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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103136

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103136

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103136
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantLE DALL JEAN-BAPTISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2021, M. A B, représenté par Me Leclere, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 15 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer le capital initial de son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- les décisions de retrait de points contestées ne lui ont pas été notifiées avant la décision portant invalidation du permis de conduire ;

- il a contesté auprès de l'officier du ministère public les infractions mentionnées dans la décision " 48 SI " dès qu'elles ont été portées à sa connaissance, c'est-à-dire lors de la notification de la décision " 48 SI " ;

- les décisions de retrait de point contestées n'ont pas été précédées de la délivrance des informations requises par l'article L. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Flore-Marie Jeannot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Flore-Marie Jeannot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de 3 points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retraits de points pour un total de 13 points retirés, a constaté un solde de points nul et la perte, pour l'intéressé, du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 :

En ce qui concerne le défaut de notification :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. M. B soutient que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Ainsi, la circonstance, à la supposer établie, que M. B n'aurait pas été informé des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de ces décisions. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

5. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. En outre, avant même que ces mentions aient été rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. D'une part, s'il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que l'infraction du 6 août 2019 a été constatée par voie de radar automatique et qu'elle a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, l'administration ne justifie, toutefois, pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route aient été transmises à l'intéressé, faute pour le ministre d'apporter la preuve du paiement par le requérant des amendes forfaitaires majorées en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire y afférent. En outre, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que de telles informations ont été portées à la connaissance de M. B à l'occasion d'infractions similaires et antérieures à celle commise le 6 août 2019. Par suite, la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction du 6 août 2019 doit être regardée comme fondée sur une procédure irrégulière.

7. D'autre part, si le ministre de l'intérieur, qui se prévaut de l'envoi en recommandé d'avis d'amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions commises le 1er juillet 2019 à 18h50 et le 1er juillet 2019 à 20h07, produit des enveloppes qui ont été présentées et sont revenues au service expéditeur revêtues de la mention " pli avisé et non réclamé ", les documents produits par le ministre de l'intérieur ne comportent pas de date de présentation et ne permettent pas d'établir que ces plis ont été adressés au requérant préalablement aux décisions de retrait de points litigieuses. En outre, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été portées à la connaissance de M. B à l'occasion d'infractions similaires et antérieures à celles commises le 1er juillet 2019 à 18h50 et le 1er juillet 2019 à 20h07. Par suite, les décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises le 1er juillet 2019 à 18h50 et le 1er juillet 2019 à 20h07 doivent être regardées comme fondées sur une procédure irrégulière.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " :

9. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nuls. La décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B fait notamment état des décisions de retrait d'un point en date des 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 qui, ainsi qu'il a été dit au point précédent, doivent être annulées. Dès lors, le solde de points du permis de conduire de M. B n'est pas nul. Ainsi, la décision ministérielle en date du 15 janvier 2021 doit être annulée en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'annulation des décisions prises à la suite des infractions commises par M. B les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 et de la décision du 15 janvier 2021 portant invalidation du permis de conduire de M. B implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de 12 points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au ministre de l'intérieur qu'il rétablisse ces points dans la limite maximum du capital de points égal à douze dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a procédé aux retraits de points sur le permis de conduire de M. B suite aux infractions constatées les 1er juillet 2019 à 18h50, 1er juillet 2019 à 20h07 et 6 août 2019 et la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire le 15 janvier 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La magistrate désignée,

F. JEANNOTLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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