jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103677 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | RAMOND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2021 et 28 janvier 2022, Mme D E épouse C et M. B C, représentés par Me Ramond, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de prononcer la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'ambiguïté de la mention figurant dans la décision de rejet du 23 février 2021 selon laquelle elle peut être contestée devant " le tribunal administratif de grande instance de Melun " ne leur a pas permis de connaître la juridiction à saisir ;
- l'administration fiscale a commis une erreur manifeste d'appréciation ; d'une part, l'invalidité de catégorie 2 de M. C, qui a été victime d'un accident de travail le
30 juin 2014, fait obstacle à la remise en cause de leur avantage fiscal tiré du dispositif A ; d'autre part, le licenciement de M. C le 20 mai 2019, et le chômage partiel de Mme C depuis le 4 mai 2020 font également obstacle à ce que l'administration fiscale remette en cause cet avantage fiscal ; les difficultés locatives rencontrées ainsi que leurs problèmes de santé les ont plongés dans une situation financière inextricable rendant impossible le paiement des charges ;
- ils sont de bonne foi ; ils ont été mal informés par les professionnels, d'une part, lors de l'achat du bien, sur la potentialité de perte de l'avantage fiscal et, d'autre part, lors de la revente du bien avant la période de défiscalisation, sur la perte du bénéfice de l'avantage fiscal.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2021 et 3 janvier 2023, la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le litige afférent au bien-fondé de la reprise de l'amortissement A doit être examiné dans le cadre général du " plein contentieux " pour ne pas relever de la procédure d'excès de pouvoir ; l'argumentation des requérants visant à obtenir la remise ou la modération de la somme de 48 687 euros compte tenu des difficultés financières générées par le commandement de payer valant saisie immobilière, la situation de handicap de M. C, son licenciement, le chômage de son épouse et les griefs imputés à l'agence Nexity, sera examinée sous l'angle du recours pour excès de pouvoir ;
- sur le plan contentieux, l'administration fiscale n'a pas remis en cause la bonne foi de M. et Mme C ; l'erreur matérielle dans la mention des voies et délais de recours dans la décision de rejet de la réclamation contentieuse est dépourvue d'incidence sur la régularité de la procédure mise en œuvre ; les requérants ne sauraient se prévaloir d'un moyen de légalité interne à l'encontre de la décision contentieuse de rejet de leur réclamation préalable ; les autres moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés ;
- sur le plan gracieux, la situation financière et patrimoniale de M. et Mme C ne témoignent pas d'une situation de gêne ou d'indigence susceptible de justifier une mesure de remise ou de modération.
Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
25 mars 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard,
- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C ont, le 7 mars 2007, acquis en l'état futur d'achèvement un appartement et un parking situés à Vaujours pour un prix de 193 000 euros. A l'achèvement des travaux de construction, ils se sont engagés à donner ce bien en location pour une durée de neuf années dans le cadre du dispositif de défiscalisation dit " A recentré " et ont ainsi opté pour le régime d'amortissement prévu par les dispositions du h) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts. A l'issue d'un contrôle sur pièces du dossier fiscal de M. et Mme C au titre des années 2016 et 2017, l'administration fiscale a relevé que ce bien avait été vendu le
23 février 2017, soit moins de neuf ans après sa mise en location, et a, en conséquence, par une proposition de rectification du 5 décembre 2019, remis en cause la déduction des amortissements pratiqués dans le cadre de ce dispositif de défiscalisation. Par une décision du 23 février 2021, l'administration fiscale a rejeté la réclamation de M. et Mme C du 5 février 2021. Puis, par une décision du 2 mars 2021, l'administration fiscale a prononcé la remise gracieuse de la totalité des pénalités. Par la présente requête, M. et Mme C doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
2. En premier lieu, la circonstance que la décision de rejet du 23 février 2021 ait, au titre des voies et délais de recours, indiqué de manière erronée qu'elle pouvait être contestée devant " le tribunal administratif de grande instance de Melun " est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition ou sur le bien-fondé des impositions contestées, une telle irrégularité n'ayant, au demeurant, d'incidence que sur l'opposabilité du délai de recours contentieux.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 31 du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines :/ () ; / h) Pour les logements situés en France, acquis neufs ou en l'état futur d'achèvement à compter du 3 avril 2003, et à la demande du contribuable, une déduction au titre de l'amortissement (). / Le bénéfice de la déduction est subordonné à une option qui doit être exercée lors du dépôt de la déclaration des revenus de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. Cette option est irrévocable pour le logement considéré et comporte l'engagement du propriétaire de louer le logement nu pendant au moins neuf ans à usage d'habitation principale à une personne autre qu'un membre de son foyer fiscal. Cette location doit prendre effet dans les douze mois qui suivent la date d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. (). / Le revenu net foncier de l'année au cours de laquelle l'un des engagements définis au présent h n'est pas respecté est majoré du montant des amortissements déduits. (). En cas d'invalidité correspondant au classement dans la deuxième ou la troisième des catégories prévues à l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale, de licenciement ou de décès du contribuable ou de l'un des époux soumis à imposition commune, cette majoration ne s'applique pas. / () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'invalidité d'un époux dans la deuxième ou la troisième catégorie prévue à l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale ou le licenciement de l'un des époux soumis à une imposition commune interdit à l'administration d'appliquer la majoration du revenu net foncier prévue en cas de rupture de l'engagement de louer pendant neuf ans le bien immobilier à raison duquel l'avantage fiscal a été obtenu lorsque la rupture de l'engagement est consécutive à ces évènements. Il appartient au contribuable d'établir que son licenciement ou son placement en invalidité constitue la cause déterminante l'ayant conduit à rompre cet engagement de mise en location.
5. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a, par une proposition de rectification du 5 décembre 2019, estimé que n'étaient pas déductibles des revenus fonciers de M. et Mme C les amortissements pratiqués en 2017 au titre du dispositif de défiscalisation dit A dès lors qu'ils avaient cessé, à compter du 12 avril 2016, d'offrir à la location leur bien immobilier avant le terme des neuf années, fixé au 9 octobre 2018, qu'ils ont ensuite cédé le 23 février 2017.
6. D'une part, il résulte de l'instruction et, notamment, de l'attestation de l'Assurance maladie que M. et Mme C ont produite qu'une pension d'invalidité de catégorie 2 a été attribuée à M. C à compter du 1er avril 2019, soit plus de deux ans après la date de cession du bien, et à titre " temporaire ". Cette attestation ne permet donc pas d'établir, contrairement à ce que les intéressés soutiennent, que la cession du bien immobilier, intervenue le 23 février 2017, aurait été motivée par la reconnaissance de son invalidité. Par ailleurs, pour la période antérieure à 2019, aucune des pièces produites par M. et Mme C, qui établissent que M. C a été victime d'un accident en 2014 ayant entraîné son placement en arrêt de travail à compter du
1er juillet suivant et la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie le 10 mars 2015 ne permettent de démontrer que M. C, en dépit de ses graves problèmes de santé, se trouvait dans une situation d'invalidité correspondant au classement dans la deuxième ou la troisième des catégories prévues à l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale, c'est-à-dire les " invalides " absolument incapables d'exercer une profession quelconque, et, le cas échéant, dans l'obligation d'avoir recours à l'assistance d'une tierce personne pour effectuer les actes ordinaires de la vie, en l'absence de toute décision de reconnaissance d'invalidité.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que le licenciement dont a été l'objet M. C pour inaptitude définitive à l'exercice de ses fonctions n'est intervenu que le
20 mai 2019, soit plus de deux années après la vente de l'appartement. Il suit de là, contrairement à ce que font valoir M. et M. C, que le licenciement de M. C ne peut être regardé comme la cause déterminante les ayant conduits à rompre l'engagement de location.
8. Enfin, la circonstance que Mme C ait été placée en situation de chômage partiel à compter du 4 mai 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 n'est pas susceptible de caractériser un licenciement au sens du h) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts alors qu'il résulte de l'instruction et, notamment, de l'attestation établie par l'employeur de Mme C le 22 mars 2021 précise que l'intéressée, en activité partielle, " est toujours présente à ce jour au sein [de] l'établissement et ne fait l'objet d'aucune procédure de licenciement ".
9. Il résulte, en outre, de l'instruction que M. et Mme C ont précisé, dès leur réclamation contentieuse, et tout au long de la procédure, qu'ils avaient vendu leur bien immobilier en raison des difficultés financières rencontrées consécutives à des impayés de loyers pendant quinze mois. Ainsi, en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que l'invalidité de M. C ou son licenciement seraient les causes déterminantes les ayant conduits à rompre leur engagement de louer le bien pendant neuf ans ni qu'ils se seraient trouvés dans une précarité financière telle qu'ils auraient été contraints de rompre cet engagement.
10. En troisième lieu, si M. et Mme C invoquent leur bonne foi, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition en litige.
11. Il résulte de ce qui précède qu'à défaut pour M. et Mme C de remplir les conditions fixées par les dispositions précitées du h) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts, c'est à bon droit que l'administration fiscale a majoré leur revenu net foncier pour l'année 2017 du montant des amortissements qu'ils avaient déduits antérieurement.
12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : / () ; / 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives ; / () ". La décision par laquelle l'administration rejette une demande de remise gracieuse ne peut être annulée que si elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir.
13. A supposer que M. et Mme C, qui invoquent leurs difficultés financières, aient entendu présenter des conclusions tendant à obtenir l'annulation de la décision par laquelle l'administration fiscale a refusé de leur accorder une remise gracieuse au titre de l'année en litige après leur avoir accordé une remise gracieuse des pénalités, il ne résulte pas de l'instruction que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le revenu fiscal de référence des intéressés, tel qu'il ressort des pièces produites en défense, et non contesté, n'atteste pas de difficultés financières particulières. Par suite, et en tout état de cause, M. et Mme C ne sont pas fondés à demander le bénéfice d'une remise gracieuse.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 à hauteur du montant correspondant à la reprise de la déduction des amortissements A. Il y a lieu, par voie de conséquence de rejeter leurs conclusions aux fins de réduction ainsi que celles qu'ils ont présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E épouse C, à M. B C et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026