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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103200

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103200

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103200
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantABDEL SALAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2021, M. A B, représenté par Me Abdel Salam, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire, ensemble la décision implicite du 4 avril 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer le capital de point de son permis de conduire et de lui restituer son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée du 4 avril 2021 est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen approfondi de la situation personnelle du requérant ;

- l'adresse indiquée sur le relevé d'informations intégral de son permis de conduire n'est plus son adresse depuis 2014 ; il réside désormais 78 rue Champollion à Vitry-sur-Seine ; ainsi, aucune décision " 48 SI " n'a été notifiée au domicile effectif du requérant ;

- une décision d'invalidation du permis de conduire n'est opposable qu'à partir de sa notification régulière à l'intéressé ;

- il a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 14 et 15 février 2020 ; ainsi, il doit bénéficier d'un ajout de point en application de l'article L. 223-6 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que

- la requête est tardive dès lors que la décision " 48 SI " contestée a été notifiée le 26 octobre 2019, que le pli a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé " et non la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée " et que le pli a bien été présenté à une adresse du requérant ;

- le moyen tiré du défaut de notification est inopérant ;

- le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de rejet du recours gracieux est inopérant dès lors que le ministère est en situation de compétence liée pour procéder au retrait de points lorsque la réalité de l'infraction est établie et, en tout état de cause, il appartenait au requérant de demander la communication des motifs d'une décision implicite de rejet ;

- le stage de sensibilisation n'a pas été réellement effectué dès lors que les responsables de l'hôtel ayant accueilli ce stage déclarent que ce dernier n'a pas eu lieu et que les animatrices ont confirmé au préfet l'absence d'animation de stage au bénéfice de la société CSSR'PERMIS DE CONDUIRE qui a délivré l'attestation ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Flore-Marie Jeannot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Flore-Marie Jeannot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une infraction commise le 1er mars 2019 à 14h42, le ministre de l'intérieur a, par une décision référencée " 48 SI ", constaté un solde de points nul sur le permis de conduire de M. B et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule. Il lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande l'annulation de cette décision et de la décision implicite du 4 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte-tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière, le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. Aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire, ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer à l'autorité administrative sa nouvelle adresse en cas de changement de domicile. Il en résulte qu'alors même qu'il n'aurait pas signalé ce changement aux services compétents, la présentation, à une adresse où il ne résidait plus, du pli notifiant l'invalidation de son permis de conduire prise à l'initiative de l'administration n'est pas de nature à faire courir à son encontre le délai de recours contentieux.

5. Il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B et de l'accusé de réception produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer qu'une décision " 48 SI " a été adressée à M. B, par envoi recommandé avec accusé de réception postal n° 2C 1535 1536 993, au 5 avenue Jean Jaurès à Ivry-sur-Seine le 26 octobre 2019. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant, ainsi qu'il l'indique dans ses écritures, ne résidait plus à cette adresse et résidait, depuis le 1er janvier 2019, au 5 rue Arthur Rimbaud à Vitry-sur-Seine. Il a ensuite déménagé en 2020 au 78 rue Champollion à Vitry-sur-Seine ainsi que l'attestent, notamment, l'avis d'imposition 2020 sur les revenus 2019 et l'avis de taxe d'habitation 2019. Alors même que M. B n'aurait pas déclaré son changement d'adresse aux autorités administratives compétentes et que le pli n'a pas été retourné avec la mention " n'habite plus à l'adresse indiquée ", la présentation de la décision " 48 SI " à une adresse où il ne résidait plus n'est pas de nature à faire courir le délai de recours contentieux. Dès lors, à la date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal le 7 avril 2021, celle-ci n'était pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur l'étendue du litige :

6. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

7. Il résulte de ce qui précède que les vices propres dont serait entachée la décision portant rejet du recours gracieux ne peuvent être utilement soulevés. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen approfondi de la situation de M. B soulevés contre la décision portant rejet du recours gracieux sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " :

8. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route : " () / Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an () ". Et aux termes de l'article R. 223-8 du même code : " I.- Le titulaire de l'agrément prévu au II de l'article R. 213-2 délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci. / II.- L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. / III.- Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage. / () ".

9. D'une part, les décisions portant retrait de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité du permis pour solde de points nul, ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Tant que le retrait de l'ensemble des points du permis ne lui a pas été rendu opposable, l'intéressé peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route prévoyant des reconstitutions de points lorsque le titulaire du permis a accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière ou qu'il n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points pendant une certaine période.

10. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur un retrait de points du permis de conduire, lequel constitue une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer sur cette contestation comme juge de plein contentieux. Il en va de même lorsque le juge est saisi d'un recours contre une décision constatant la perte de validité d'un permis de conduire pour solde de points nul. Dans le cas où il apparaît que le solde des points était nul à la date à laquelle une telle décision est intervenue mais que, faute pour l'administration de l'avoir rendue opposable en la notifiant à l'intéressé, celui-ci a pu ultérieurement remplir les conditions pour bénéficier d'une reconstitution totale ou partielle de son capital de points, il appartient au juge de prononcer l'annulation de la décision.

11. Il résulte de l'instruction que M. B a commis différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points de son permis de conduire et qu'il a fait l'objet d'une décision portant invalidation de son permis de conduire en octobre 2019. Toutefois, n'ayant pas reçu notification de cette décision, celle-ci ne lui est pas opposable et il a ainsi pu effectuer un stage de sensibilisation à la sécurité routière ouvrant droit à la récupération de quatre points les 14 et 15 février 2020. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir en défense que l'attestation de participation au stage de sensibilisation à la sécurité routière produite par le requérant serait frauduleuse dès lors que les responsables de l'hôtel ayant accueilli ce stage déclarent que ce dernier n'a pas eu lieu et que les animatrices ont confirmé au préfet l'absence d'animation de stage, il ne produit aucun élément permettant de justifier ce caractère frauduleux. Dès lors, le solde de point du permis de conduire de M. B n'est pas nul.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision " 48 SI " d'invalidation du permis de conduire de M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il résulte de ce qui précède que le permis de conduire de M. B est valide. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de prendre toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B lui soit restitué dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que l'intéressé ne l'ait pas conservé et qu'il n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné, postérieurement à la réalisation du stage de sensibilisation à la sécurité routière les 14 et 15 février 2020, des retraits de points faisant obstacle à cette restitution.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision " 48 SI " édictée à la suite de l'infraction commise le 1er mars 2019 et par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. B, ensemble la décision portant rejet du recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de prendre toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B lui soit restitué dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que l'intéressé ne l'ait pas conservé et qu'il n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné, postérieurement à la réalisation du stage de sensibilisation à la sécurité routière les 14 et 15 février 2020, des retraits de points faisant obstacle à cette restitution.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La magistrate désignée,

F. JEANNOTLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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