jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2103890 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SCP GILLES THOUVENIN - OLIVIER COUDRAY - MANUELA GREVY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril 2021 et 22 mars 2022, et un mémoire rectificatif, enregistré le 28 mars 2022, M. B C, représenté par la
Scp G. Thouvenin, O. Coudray et M. A, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne à lui verser la somme de 80 000 euros, sauf à parfaire, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, outre les intérêts de droit pour compter de la date de réception de la demande préalable et outre les intérêts capitalisés pour compter de la date anniversaire de cet évènement et à chacune des échéances annuelles successives postérieures ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'exception de prescription quadriennale ne peut lui être opposée ; la date à prendre en compte pour savoir si la prescription quadriennale est interrompue par la demande, en application de l'article 2 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, est la date d'envoi de la demande indemnitaire préalable et non la date de sa réception par l'administration ;
- la responsabilité sans faute du centre hospitalier peut être engagée ; il a droit, sur le fondement de la responsabilité pour risque, à la réparation des souffrances physiques et morales, de son préjudice d'agrément et des troubles apportés à ses conditions d'existence qui ne sont pas pris en charge par la réparation forfaitaire allouée consécutivement à ses deux accidents de service des 20 avril 2016 et 11 novembre 2017 ;
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier peut être engagée ; le centre hospitalier a commis une faute dans l'organisation du service en raison d'un manque de personnel lors des gardes de nuit et de l'absence de mise en place de protocoles d'intervention appropriés pour faire face à des patients violents ;
- les souffrances physiques et morales peuvent être indemnisées à concurrence de la somme de 25 000 euros ;
- le préjudice d'agrément peut être évalué à la somme de 5 000 euros ;
- les troubles dans les conditions d'existence peuvent être évalués à la somme de 20 000 euros ;
- il est fondé à solliciter la réparation de sa perte de revenus consécutive à la dégradation de son état de santé du fait des accidents dont il a été victime ; les pertes de rémunération peuvent être évaluées à la somme globale de 10 000 euros ; la perte d'indemnité liée à l'exercice de son activité de sergent-chef de sapeurs-pompiers volontaires peut être évaluée à la somme de 20 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier et 5 juillet 2022, le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, représenté par son directeur en exercice, représenté par Me Boukheloua, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre liminaire, les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable sont sans objet, le centre hospitalier ayant, par une décision du 25 février 2021, rejeté cette demande ; il n'y a donc plus lieu à statuer ;
- à titre liminaire, la créance dont se prévaut M. C résultant de l'accident de service du 20 avril 2016 est prescrite en ce que le requérant n'établit pas que sa demande indemnitaire préalable a été reçue avant le 1er janvier 2021 ;
- il n'a commis aucune faute dans l'organisation du service de nature à engager sa responsabilité ;
- M. C n'est pas fondé à demander la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 à 12 heures.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 avril 2021 et 22 mars 2022, et un mémoire rectificatif, enregistré le 28 mars 2022, M. B C, représenté par la
Scp G. Thouvenin, O. Coudray et M. A, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne à lui verser la somme de 80 000 euros, sauf à parfaire, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, outre les intérêts de droit pour compter de la date de réception de la demande préalable et outre les intérêts capitalisés pour compter de la date anniversaire de cet évènement et à chacune des échéances annuelles successives postérieures ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'exception de prescription quadriennale ne peut lui être opposée ; c'est la date de dépôt de la demande indemnitaire préalable auprès des services postaux qui permet d'interrompre la prescription quadriennale ; il établit avoir déposé cette demande indemnitaire préalable le 28 décembre 2020 ;
- la responsabilité sans faute du centre hospitalier peut être engagée ; il a droit, sur le fondement de la responsabilité pour risque, à la réparation des souffrances physiques et morales, de son préjudice d'agrément et des troubles apportés à ses conditions d'existence qui ne sont pas pris en charge par la réparation forfaitaire allouée consécutivement à ses deux accidents de service des 20 avril 2016 et 11 novembre 2017 ;
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier peut être engagée ; le centre hospitalier a commis une faute dans l'organisation du service en raison d'un manque de personnel lors des gardes de nuit et de l'absence de mise en place de protocoles d'intervention appropriés pour faire face à des patients violents ;
- les souffrances physiques et morales peuvent être indemnisées à concurrence de la somme de 25 000 euros ;
- le préjudice d'agrément peut être évalué à la somme de 5 000 euros ;
- les troubles dans les conditions d'existence peuvent être évalués à la somme de 20 000 euros ;
- il est fondé à solliciter la réparation de sa perte de revenus consécutive à la dégradation de son état de santé du fait des accidents dont il a été victime ; les pertes de rémunération peuvent être évaluées à la somme globale de 10 000 euros ; la perte d'indemnité liée à l'exercice de son activité de sergent-chef de sapeurs-pompiers volontaires peut être évaluée à la somme de 20 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier et 5 juillet 2022, le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, représenté par son directeur en exercice, représenté par Me Boukheloua, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre liminaire, les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable sont sans objet, le centre hospitalier ayant, par une décision du 25 février 2021, rejeté cette demande ; il n'y a donc plus lieu à statuer ;
- à titre liminaire, la créance dont se prévaut M. C résultant de l'accident de service du 20 avril 2016 est prescrite en ce que le requérant n'établit pas que sa demande indemnitaire préalable a été reçue avant le 1er janvier 2021 ;
- il n'a commis aucune faute dans l'organisation du service de nature à engager sa responsabilité ;
- M. C n'est pas fondé à demander la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Luneau,
- les conclusions de Van Daële, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bouyx, substituant Me Boukheloua, représentant le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, aide-soignant principal, exerce ses fonctions au sein du service de psychiatrie générale du secteur de Montereau-Fault-Yonne du centre hospitalier
du Sud Seine-et-Marne (CHSSM). Il a été victime, le 20 avril 2016, d'un premier accident, pour lequel le CHSSM a pris en charge, au titre de la législation sur les accidents de service, les arrêts de travail et des soins pour la période du 20 avril 2016 au 21 juin 2016. M. C a repris son service à l'issue de cette période après avoir été déclaré apte à la reprise de ses fonctions le 28 novembre 2016. Il a été victime, le 11 novembre 2017, d'un second accident reconnu imputable au service par une décision du 22 décembre 2017. Il a bénéficié de la prise en charge des arrêts et des soins consécutifs à cet accident au titre de la législation sur les accidents de service. Aux termes du rapport d'expertise médicale du 5 août 2020, le médecin rhumatologue a fixé la date de consolidation de l'accident de service du 11 novembre 2017 au 31 août 2020 et a retenu un taux d'incapacité permanente partielle de 15 %. Par un courrier du 28 décembre 2020, M. C a demandé au CHSSM de l'indemniser des préjudices qu'il estimait avoir subis résultant des accidents de service du 20 avril 2016 et du 11 novembre 2017. Par une décision du 25 février 2021, la directrice des ressources humaines du CHSSM a expressément rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par M. C.
2. Par une requête, enregistrée sous le n° 2103890, M. C, estimant que le CHSSM avait implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable, doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner le CHSSM à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant des accidents de service du 20 avril 2016 et du 11 novembre 2017. Par une requête, enregistrée sous le n° 2103940, M. C, après le rejet explicite le 25 février 2021 de sa demande indemnitaire préalable, doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner le CHSSM à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis résultant des accidents de service du
20 avril 2016 et du 11 novembre 2017.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées n° 2103890 et n° 2103940, qui concernent le même agent, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur l'exception de prescription quadriennale opposée par le CHSSM :
4. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. () ". D'une part, une demande tendant à mettre en jeu la responsabilité d'une collectivité publique, à laquelle celle-ci peut, le cas échéant, opposer la prescription régie par les dispositions de la loi du
31 décembre 1968, est au nombre des demandes présentées à une autorité administrative auxquelles s'applique la règle posée par l'article 16 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000. La date à prendre en compte pour savoir si la prescription est interrompue par la demande, en application de l'article 2 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, est donc la date d'envoi du courrier et non la date de sa réception par l'administration. D'autre part, pour l'application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968, s'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de la prescription quadriennale est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées.
5. Le CHSSM oppose la prescription quadriennale à la demande indemnitaire préalable de M. C en faisant valoir que l'accident ayant eu lieu le 20 avril 2016, le point du départ du délai de prescription quadriennale était le 1er janvier 2017 et s'est achevé le 31 décembre 2020.
6. Il résulte de l'instruction que le fait générateur de la créance dont se prévaut M. C est, notamment, constitué par l'accident dont il a été victime le 20 avril 2016. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'une date de consolidation de l'état de santé de C aurait été fixée au titre de ce premier accident. En tout état de cause, à supposer même que l'état de santé de M. C ait été consolidé au cours de l'année 2016, l'intéressé disposait d'un délai de quatre ans à compter du 1er janvier 2017 pour se prévaloir de sa créance. Or, il résulte de l'instruction que sa demande indemnitaire préalable a été adressée au CHSSM le 28 décembre 2020 soit antérieurement à l'expiration du délai de quatre ans. Cette demande a donc eu pour effet d'interrompre le délai de la prescription quadriennale relatif à cette créance et expirant le 31 décembre 2020. Par suite, l'exception de prescription quadriennale de cette créance doit être écartée.
Sur la responsabilité du CHSSM :
7. D'une part, l'article 80 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et les dispositions des articles 36 et 37 du décret du
26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la
Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité et une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation, qui incombe aux collectivités publiques, de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de
celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
8. D'autre part, la circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées au point 7. du présent jugement subordonnent l'obtention de l'allocation temporaire d'invalidité ou d'une rente viagère d'invalidité, fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques encourus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle. En revanche, elle ne saurait le priver de la possibilité d'obtenir de cette collectivité la réparation de préjudices d'une autre nature, dès lors qu'ils sont directement liés à l'accident ou à la maladie.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du CHSSM :
9. M. C, qui se prévaut de manquements du CHSSM dans l'organisation du service, qui n'aurait pas pris les mesures nécessaires pour éviter la survenance des accidents dont il a été victime, doit être regardé comme recherchant la responsabilité pour faute du centre hospitalier. A cet égard, il invoque le manque de personnel pour assurer les gardes de nuit ainsi que l'inadaptation des protocoles d'intervention pour faire face à des patients violents.
10. Toutefois, s'agissant du manque de personnel pour assurer les gardes de nuit, si M. C allègue qu'il n'y a que six agents pour trois secteurs pour prendre en charge une vingtaine de patients par secteur, il résulte de l'instruction que lors de son agression, le
20 avril 2016, par un patient, M. C était en présence d'une infirmière et qu'il a été rapidement aidé par un brancardier, une autre infirmière et un médecin, ce dernier ayant pu faire une injection au patient agité. Il résulte également de l'instruction que, lors de son agression, le 11 novembre 2017, il se trouvait en présence de trois autres agents du service. Il suit de là que le manque de personnel allégué n'est pas établi alors, au demeurant, que le CHSSM précise, ainsi que cela résulte de l'instruction, que les patients auteurs des agressions ne présentaient aucun signe particulier d'agitation et que rien ne laissait présager une agression, qui aurait pu nécessiter, le cas échéant, la mise en place de renfort. S'agissant, en outre, de l'inadaptation des protocoles d'intervention, si M. C allègue que le patient à l'origine de sa première agression était déjà connu des services de police pour des faits de violences graves répétées et que l'autre patient qui l'a agressé en 2017 pratiquait les arts martiaux, il résulte de ce qui vient d'être dit, alors même que M. C exerce ses fonctions dans un service prenant en charge des patients atteints de troubles psychiatriques, ce qui comporte un risque inhérent, que l'actualité d'un danger n'était pas établie. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le CHSSM aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute du CHSSM :
11. Il résulte de l'instruction que M. C a été victime, le 20 avril 2016, d'un premier accident dont le CHSSM confirme la prise en charge au titre de l'accident de service. En outre, il a été victime, le 11 novembre 2017, d'un second accident reconnu imputable au service par le CHSSM, par un arrêté du 22 décembre 2017. Ainsi, M. C est fondé à engager la responsabilité sans faute du CHSSM et à solliciter, sur ce fondement, l'indemnisation de ses préjudices extra-patrimoniaux ou personnels résultant de deux accidents de service ainsi que des préjudices patrimoniaux ne relevant pas d'une perte de revenus ou de l'incidence professionnelle.
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
12. En premier lieu, M. C soutient qu'il a subi un préjudice financier résultant des pertes de rémunération à hauteur de 250 euros en moyenne par mois soit la somme globale de 10 000 euros. Toutefois, en l'absence de faute commise par le CHSSM, et ainsi que cela a été dit plus haut, M. C ne peut être indemnisé de la perte de revenus.
13. En second lieu, M. C, qui soutient qu'il n'a pu intervenir au sein du service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne où il est engagé comme sapeur-pompier volontaire, fait valoir qu'il a privé des indemnités afférentes à cette activité qu'il évalue à la somme de 20 000 euros. Il résulte de l'instruction que M. C exerce effectivement depuis le
1er juillet 1994 les fonctions de sergent-chef de sapeur-pompier volontaire au sein du centre d'incendie et de secours de Nemours, qu'il a cessé d'assurer ses fonctions consécutivement aux deux accidents de service dont il a été victime, soit pendant dix-neuf mois pour la période courant du 20 avril 2016 à la date d'introduction de la requête et qu'il n'a pas a fortiori, en raison de son incapacité physique à exercer ses fonctions d'aide-soignant, pu continuer à assurer ses interventions de sapeur-pompier volontaire. M. C établit ainsi avoir subi un préjudice patrimonial distinct de celui résultant de la perte de revenus et de l'incidence professionnelle liées à ses fonctions d'aide-soignant dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une indemnité d'un montant de 8 000 euros.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
14. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'entre elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".
Quant aux souffrances endurées :
15. Pour demander à être indemnisé du préjudice extrapatrimonial né des douleurs physiques et morales endurées à la suite de ses accidents de service, M. C se prévaut de douloureuses séquelles à l'épaule droite et aux cervicales nécessitant une prise en charge médicale, comprenant des infiltrations, des séances de kinésithérapie et d'électro-stimulation, qui lui causent des difficultés d'endormissement et des réveils nocturnes. Il fait valoir, en outre, qu'il est contraint de prendre un traitement antalgique et anti-inflammatoire pour gérer la douleur et l'état de stress et qu'il souffre de complications gastro-intestinales. Il soutient, par ailleurs, soutient souffrir d'un syndrome anxiodépressif et présenter les symptômes d'un état de stress post-traumatique nécessitant une prise en charge psychothérapeutique. Il demande réparation de ce préjudice à concurrence de la somme de 25 000 euros. Les douleurs ainsi rencontrées par M. C sont susceptibles d'être prises en compte au titre des souffrances endurées et du déficit fonctionnel permanent.
16. D'une part, il résulte de l'instruction et, notamment, des pièces produites par le requérant, dont le compte rendu d'un chirurgien spécialiste du membre supérieur du 12 juin 2020, le certificat d'un chirurgien orthopédique et traumatologique du 30 juillet 2020, le compte rendu d'expertise du médecin rhumatologue du 5 août 2020 et des prescriptions de son médecin traitant pour une infiltration réalisée le 30 octobre 2020 et pour un électro-stimulateur acquis le 3 novembre 2020, que l'intéressé présente des douleurs importantes à l'épaule droite, qui ont nécessité des séances de kinésithérapie deux fois par semaine du 8 mars 2018 au 20 octobre 2020. Dès lors, M. C établit l'existence d'un préjudice certain et indemnisable. Toutefois, le tribunal ne dispose pas, en l'état de l'instruction, d'éléments suffisamment précis permettant de déterminer le lien entre ces souffrances physiques et l'un ou les deux accidents de service dont M. C a été victime, ni d'établir la nature et l'intensité de ces douleurs physiques, ni leur persistance future éventuelle. Il y a donc lieu d'ordonner, avant-dire droit, une expertise sur ce point.
17. D'autre part, il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport d'examen du 20 janvier 2021 d'un expert psychiatre que le requérant souffre d'un trouble anxio-dépressif réactionnel aux agressions par un patient en 2016 et en 2017 et qu'il persiste, trois ans après la dernière agression, " des symptômes en faveur d'un stress post-traumatique avec une humeur morose, une irritabilité, une reviviscence (flash-back), des troubles cognitifs () et un apragmatisme " malgré le suivi régulier par son psychiatre et un traitement. Ce diagnostic est confirmé par un psychologue qui certifie, le 10 février 2022, recevoir régulièrement M. C depuis le 16 octobre 2020 à la suite d'un arrêt de travail dont il ne précise toutefois pas la date. En outre, le compte rendu du 2 février 2022 d'un psychiatre atteste qu'il est suivi par ce professionnel depuis fin juin 2016 en raison d'un état anxio-dépressif professionnel que " M. C [attribue] () à [une] agression physique subie au mois d'avril 2016 ". Si le requérant établit, par les nombreuses pièces qu'il produit, souffrir d'un syndrome anxio-dépressif, le tribunal ne dispose toutefois pas, en l'état de l'instruction, d'éléments suffisamment précis permettant d'établir, d'une part, si celui-ci présente un lien direct avec l'un ou les deux accidents de service dont il a été victime, et d'autre part, la nature et l'intensité de ces douleurs psychiques, ni leur persistance future éventuelle. Il y a donc lieu d'ordonner, avant-dire droit, une expertise sur ce point.
Quant au préjudice d'agrément :
18. Pour être indemnisé du préjudice d'agrément, dont il demande l'indemnisation à concurrence de la somme de 5 000 euros, M. C fait valoir qu'en raison de la dégradation de son état de santé et des douleurs dont il souffre, il ne peut plus pratiquer d'activité sportive, en particulier la plongée, ni jouer de la guitare ou encore chahuter avec sa fille. Toutefois, en l'état du dossier, il ne peut pas être statué sur la réparation du préjudice d'agrément ainsi évoqué et il y a lieu d'ordonner avant dire-droit une expertise sur ce point.
Quant aux troubles dans les conditions d'existence :
19. Pour être indemnisé du préjudice extrapatrimonial né des troubles dans les conditions d'existence, dont il demande l'indemnisation à concurrence de la somme de 20 000 euros, M. C fait valoir que ces troubles résultent de la prise journalière d'un traitement
anti-inflammatoire et d'antalgiques, des complications gastro-intestinales, du suivi d'un régime d'auto-rééducation, d'une stratégie de relaxation au moment du coucher et des déplacements réguliers aux consultations médicales et aux séances de kinésithérapie. Il ajoute que l'ensemble de ces troubles génèrerait un état de fatigue généralisé, une perte d'appétit, aurait un retentissement social et psychiatrique et constituerait une gêne dans l'accomplissement des gestes du quotidien. L'intéressé est en droit d'obtenir réparation, au titre de la responsabilité sans faute, de ce chef de préjudice. Cependant, le tribunal ne dispose pas, en l'état de l'instruction, d'éléments suffisamment précis permettant de se prononcer sur l'étendue de ce préjudice. Il y a donc lieu d'ordonner, avant-dire droit, une expertise sur ce point.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à engager la responsabilité pour faute du CHSSM et les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées. Les conclusions par lesquelles M. C demande à être indemnisé des pertes de revenus qu'il estime avoir subis au titre de la responsabilité sans faute sont rejetées. Le CHSSM est condamné à verser à M. C une somme de 8 000 euros en réparation du préjudice lié à la perte d'indemnités de sapeur-pompier volontaire qu'il a subi au titre de la responsabilité sans faute du CHSSM. Il y a lieu, avant de statuer sur les conclusions par lesquelles l'intéressé demande à être indemnisé des préjudices extrapatrimoniaux résultant des souffrances endurées, du préjudice d'agrément et des troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis au titre de la responsabilité sans faute du CHSSM, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale confiée à un collège d'experts aux fins exposées aux articles 4 et 5 du dispositif. Les autres conclusions présentées dans le cadre de la présente instance par M. C et le CHSSM sont réservées jusqu'à la fin de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions indemnitaires de la requête de M. C fondées sur la responsabilité pour faute du centre hospitalier Sud Seine-et-Marne sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions indemnitaires de la requête de M. C fondées sur la responsabilité sans faute du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne au titre de la perte de traitement sont rejetées.
Article 3 : Le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne est condamné à verser à M. C la somme de 8 000 (huit mille) euros en réparation du préjudice résultant de la perte d'indemnités liées à son activité de sapeur-pompier volontaire.
Article 4 : Il sera, avant de statuer sur les conclusions de M. C tendant à l'indemnisation des souffrances endurées, du préjudice d'agrément et des troubles dans les conditions d'existence au titre de la responsabilité sans faute du centre hospitalier Sud Seine-et-Marne s'agissant des accidents de service dont il a été victime les 20 avril 2016 et 11 novembre 2017, procédé à une expertise médicale confiée à un collège d'experts.
Article 5 : Ce collège d'experts sera désigné par la présidente du tribunal ou par le magistrat désigné en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer le dossier médical de M. C ainsi que tous documents et pièces utiles, établis, notamment à l'occasion des accidents de service dont il a été victime les 20 avril 2016 et 11 novembre 2017 puis de sa prise en charge au titre de ces accidents, procéder à l'examen de ce dossier et de ces documents et pièces ainsi qu'à l'examen de M. C et décrire son état de santé actuel ;
2°) se prononcer, d'une part, sur la date de consolidation de l'état de santé de M. C consécutivement à l'accident de service du 20 avril 2016, d'autre part, déterminer dans quelle mesure les troubles dont souffre M. C sont liés à l'un et /ou l'autre des accidents de service dont il a été victime les 20 avril 2016 et 11 novembre 2017 et l'ensemble des préjudices extrapatrimoniaux indemnisables tirés des souffrances endurées, du préjudice d'agrément et des troubles dans les conditions d'existence, enfin décrire et se prononcer sur l'étendue précise de l'ensemble de ces préjudices et d'indiquer, le cas échéant, si une persistance ou une modification des douleurs (amélioration ou aggravation) est possible ainsi que leur degré de probabilité.
Article 6 : Le collège d'experts établira un pré-rapport adressé aux parties afin de permettre à celles-ci de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.
Article 7 : Le collège d'experts déposera son rapport au greffe du tribunal dans un délai de quatre mois à compter de sa désignation. Des copies seront notifiées par le collège d'experts aux parties intéressées conformément aux dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Le collège d'experts justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Tous autres droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au
centre hospitalier Sud Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
F. LUNEAU
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2103940,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026