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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103816

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103816

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103816
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantDEHAN SCHINAZI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2021, M. A B, représenté par Me Dehan, demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 4 mai 2017 à 19h45, 4 mai 2017 à 21h50, 15 février 2019, 31 mai 2018, 30 septembre 2018 et 5 janvier 2020.

Il soutient que :

- les informations requises par l'article L. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées préalablement aux décisions de retrait de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'infraction commise le 4 mai 2017 à 19h45 n'a pas donné lieu à un retrait de points ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 4 mai 2017 à 21h50 et 15 février 2019 au motif qu'elles sont dépourvues d'objet, ces points ayant été restitués avant l'introduction de la requête et, d'autre part, de l'inexistence de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 4 mai 2017 à 19h45.

Par ordonnance du 16 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Flore-Marie Jeannot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Flore-Marie Jeannot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 4 mai 2017 à 19h45, 4 mai 2017 à 21h50, 15 février 2019, 31 mai 2018, 30 septembre 2018 et 5 janvier 2020 différentes infractions au code de la route ayant entraîné des retraits de points sur son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande l'annulation des décisions de retrait de points afférentes à ces infractions.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, il ressort du relevé d'information intégral de M. B édité le 27 juillet 2021, extrait du système national du permis de conduire, que les points retirés sur son permis de conduire suite aux infractions constatées les 4 mai 2017 à 21h50 et 15 février 2019 lui ont été restitués avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête de M. B dirigées contre les décisions procédant à ces retraits de points sont sans objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

3. En second lieu, M. B sollicite l'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 4 mai 2017 à 19h45. Toutefois, il ressort du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B édité le 27 juillet 2021 que l'infraction constatée le 4 mai 2017 à 19h45 n'a pas entraîné de retrait de points sur le permis de conduire de M. B. Dès lors, les conclusions dirigées contre cette décision sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de l'infraction commise le 31 mai 2018 :

5. En ce qui concerne l'infraction commise le 31 mai 2018, le ministre de l'intérieur produit, pour cette infraction, une attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement, le 10 juillet 2019, de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'avis de contravention au code de la route. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant été destinataire de cet avis préalablement à l'émission de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. B n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis à cette occasion, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de cette amende.

S'agissant de l'infraction commise le 5 janvier 2020 :

6. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

8. En l'espèce, il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que l'infraction du 5 janvier 2020 a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur que le requérant a signé le procès-verbal électronique relatif à l'infraction commise 5 janvier 2020, procès-verbal qui, conformément aux dispositions du II de l'article A. 37-27-2 mises en œuvre à compter du 15 avril 2015, précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La production de cette pièce suffit donc à établir que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par lesdites dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise le 5 janvier 2020 doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 30 septembre 2018 :

9. Lorsque l'existence de l'infraction et l'identité de son auteur n'ont été établies que postérieurement à la commission de ladite infraction, par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance, et que l'auteur de l'infraction a pu les contester devant ledit juge, l'omission de la formalité mentionnée au point 4 est sans incidence sur la procédure suivie dès lors que la condamnation pénale implique nécessairement qu'un retrait de points soit effectué. En tout état de cause, l'information préalable donnée au contrevenant a pour objet notamment de lui permettre de mesurer, au regard de la procédure de retraits de points, l'intérêt d'une éventuelle contestation de la matérialité de l'infraction. Dès lors que le contrevenant a pu se défendre dans le cadre d'une procédure judiciaire contradictoire, il n'a été privé d'aucune garantie substantielle. Par suite, la décision administrative de retrait de points prise à l'encontre d'un contrevenant qui n'a pas reçu préalablement à la décision de l'autorité judiciaire les informations prévues par les dispositions précitées du code de la route ne peut être regardée comme intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

10. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. B que l'infraction commise le 30 septembre 2018 a fait l'objet d'une condamnation pénale prononcée le 31 octobre 2019 par le tribunal d'instance ou de police de Paris, devenue définitive le 5 mars 2020. Dès lors, la circonstance, à la supposée établie, que le requérant n'ait pas bénéficié des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement à la décision de retrait de point afférente à l'infraction commise le 30 septembre 2018 est sans influence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise le 30 septembre 2018 doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

11. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

12. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, le contrevenant peut, soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration ".

13. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

14. En premier lieu, il ressort du relevé intégral du permis de conduire de M. B, édité le 27 juillet 2021, que les infractions commises les 31 mai 2018 et 5 janvier 2020 ont donné lieu à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas soutenu par le requérant, que ce dernier aurait formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ces infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'établissement des infractions commises les 31 mai 2018 et 5 janvier 2020 doit être écarté.

15. En second lieu, le relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B fait état d'une décision référencée " 76 " relative à l'infraction commise le 30 septembre 2018 et indique, à cet égard, que la condamnation pénale de M. B a été prononcée le 31 octobre 2019 par le tribunal d'instance ou de police de Paris, qu'elle a été notifiée et exécutée le 5 mars 2020 et qu'elle est devenue définitive ce même jour. Par suite, le moyen tiré du défaut de réalité de l'infraction commise le 30 septembre 2018 ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La magistrate désignée,

F. JEANNOTLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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