur est limité à 20% du nombre total des avis qu'il lui appartient de formuler. () ".

En ce qui concerne la responsabilité du rectorat de l'académie de Créteil :

4. M. A soutient qu'en abaissant systématiquement sa notation depuis l'année universitaire 2012/2013 et en dévaluant son appréciation pour la campagne d'avancement à la hors-classe de 2018, le recteur de l'académie de Créteil a engagé sa responsabilité pour faute, du fait de ses agissements illégaux. Toutefois, il résulte de l'instruction que pour chaque année universitaire depuis 2012, le recteur a suivi la proposition de notation du directeur de l'UFR-STAPS et que pour la campagne d'avancement à la hors-classe de 2018, le recteur a également suivi l'appréciation du directeur de l'UFR-STAPS en attribuant l'avis " satisfaisant " à l'intéressé. Par suite, en l'absence de dévaluation de ses notes et appréciations, M. A n'est pas fondé à soutenir que le recteur aurait commis une illégalité susceptible d'engager sa responsabilité pour faute.

En ce qui concerne la responsabilité du l'université Paris-Est Créteil :

5. M. A soutient que, si le rectorat n'a pas dévalué ses notes et appréciations, la commission d'harmonisation de l'université Paris-Est Créteil y aurait procédé, engageant la responsabilité pour faute de l'université, du fait de ses agissements illégaux.

6. D'une part, en ce qui concerne ses notes depuis l'année universitaire 2012/2013, M. A n'apporte aucun élément démontrant que l'université aurait procédé à un abaissement de sa notation. S'il résulte de l'instruction que l'intéressé avait sollicité la révision de sa notation pour l'année 2013/2014, cette demande avait fait l'objet d'un rejet, après avis de la commission administrative paritaire académique. En tout état de cause, M. A n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la commission d'harmonisation sur ses notations.

7. D'autre part, en ce qui concerne la campagne d'avancement à la hors-classe au titre de l'année 2018, s'il résulte de l'instruction que le directeur de l'UFR-STAPS avait émis un avis " très satisfaisant " à l'avancement de l'intéressé et que la commission d'harmonisation a procédé à l'abaissement de cet avis à " satisfaisant ", M. A n'apporte toutefois aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par ladite commission sur sa valeur professionnelle. En tout état de cause, à supposer cette dévaluation fautive, l'ouverture du droit à indemnisation est subordonnée au caractère direct et certain des préjudices invoqués. Le préjudice financier découlant du retard dans le passage au grade hors classe, avancement qui n'est pas de droit pour l'agent, revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, ouvrir droit à réparation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires et de leur capitalisation.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de l'université Paris-Est Créteil, qui ne sont pas, dans la présente instance, parties perdantes, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A, au recteur de l'académie de Créteil et à l'université Paris-Est Créteil.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

D. SEIGNAT

Le président,

S. DEWAILLYLa greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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