jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103658 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET LAURANT ET MICHAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2021, la société civile immobilière (SCI) Bonheur, représentée par Mes Michaud et Chabane, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice 2015 et du rappel de taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été notifié au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- c'est à tort qu'elle a été imposée à l'impôt sur les sociétés alors qu'elle n'a jamais opté pour un tel régime ;
- c'est à tort que la reconstitution de recettes a été effectuée sur la base d'une comptabilité d'encaissement, alors qu'elle relevait d'une comptabilité d'engagement ;
- l'administration aurait dû retenir un montant de charges correspondant à la réalité de son activité économique ;
- le service n'a pas admis, à tort, la totalité de la taxe sur la valeur ajoutée déductible ;
- elle n'a jamais reçu de mise en demeure du 19 mai 2016.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Bonheur qui exerçait une activité de gestion de locaux immobiliers puis, à compter du 4 février 2012, une activité de construction-vente, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification le 3 juillet 2017. Une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice 2015 et un rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ont été mis en recouvrement à son encontre le 29 juin 2018. La réclamation d'assiette présentée par la société le 15 décembre 2020 a été rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne du 26 février 2021. Par la requête précitée, la SCI Bonheur demande la décharge de ces impositions.
Sur la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
3. Les impositions contestées ayant été établies selon la procédure de taxation d'office, il incombe donc à la société requérante, en application des dispositions précitées de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, de démontrer le caractère exagéré des impositions en litige.
Sur le bien-fondé des impositions contestées :
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
4. En premier lieu, aux termes du 2 de l'article 206 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt, même lorsqu'elles ne revêtent pas l'une des formes visées au 1, si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 / () ". En vertu des dispositions du I de l'article 35 du même code : " Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : () 1° bis Personnes qui, à titre habituel, achètent des biens immeubles, en vue d'édifier un ou plusieurs bâtiments et de les vendre, en bloc ou par locaux () ". Aux termes du 3 de l'article 206 du même code : " Sont soumis à l'impôt sur les sociétés s'ils optent pour leur assujettissement à cet impôt dans les conditions prévues à l'article 239 : () b. Les sociétés civiles mentionnées au 1° de l'article 8 () ". Enfin, l'article 239 ter du même code prévoit que : " I. - Les dispositions du 2 de de l'article 206 ne sont pas applicables aux sociétés civiles créées après l'entrée en vigueur de la loi n° 64-1278 du 23 décembre 1964 et qui ont pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente, à la condition que ces sociétés ne soient pas constituées sous la forme de sociétés par actions ou à responsabilité limitée et que leurs statuts prévoient la responsabilité indéfinie des associés en ce qui concerne le passif social. Les sociétés civiles visées au premier alinéa sont soumises au même régime que les sociétés en nom collectif effectuant les mêmes opérations ; leurs associés sont imposés dans les mêmes conditions que les membres de ces dernières sociétés () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'une société civile exerçant l'une des activités visées à l'article 35 du code général des impôts est en principe assujettie à l'impôt sur les sociétés à la double condition que les opérations procèdent d'une intention spéculative et présentent un caractère habituel, sauf à ce que, sous les conditions prévues à l'article 239 ter de ce code, elle ait pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente. Dans ce dernier cas, les bénéfices qu'elle réalise sont soumis à l'impôt sur le revenu entre les mains des associés, lesquels sont réputés avoir personnellement réalisé chacun une part des bénéfices, proportionnelle à leurs droits dans la société. Par ailleurs, une société civile peut également être assujettie à l'impôt sur les sociétés si elle opte à l'assujettissement à cet impôt.
6. En outre, la condition d'habitude s'apprécie en principe en fonction du nombre d'opérations réalisées et de leur fréquence. L'existence d'une intention spéculative ne se présume pas du seul fait du caractère habituel des opérations d'achat et de revente. Une telle intention doit être recherchée à la date d'acquisition des immeubles ultérieurement revendus et non à la date de leur cession.
7. Il résulte de l'instruction que la SCI Bonheur a acquis en février 2006 un immeuble sur le territoire de la commune de L'Haÿ-les-Roses et a, après avoir démoli cet immeuble et obtenu un permis de construire le 14 octobre 2009, procédé à la construction d'un immeuble de quatre étages qui a été achevé le 20 avril 2012 et revendu par lots à des tiers. En raison de la continuité et du nombre de cessions réalisées, procédant de la division en lots d'un immeuble qu'elle a fait construire et alors même que cet immeuble constituait l'unique acquisition de la SCI requérante, les cessions consenties par cette dernière, notamment les 13 janvier et 3 mars 2015, ont revêtu un caractère habituel au sens des dispositions précitées de l'article 35 du code général des impôts. Dans ces conditions, et alors même que la requérante n'a jamais opté à son assujettissement à l'impôt sur les sociétés en application du 3 de l'article 206 du code général des impôts, c'est bon droit, dès lors par ailleurs qu'il n'est pas contesté que la société ne relève pas des dispositions de l'article 239 ter du même code, eu égard notamment à son objet social lors de l'acquisition de l'immeuble en litige et à la circonstance que l'occupation d'un des appartements en cause a été réservée au gérant de la société, sans avoir donc été mis en vente, que le service a considéré que celle-ci relevait du régime de l'impôt sur les sociétés sur le fondement du 2 de l'article 206.
8. En second lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ".
9. En l'espèce, la SCI Bonheur conteste le rehaussement à l'impôt sur les sociétés mis à sa charge en soutenant que le vérificateur a reconstitué ses bénéfices selon une méthode radicalement viciée, ne tenant pas compte des règles de la comptabilité d'engagement. Toutefois, il ressort de la proposition de rectification adressée à la société que le vérificateur a rapproché les encaissements constatés sur le compte bancaire de la société des factures émises par celles-ci et il ne résulte pas de l'instruction que des livraisons de biens ou des prestations de services achevées au cours d'un exercice auraient été inexactement rattachées à l'exercice au cours duquel le client les a payées. Par ailleurs, si la requérante soutient que la reconstitution de recettes aurait dû être réalisée par la " comptabilisation et l'amortissement des actifs, avec calcul de l'IS en fonction de la variation d'actif net ", elle n'assortit pas ce moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. Les moyens précités ne peuvent donc qu'être écartés.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".
11. Si la société conteste la méthode de détermination des charges prises en compte en soutenant que l'administration aurait dû prendre en compte un montant forfaitaire correspondant à la réalité de son activité économique, il résulte de l'instruction que le vérificateur n'a admis en déduction, comme il était en droit de le faire, que les charges comptabilisées et justifiées par les factures au nom de la SCI. La requérante, qui ne justifie pas de l'existence de charges supplémentaires, n'est dès lors pas fondée à soutenir que le service aurait retenu un montant de charges erroné eu égard au taux de charges moyen des entreprises ayant une activité comparable à la sienne.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
12. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Aux termes de l'article 289 du même code : " () II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur la facture. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée ".
13. La SCI soutient qu'elle serait en droit de déduire une taxe sur la valeur ajoutée supplémentaire. Toutefois, elle ne peut sérieusement prétendre à la déduction d'une taxe sur la valeur ajoutée n'apparaissant sur aucune facture.
Sur les majorations :
14. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration () entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration () d'une majoration de : a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
15. La requérante soutient que l'administration n'apporte pas la preuve de la notification de la mise en demeure du 19 mai 2016 justifiant l'application de la majoration de 40 % de l'article 1728 du code général des impôts. Toutefois, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a produit à l'appui de son mémoire en défense la copie de cette mise en demeure, ainsi que celle de son avis de réception postal daté du 21 mai suivant. La majoration de 40 % appliquée au titre des impositions de l'année 2015 est donc justifiée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions en cause doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la SCI Bonheur est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Bonheur et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Freydefont, premier conseiller,
M. Meyrignac, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé : P. Meyrignac Le président,
Signé : N. Le Broussois
Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026