mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103775 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ALBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Loref, représentée par Me Albert, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des années 2014 à 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- elle n'a pas été rendue destinataire d'un avis de mise en recouvrement ;
- elle a été privée de la garantie de bénéficier d'une rencontre avec l'interlocuteur départemental ;
- c'est à tort que le service a rejeté sa comptabilité ;
- c'est à tort que le service a refusé la déductibilité en charges et en taxe sur la valeur ajoutée de certaines de ses dépenses ;
- l'administration ne justifie pas de la notification de mises en demeure, de sorte que les pénalités ne sont pas dues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 22 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Loref, qui est spécialisée dans le secteur d'activité de la location et location-bail de machines et équipements pour la construction, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er juillet 2013 au 30 septembre 2016, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire de deux propositions de rectification des 22 décembre 2017 et 7 mars 2018, selon la procédure de taxation d'office pour la période des mois d'août, septembre, octobre 2013, janvier, mars et mai 2014 et de janvier 2015 à septembre 2016 en matière de taxe sur la valeur ajoutée et au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 en matière d'impôt sur les société, et selon la procédure de rectification contradictoire pour les autres mois des années 2013 et 2014 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée ont été mis en recouvrement le 14 décembre 2018. La réclamation présentée le 11 avril 2019 a été rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne en date du 23 février 2021. Par la requête susvisée, la société requérante demande la décharge de ces impositions.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances ". Le même article prévoit que les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié sont opposables à l'administration. Cette charte, dans sa version alors en vigueur, prévoit qu'" En cas de désaccord avec le vérificateur, vous pouvez saisir l'inspecteur divisionnaire ou principal (). Si, après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur () ".
3. La requérante soutient qu'elle a été privée de la garantie de faire appel à l'interlocuteur départemental, dès lors que sa demande de rencontre avec cet interlocuteur est restée sans suite. Toutefois, elle n'apporte pas la preuve d'une telle demande de saisine, alors que par courrier du 29 juin 2018, elle a seulement sollicité l'intervention du supérieur hiérarchique qu'elle a rencontré le 14 septembre suivant. Dans ces conditions, la société Loref n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie substantielle.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité () ". Aux termes de l'article R. 256-3 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement est rédigé en double exemplaire : a) Le premier, dit "original", est déposé au service compétent de la direction générale des finances publiques ou à la recette des douanes et droits indirects chargé du recouvrement ; b) Le second, dit "ampliation", est destiné à être notifié au redevable ou à son fondé de pouvoir ". Aux termes de l'article R. 256-6 du même livre : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects compétent, de l'"ampliation" prévue à l'article R.* 256-3 () ". Enfin, aux termes de l'article R. 256-7 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement est réputé avoir été notifié : a) Dans le cas où l'"ampliation" a été effectivement remise par les services postaux au redevable ou à son fondé de pouvoir, le jour même de cette remise ; b) Lorsque la lettre recommandée n'a pu être distribuée du fait du redevable, le jour où en a été faite la première présentation ".
5. Si la requérante soutient qu'elle n'a pas reçu notification d'un avis de mise en recouvrement avant d'être rendue destinataire d'un avis de saisie du 3 avril 2019, il résulte de l'instruction que la notification de l'avis de mise en recouvrement du 14 décembre 2018 a été effectuée par voie postale, ainsi qu'il résulte de l'avis de réception mentionnant qu'il a été présenté et distribué le 3 janvier 2019. Dans ces conditions, et en tout état de cause, la société Loref n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas reçu cet avis de mise en recouvrement.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :
6. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a relevé, pour écarter la comptabilité de la société requérante, que son chiffre d'affaires est comptabilisé sur une période différente de la période de facturation, que certains produits d'exploitation n'ont pas été comptabilisés, qu'il a été constaté une rupture dans la chaîne de numérotation des factures de vente et une absence de chronologie dans les factures, que la société a acquis des immobilisations auprès de la société Renfort pour 239 200 euros sans qu'aucun règlement n'apparaisse, que la société a comptabilisé des charges sans contrepartie en chiffre d'affaires, que le bénéficiaire d'un moyen de paiement utilisé pour des dépenses personnelles et des retraits n'est pas identifié, que certaines dépenses comptabilisées n'ont pas été justifiées et que certaines dépenses non engagées dans l'intérêt de l'entreprise ont été comptabilisées. En se bornant à faire valoir que " les critiques formulées se limitent à la justification d'une partie des écritures comptables, ce qui ne constitue pas en soi un motif de rejet de la comptabilité " sans apporter le moindre élément de nature à contester les constats du service, la SASU Loref ne peut sérieusement soutenir que c'est à tort que l'administration a écarté sa comptabilité comme non probante.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
7. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Pour être admises en déduction du résultat imposable, les charges doivent notamment être exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise et être appuyées de justifications suffisantes. A ce titre, si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. En particulier, et sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération ou d'une réduction tenant, notamment, à l'octroi d'un avantage fiscal. Il résulte de la combinaison de ces éléments qu'il appartient, dès lors, à la société requérante, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'elle entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. La société doit apporter cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'elle en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à défaut de déclaration de résultat au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, le vérificateur a demandé à la société de justifier des charges qu'elle entendait déduire de son bénéfice et a notamment refusé la déductibilité, au titre de l'exercice clos en 2014, d'une part, d'une somme de 45 000 euros facturée par la SCI Ginouviers Village et, d'autre part, du montant de loyers versés à la SCI Défi.
9. Tout d'abord, le vérificateur a constaté que la requérante avait comptabilisé une somme de 45 000 euros au titre de charges de location de bâtiments situés dans le Var au profit de la SCI Ginouviers Village. Pour justifier de la déduction de ces charges, la SASU Loref a produit, devant l'administration, un contrat de bail du 16 juillet 2013 prévoyant un loyer annuel de 36 000 euros qui selon le comptable de la société était employé pour stocker le matériel qu'elle utilisait dans le cadre de son activité. Pour écarter la déductibilité de cette charge, le service a constaté que l'activité en cause n'avait débuté qu'à partir du quatrième trimestre de l'année 2014, soit quinze mois après la signature du contrat de bail, de sorte qu'une telle charge ne pouvait se rattacher à la gestion normale de l'entreprise. A l'appui de sa requête, la société n'apporte aucune justification de l'utilité de cette charge. Dans ces conditions, c'est à juste titre que le service a considéré que la charge de 45 000 euros n'a pas été exposée dans l'intérêt direct de l'exploitation.
10. Par ailleurs, le vérificateur a également constaté l'existence d'un contrat de bail avec la SCI Défi, dont le gérant a le même nom que celui de la société requérante et dont le siège social se situe à la même adresse, pour une durée de vingt-trois mois pour un loyer de 5 000 euros hors taxe par mois à compter du 1er juin 2013 et, au terme de la période vérifiée, l'existence d'un solde du compte fournisseur " SCI Défi " créditeur de 58 000 euros, aucun règlement des loyers n'ayant été effectué au cours de la période vérifiée. En se bornant à soutenir que l'administration ne pouvait écarter la déductibilité de cette charge pour une question de forme sans apporter la moindre pièce justificative de ce qu'une telle charge aurait été exposée dans l'intérêt direct de l'exploitation au regard des éléments précités et sans apporter d'explication sur la raison de l'absence de règlement effectif des loyers, la SASU Loref n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a refusé de déduire cette charge de son bénéfice.
En ce qui concerne la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée :
11. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ".
12. La société requérante soutient qu'elle était en droit de déduire la taxe sur la valeur ajoutée portée sur les factures émises par les SCI Ginouviers Village et Défi. Toutefois, elle ne produit aucune des factures en cause et n'apporte aucun élément de nature à justifier que les loyers correspondants ont été utilisés pour les besoins de ses opérations imposables, ainsi qu'il a été dit précédemment aux points 9 et 10. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée correspondant à ces opérations.
Sur les pénalités :
13. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration () entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration () d'une majoration de : a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
14. La requérante soutient que l'administration n'apporte pas la preuve de la notification de la mise en demeure justifiant l'application de la majoration de 40 % de l'article 1728 du code général des impôts. Toutefois, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a produit à l'appui de son mémoire en défense la copie de trois mises en demeure du 30 mai 2017 de déposer les déclarations de résultat au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, ainsi que celle des avis de réception postaux mentionnant qu'ils ont été présentés et distribués à la société requérante le 1er juin suivant. La majoration de 40 % appliquée au titre des impositions en cause est donc justifiée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions en cause doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU Loref est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Loref et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé : P. Meyrignac Le président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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